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City Focus : LYON - VILLEURBANNE
Inventaire à la Prévert d'un destin de fêtes comme dynamique néo-urbaine

Lyon-Villeurbanne est une ville qui n’existe pas. L’un et l’autre se réclamant d’un passé différent et d’une identité propre. Pourtant leur contiguïté géographique crée une double continuité mutuelle, entre Lyon la bourgeoise, et Villeurbanne, jeune ancienne ville ouvrière. L’ensemble pesant un demi million d’habitants, avec une qualité de vie qui rend la vie tellement plus facile.
Pourquoi opérer cette jonction ? Parce que les deux villes entretiennent une relation dynamique, où le passage de l’une à l’autre n’est pas visible. Pas uniquement. Depuis de nombreuses années, ces deux villes, à l’image marquée, ou au déficit d’image visible opèrent une mue qui en fait un ensemble au futur rieur et enthousiaste.
Parler d’abord de Lyon ou de Villeurbanne. Tel est le dilemme...

Diaporama Lyon-Villeurbanne par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais Diaporama Lyon-Villeurbanne par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais Diaporama Lyon-Villeurbanne par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais

Commençons par Villeurbanne, qui commença son existence réelle au siècle dernier, et entra sur la scène nationale, par un de ses anciens maires, devenu ministre de la défense et doté d’un charisme indéniable. C’est Villeurbanne qui lança le mouvement, par des fêtes, il y a environ 15 ans, en juin, Viva, marquées par des concerts gratuits et des animations commerçantes et culturelles, lesquelles, renouvelées dans leur concept, se transforment et drainent de nombreux curieux dans la ville. Son espace, centré a priori sur l’ensemble des Gratte-Ciels, conçus par un architecte amateur, cœur de la ville, concentra l’essentiel de ses évènements. Que cela soit dit, cet ensemble architectural n’aurait pas été renié par le Bauhaus, et représenta dans les années 30 une véritable prouesse, ainsi qu’une grande avancée sociale, en demeurant d’une esthétisme tout en terrasses et degrés d’élèvation successifs, conférant au quartier une taille humaine, un ordonnancement calibré et très régulier, mais en rien monotone. 
Désormais, pour les fêtes et l’esprit de la fête, tous les lieux possibles sont utilisés : le campus de la Doua, qui regroupent des universités, des écoles, dans un cadre très vert, et relié au reste du monde par le Tram ; des jardins et des parcs, et un jour sans doute, le Parc de la Feyssine, qui se prêtera sans nul doute à des variations nautiques. Musique, pique-nique champêtre, défilé, happening, initiatives culturelles variées, réunissant les habitants, les créateurs et les autres, tout cela crée une dynamique identitaire, nécessaire sans doute à ce melting-pot paisible, assumé et pacifique.
Car la population villeurbannaise est fortement bigarrée. Si les pays latins ont largement pourvu à l’accroissement de sa population entre 1900 et 1930, avec notamment la création d’une rue, celle des bienvenus, destinée à accueillir les immigrants, souvent ouvriers, toute l’Europe et pas uniquement, a contribué à la naissance d’une véritable Tour de Babel.
Ainsi la ville a accueilli de fortes communautés italiennes, espagnoles, grecques, arméniennes, ukrainiennes, russes, dans un premier temps, puis portugaises, et plus récemment les immigrés d’Afrique du Nord ont rejoint le navire, et cohabitent en toute quiétude. Les Sépharades évoquent leurs souvenirs sur le marché avec le père du marchand d’origine algérienne, qui connaissaient très bien les cousins issus de germain de la grand-mère de son interlocuteur, ou l’inverse.
Alors tous se retrouvent et les rues s’animent lors de ces célébrations nouvelles et sans culte, qui jalonnent les mois de mai, de juin et de juillet, donnant à la ville cet air joyeux, et plein d’entrain, dans un écrin, qui, s’il est acceptable, n’est pas un pur joyau, car Villeurbanne, si internationale par sa population, n’est pas touristique. Très vite d’ailleurs les nombreux chantiers en cours changeront la population : le prix au m2 donnera l’avantage aux cadres aisés.
