« Je
n’ai jamais regretté mon choix ». Marie-Claire Darnéal a découvert la Corse
il y a plus de vingt ans, à l’occasion de vacances passées chez une amie
originaire de Corse. Pour cette native de la Bourgogne, issue d’une famille
d’origine paysanne, et « montée » à Paris pour étudier l’ethno, le
déclic est tout autant dû à la rencontre de celui qui est aujourd’hui son
compagnon qu’à la sensation de renouer avec la campagne. La décision est vite
prise, elle plaque la capitale et son boulot au standard SVP qui l’aidait à
financer ses études.
Les débuts
de sa nouvelle existence ne vont pas sans quelques surprises, quelques heurts.
La militantes de gauche, féministes sans être une passionnaria, habituée à
travailler avec des hommes, à avoir des « potes », découvre une autre
réalité. « Je me suis retrouvée dans un gynécée. Non que je n’apprécie pas
la compagnie des femmes, mais c’était tellement différent de ce que j’avais
vécu. Ici on est la fille, la sœur ou la femme de… et il est très difficile
d’avoir des rapport de pote avec un homme. On m’appelait MLF au début ! En
plus je n’étais pas d’ici ».
Elle évoque
les effarements ces premiers temps, la découvertes d’une culture et d’une
identité dont elle comprend la nécessité de les défendre, sans pour pouvoir se
résoudre à admettre qu’il faille pour autant les affirmer dans le rejet de la différence.
Mais il y a tout ce qui a su l’attacher, la retenir ici, cette « volonté
forte » d’exister, d’aller de l’avant, la synergie des compétences.
« Lorsqu’on veut se former, dans le domaine musical ou artisanal, on
trouve sur place la réponse adéquate, qu’il s’agisse du travail du bois, de la
peinture ou de la musique ».
C’est ainsi
qu’elle en est venue à réaliser des boites à musique. Elle évoque aussi le
« vraies réalités humaines » : « à Paris, j’avais des
copains avec lesquels je partageais des idées. Ici, même si on n’est pas tous
amis, on apprend à composer les uns avec les autres, on partage du pain. C’est
parfois pesant de toujours vivre sous le regard des autres – c’est la
contraintes sociale de la Corse, à l’inverse, celle des grandes villes, c’est
l’indifférence. L’avantage de Pigna ? La possibilité de passer une journée
chez soi sans voir personne, ou d’aller boire, sans même prévenir, un café chez
quelqu’un qu’on aime bien ».
Aujourd’hui,
Marie dit être « devenue Pignaise, à cause de tout ce que s’y fait. Et, si
je veux bien faire la critique du village, je ne laisserais personne le
critiquer. C’est une réaction qui m’épate, d’ailleurs… »