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Programme de récupération et de redistribution de matériel pour le secteur culturel.

La Réserve des arts

Née dans un contexte de crise qui impacte fortement le secteur culturel, La Réserve des arts a pour vocation de favoriser l'upcyclage, c'est-à-dire une production et une consommation envisagées comme une boucle où les matières premières ne sont plus détruites mais revalorisées pour être ensuite ré-utilisées. L'objectif est de récupérer du matériel en fin de vie pour le revendre à moindre coût aux professionnels du secteur culturel. Rencontre avec Sylvie Bétard et Jeanne Granger co-fondatrices de ce projet artistico-écolo...”

 
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ouvenez-vous de votre dernière visite à un Salon dans un centre d'exposition. Des kilomètres de moquettes, des centaines de panneaux en bois, une multitude de structures métalliques et des bureaux en aggloméré qui finissent pour une grande partie à la benne après quelques jours d'utilisation. Il en est de même bien souvent pour les décors de nombreux spectacles, les supports de la plupart des expositions mais aussi tous les rebus de matériaux de construction de nombreux chantiers, notamment en réhabilitation quand il s'agit de renover de l'ancien pour remettre à neuf des batiments. Des centaines de mètre cube de bois, de ferrailles, de plastique ou autres matières qui ont été financés par des budgets liés à l'évènement ou au chantier et dont les propriétaires n'ont bien souvent pas le temps et la motivation de ce soucier du devenir. C'est la société de consommation qui veut ça, on fonce, on prépare son projet, on achète les matières premières neuves, on con-somme et on jette ! Ouf, tout ceci est sorti de mon champ de vision, un soucis de moins, je m'en suis débarrassé, passons à l'évènement suivant et ne réfléchissons pas trop à la planète. Et commandons de nouvelles matières premières, neuves auprès de mon prestataire habituel très bon marché...

Ce triste constat, ces méthodes d'un autre âge, Sylvie Bétard et Jeanne Granger ne pouvaient plus les supporter et c'est une des raisons qui les ont poussées à mettre en place ce projet pas comme les autres. S'intéresser à ce que personne ne veut voir, l'usé, l'utilisé, le cassé, le "has been" (ou le "has lived" pourrait-on dire...). Elles ont réfléchi à une mutation de ce processus de consommation en se disant qu'un Développement Durable de la production artistique devait avoir lieu. Et la solution pouvait être la ré-utilisation de toutes ces matières dont tout le monde veut se débarrasser au plus vite. La Réserve des arts s'inspire de la très réputée association américaine "Materials For The Arts" qui en trente ans à permis à plus de 3000 programmes artistiques de s'approvisionner en matières premières upcyclées. L'idée est simple et en même temps révolutionnaire car très loin des pratiques actuelles : créer un lieu, accessible à tous les artistes, producteurs ou réalisateurs, où chacun peut trouver les matières nécessaires à la réalisation de leurs futures créations artistiques. Et jouer en même temps le rôle de catalyseur artistique en provoquant des rencontres. Imaginer les déclics occassionnés dans cette caverne d'Ali Baba de la matière première : "J'ai 20 vieilles baignoires récupérées dans un hôtel en démolition que je devais jeter, la rencontre avec un sculpteur/plasticien en visite à La Réserve des arts fera peut être naître une sculpture moderne ?"

La Réserve des arts est à la fois un lieu de stockage, d’informations et de rencontres, un lieu ouvert et accueillant qui poursuit trois objectifs : réduire la production de déchets, apporter un soutien matériel à moindre coût et aussi promouvoir le savoir-faire et l’activité du secteur culturel.

Pour en savoir plus, @xé Libre est allé à la rencontre des deux co-fondatrices pour leur poser quelques questions :

A.L. : Si vous deviez décrire le projet La Réserve des arts en trois mots, quels seraient-ils ?

L.R.D.A. : révolution culturelle responsable

A.L. : Sentez-vous un courant vert souffler sur le milieu culturel ?

L.R.D.A. : On entend souvent parler d'art écologique sans savoir vraiment ce que cela signifie: est-ce le message dans l'œuvre qui est écologique ou sa conception qui est plus responsable ?

Il est en effet possible de distinguer ces deux approches: l'une concerne le sujet des œuvres et l'autre l'engagement des acteurs du secteur culturel.

Le courant n'est parfois qu'un effet vert, une annonce pour attirer le regard, on ne sait pas si derrière il y a une intention durable de communiquer autrement.

Quand on a commencé à regarder ce qui se faisait à l'étranger notamment en Angleterre, en Amérique du Nord ou dans les pays nordiques, on s'est aperçu qu'il existait depuis quelques décennies un soutien spécifique à l'attention des artistes et des œuvres qui revoient ces deux approches en proposant des résidences, des centres de ressources, des réseaux de partenaires spécifiques.

En France, une certaine confusion persiste entre la fin et les moyens, l'adhésion individuelle à une cause écologique et l'engagement quotidien pour la servir. On espère voir évoluer les pratiques pour qu'elles passent d'un simple message à une tentative plus globale de produire autrement. Sans aller vers des oeuvres bio, on cherche à inspirer des initiatives innovantes, des recherches qui soient par leur mode de production ou par leur potentiel évocateur une influence positive.

A.L. : Pensez-vous que les producteurs français soient suffisamment mûrs pour une logique "payons pour recycler et pour produire mieux nos créations artistiques", quand la logique actuelle est bien souvent "réduisons les coûts pour pouvoir survivre sans subvention" ?

