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Patrimoine Sans Frontières :

parce que l'héritage culturel commun en est libre

A l'heure où le patrimoine historique suscite un engouement du public des pays occidentaux, le patrimoine des pays en guerre ou dits en voie de développement est plus que jamais sous la menace de disparition. L'objectif de Patrimoine Sans Frontières, association fondée en 1992 à l'initiative du Ministère de la Culture et d'un groupe de professionnels, est de préserver ce patrimoine en danger. Mission ardue et longue, en regard de la diversité de son champ d'intervention : sites, architecture, objets mobiliers, matériel iconographique, savoir-faire... La motivation de cet organisme est d'ailleurs résumée lorsque l'on sait qu'il fut crée pendant la guerre en ex-Yougoslavie, dont les ravages ont suscité des demandes que les autorités françaises n'ont pu gérer seules. 
Avec la mondialisation, la volonté acharnée de développement, et l'empreint des modèles occidentaux qui uniformisent volontiers les modes de vie, l'urbanisme, lutter contre la désagrégation de l'héritage culturel est une tache difficile. De plus, les conflits armés incessants vouent trop souvent le patrimoine de certaines régions à l'anéantissement. Comment dans ces conditions sauver ce qui devient superflu pour des pays assaillis de problèmes toujours plus immédiats?
Face à ce que l'association nomme "les oubliés du patrimoine", P.S.F. mène des opérations de plusieurs natures. Soutenue par des partenaires professionnels, universitaires, et institutionnels, par des bénévoles et des stagiaires, elle se veut une structure légère, indépendante, prête à réagir en cas de destruction prochaine d'un site. Elle dispose aussi depuis peu d'une antenne en Espagne et au Liban. 
Son premier moyen d'action est d'alerter, d'informer, de sensibiliser l'opinion sur les risques courus par un patrimoine clairement défini. Des campagnes de presse, une pression auprès des autorités locales sont mises en place pour éviter erreurs ou négligences fatales. Mais son intervention ne s'arrete pas là. P.S.F. entend être le relais d'organismes qui travaillent déjà sur le terrain. Le partenariat est le moyen d'apporter une aide scientifique, ou financière par la collecte de fonds. Il s'agit de ne pas prendre la place d'autres institutions, mais d'appuyer leurs efforts.
Enfin, l'association s'engage dans des projets de sauvegarde à long terme, en collaboration avec des scientifiques et des techniciens, de manière à opérer directement sur un site qui a fait l'objet d'une étude préalable. C'est le cas du chantier de reconstruction de cases-obus, habitat traditionnel des Musgum, à Mourla dans l'extreme nord du Cameroun. Initié par Haman Mohaman et Lazare Elundu, deux architectes camerounais, puis par P.S.F., ce projet a été mené à bien de janvier 1994 à l'inauguration des cases en avril dernier. Le but était d'élever une "concession" (unité familiale) de cinq cases, mais aussi d'assurer la transmission d'un savoir-faire qui se perd peu à peu avec la venue de la "vie moderne". Au Cameroun comme ailleurs, les constructions traditionnelles, pourtant adaptées à leur environnement social et climatique, sont abandonnées au profit d'une technique importée qui crée du même coup une dépendance logistique. Pendant six mois, de vieux bâtisseurs de la région ont fait part de leurs connaissances à 14 jeunes, avec l'aide de deux jeunes français, un architecte et un photographe.
Ces cases tiennent leur nom de la forme qu'elles evoquèrent aux premiers européens(cf illustration). Montées sans le concours d'armatures ni d'outils, elles ont seulement nécessité l'emploi d'argile mélangée à une herbe locale et à de la bouse de chèvre. Leurs dimensions peuvent atteindre 8m de haut pour un diamètre au sol de 5 à 6m. Recouvertes de "azi", servant à la fois de gouttières et de décorations, puis d'un enduit intérieur et extérieur, leur durée de vie peut être d'au moins cinquante ans. Cette première opération de terrain prouve qu'en matière de patrimoine non plus, il n'existe pas de fatalité. P.S.F. a ainsi l'espoir d'avoir éveillé dans la population de cette région le sentiment d'une identité culturelle vivante. En marge de l'intérêt touristique et économique d'un tel legs, c'est la renaissance du lien vital avec leur histoire, qui peut servir de marchepied aux Musgum pour l'avenir.  
Néanmoins, le chantier aura coûté cher en temps et en moyens humains. L'association qui s'occupe d'autres zones, continue de chercher un soutien financier et des personnes qui désirent les aider à Paris. Car P.S.F., c'est également une aide à l'Ecole d'Architecture de Sarajevo, la reconstruction de villages autour de Dubrovnik par la formation d'artisans, une action de sensibilisation en faveur de Beyrouth où après 17 années de guerre, la remise à neuf du centre-ville fait plus de ravages que le conflit question patrimoine! 
A l'aune de ces exemples choisis parmi d'autres, on mesure la détermination et la patience qu'il convient d'adopter. Fort heureusement, P.S.F. est l'expression d'une certaine philosophie de l'héritage commun du passé. Comme le dit justement une de leur publication : "Au delà de leur intégrité physique, la survie des hommes, c'est aussi leur culture, leur mémoire et leur patrimoine". Cela valait bien un coup de projecteur sur des personnes qui font fi de l'attentisme, et interpellent de ce fait notre intelligence.

Gunther Ludwig

Voir également :

Patrimoine Sans Frontières : Un projet culturel pour la reconstruction du Kosovo 

Patrimoine Sans Frontières : Voskopojë, le village fané

Patrimoine Sans Frontières : La double identité de Salima


Patrimoine Sans Frontière
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61, rue Truffaut 75012 Paris. 

Tél :

01 40 00 05 90

Fax : 

01 40 02 05 91

 

 

 


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