Quels rapports avec Lyon ? Lyon, est aussi une ville alimentée par une forte immigration, plus ancienne, qui lui donna beaucoup de son visage actuel, et créa un quartier, le Vieux-Lyon, autour de la Cathédrale Saint-Jean, quartier désormais classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. Sans remonter jusqu’aux Romains, qui fondèrent Lugdunum (quelle ville n’a-t-elle pas été fondée par les Romains ?), ce sont leurs lointains descendants qui créèrent des dynasties locales, marchandes et bancaires, et amenèrent avec eux la soie, en provenance directe de Chine. Les Florentins, les Gênois, et autres Milanais rapportaient aussi avec eux, en cette fin de Moyen-Age un avant-goût de la Renaissance, et la Renaissance tout court, dans les rues, ruelles, places et placettes du Vieux-Lyon. Lyon avait et a toujours SA fête, la fête des Lumières, qui trouve son origine lorsque les Lyonnais décidèrent de remercier la Vierge après l’avoir priée pour écarter la peste de ses murs. Toute la Ville est illuminée de milles bougies, et tout Lyon se pare de feux scintillants et de lumières multicolores. Mais Villeurbanne aussi suit cette tradition. Et les Lyonnais, présentés comme si froids, défilent en joyeuses sarabandes, lors de la nuit du 8 décembre, généralement froide, et ils auront aussi eu le temps de récupérer de l’autre fête locale majeure, la nuit du Beaujolais, au mois de Novembre.
Et de nouvelles festivités, de nouveaux élans artistiques se sont créés, qui relient les populations entre elles, et les populations aux créateurs, et les créateurs entre eux : opération estivale « tout le monde dehors » (concerts gratuits off), Biennale de la Danse, Biennale de l’Art Contemporain, Fête des Consuls, Nuits de Fourvière, etc… Sans concertation, les deux villes ont créé, de fait, un concert sans partition, ou la réplique l’emporte sur l’original (mais personne ne copie personne !!) et se transmettent le témoin du pouvoir incandescent et créatif de l’initiative sociale-culturelle, ouverte, hors les murs, transversale, pluri-disciplinaire. Et aussi un peu désormais.
Cela ne fera pas de Lyon une ville de la Nuit. Lyon dort la nuit.
Pourtant, les pentes de la Croix-Rousse, autrefois la colline qui travaillait, par opposition celle de Fourvière qui priait (cathédrale et amphithéâtre romain), attire depuis quelques années les artistes et les étudiants, et reprend le flambeau mi-anar mi-proudhonien des Canuts (les ouvriers de la Soie), sous une forme renouvelée, mi-alternatif mi-underground. Tout cela à quelques mètres de la place des Terreaux, rénovée par Buren, et à 15 minutes à pied d’un des cœurs bourgeois de la Ville, le quartier d’Ainay, moins ostentatoire que son jumeau du Boulevard des Belges, qui longe le Parc de la Tête d’Or… Entre les quartiers en rénovation (Vaise, Saint-Georges), et les quartiers en création (Les Confluences), ou récemment construits (la Cité Internationale), la ville évolue, et d’autres axes permettront à ses habitants, et à ceux de sa périphérie d’y prendre des racines : aux temps, aux périodes des festivités, des festivals, répondront de plus en plus souvent des lieux, plus nombreux, plus divers et dédiés à des activités plus spécifiques, et qui se croiseront. 
Les fêtes, anciennes et nouvelles, créent cette dynamique, où les habitants se retrouvent et peuvent communiquer, et aussi se voir, se représenter et sentir, physiquement, visuellement, comme un ensemble, une communauté, et non plus seulement comme d’anonymes individus isolés.
Ainsi, participent de cette re-socialisation, le défilé de la Biennale de la Danse, ou encore l’Opéra de Lyon qui jazze chaque soir pendant plusieurs semaines pendant l’été, ou les Villages de Noël de Lyon et de Villeurbanne, villages qui sont l’héritage de traditions germaniques, auxquelles tous ont pris goût, de l’Est ou l’Ouest, du Nord ou du Sud, jeunes et moins jeunes. Pour parfaire ce chantier, rendre quelques places plus conviviales, plus socialisantes, et plus de bancs, partout…

Gérard-Alexandre Sanchez-Allais, 
Ibrido Paneuropeo


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