L.R.D.A. : Il est évident que les conditions de production passent avant tout par un critère économique. Personne n'est prêt à payer plus au quotidien pour le bonheur de la planète. Nous n'en sommes pas encore là mais les mentalités changent et c'est à nous de montrer que l'acte écologique mène à une réduction de coût sur le long terme. Nous prenons en compte ce levier économique en proposant du matériel à moindre coût, des services centralisés, un gain de temps et donc d'argent pour les producteurs du secteur. Nous avons encore tout à faire pour sensibiliser et convaincre sur la rentabilité à tous les niveaux d’utiliser de la matière première secondaire !

A.L. : Ce projet implique fortement les collectivités locales. Quelles sont les principales structures publiques sur lesquelles vous comptez vous appuyer ?

L.R.D.A. : Nous échangeons couramment avec les mairies de Paris et de la proche banlieue et elles montrent chacune un vif intérêt pour accueillir La Réserve des arts.

La Réserve des arts est en quelque sorte un lieu alternatif pour les déchets! C'est son innovation et ce qui l’impose comme un lieu unique. Pour une collectivité c'est un engagement politique responsable et un parti pris citoyen très fort ! Le développement durable est aujourd'hui une donnée transversale pour être compris de tous sans distinction de couleur politique. C'est pour cela que nous nous adressons aussi bien aux services de développement durable, à la culture, qu'au développement économique ou à l'économie sociale et solidaire.

A.L. : Comment présentez-vous le projet aux artistes susceptibles de devenir des créateurs éco-responsables ?

L.R.D.A. : Comme un service innovant d’accompagnement à la production. La Réserve des arts est ce lieu qui regroupe toutes leurs préoccupations de production et qui n'existe pas encore en France. Certes les lieux de diffusions sont de plus en plus nombreux mais à La Réserve des arts, nous ne ciblons pas une discipline artistique en particulier. L'important est justement de s'adresser à tous, car toutes les disciplines artistiques produisent, ont besoin de matériaux et se retrouvent face à des problématiques communes. La force du développement durable, encore une fois dans sa transversalité, c'est de pouvoir réunir tout le monde sous un même toit et offrir une mutualisation de services adaptés aux enjeux actuels.

A.L. : La Réserve des arts (le lieu) ne sera pas qu'un magasin ni qu'un entrepôt. Qu'est-ce qui définira ce nouveau "lieu" ?

L.R.D.A. : La Réserve des arts regroupe trois pôles d'activités: l'entrepôt des matériaux en seconde vie, l'atelier de transformation et la cantine ouverte sur la ville. Chaque pôle sera développé en fonction du lieu qui nous accueillera.

C'est un lieu que nous voulons professionnel et accueillant, d'un genre nouveau à mi-chemin entre le BHV et Emmaüs avec l'engagement environnemental en plus. Toujours dans une perspective de développement durable, nous souhaitons que ce lieu soit ouvert aux expérimentations environnementales, sociales et économiques. C’est pourquoi une partie de ces pôles sera basée sur l’insertion et que nous travaillons de manière générale sur les notions de bien-être au travail et du partage des richesses.

À terme, nous souhaitons que ce lieu devienne une référence européenne en matière de ré-emploi et de techniques artistiques et artisanales. C’est là que nous faisons intervenir le bon sens des pratiques et que la transmission des savoir-faire de nos aînés et des professionnels prendra tout son sens.

A.L. : Votre charte, disponible en ligne sur votre site, comprend un volet "sensibilisation". Sentez-vous un intérêt du public, qui contemple les œuvres, qui voit les spectacles, qui "consomment" les arts si j'ose dire, pour ces problématiques environnementales ?

L.R.D.A. : Oui ! Et c'est bien d'eux dont viendra la solution ! C'est le public, les citoyens eux-mêmes qui feront changer nos modes de vision du monde et de consommation. Nous avons le pouvoir de faire changer les choses, à un niveau local et chacun à son niveau. Mais cela implique de regarder ce qui se passe autour de chez nous.

Au tout début de notre investigation, en voyant à l'étranger le réel intérêt sur les questions de l'art et de l'écologie, on sentait qu'enfin l'art pouvait avoir un certain pouvoir fédérateur s'il questionnait l'écologie, notre relation à l'environnement et renouait enfin avec le public ! Lorsqu'on sort d'une exposition ou d'un événement qui traite de ces sujets, on voit bien que le public adhère, se pose des questions, ouvre les yeux, a envi d'agir concrètement ; encore faut-il que le discours soit global. Rien de plus rageant que de visiter une exposition sur le thème de l'écologie et de voir que l'organisation, derrière, n'a pas pris en compte une éco-organisation. S'il n'y a que le message en façade, le discours des artistes perd de son sens.

A.L. : Et une dernière question, plus personnelle. Quelle est chacune votre première motivation personnelle dans ce projet ?

L.R.D.A. : Nos motivations sont assez similaires (et c'est bien là la raison de notre collaboration!) : pouvoir concilier ses convictions personnelles avec ses ambitions professionnelles en apportant un soutien concret et viable au secteur culturel et en développant une activité professionnelle basée sur le bien-être et le bon sens.

En savoir plus sur La Réserve des arts : www.lareservedesarts.org

Louis Thibaudaud
Octobre 2009


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