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L'atelier 
Théâtre de Marionnettes

Le bâtiment date de 1852. Nous sommes à la Maison d'Arrêt de Paris - La Santé. Avec ses 1200 détenus, c'est une prison à "taille humaine", comme on dit. C'est aussi le lieu de travail de Marie-Christine MARKOVIC. Rattachée au Service médico-psychologique régional (SMPR) de la Santé sous la direction du Dr Odile Dormoy de l'hôpital Sainte Anne, elle anime l'atelier d'expression Théâtre des Marionnettes.

L'atelier Théâtre des Marionnettes est un espace de création et de liberté dans cet univers clos qu'est la prison. Un espace de liberté et de réflexion aussi, qui par sa force symbolique " fait tomber les murs ". Aujourd'hui, le 1er février 2002, on joue " Les Mystères de Paris " d'Eugène Sue. C'est la deuxième et l'avant-dernière représentation. Beaucoup d'animation, d'émotion et de travail derrière la scène ; invités et détenus se croisent dans la petite salle ; un pot nous attend après le spectacle. Une rencontre unique dans " le temps suspendu " de la représentation.
Pourriez-vous nous présenter brièvement votre démarche ? 
Depuis 1996, j'anime un atelier " théâtre et marionnettes ", fabrication et jeu, au S.M.P.R. de la Maison d'Arrêt de la Santé. J'ai organisé mon travail selon deux axes qui correspondent à mon parcours et à ma double formation, de marionnettiste et de thérapeute : l'un - centré sur le travail individuel de création d'une marionnette, l'autre - organisé autour de la création de spectacles de marionnettes et de la notion de travail collectif, donnant lieu à des représentations dans le cadre de la prison pour un public de détenus et d'invités extérieurs.

Comment aviez-vous l'idée de faire ce travail ?
L'idée de travailler en prison s'est concrétisée à partir de ma rencontre avec des psychiatres travaillant en milieu carcéral. Elle correspond aussi à une réflexion personnelle sur les corrélations entre la situation d'enfermement et le processus de la création. Paradoxe un peu simpliste et qui est heureusement interrogé par ma pratique actuelle et par la rencontre avec les détenus !

Quelle est l'histoire de votre atelier ?
C'est Dr Odile Dormoy, responsable du service, qui, à sa nomination à ce poste il y a une dizaine d'années, a décidé d'engager dans son unité plusieurs intervenants-artistes pour créer des ateliers d'expression. Au début, lorsque j'ai commencé à intervenir au S.M.P.R. (je ne venais alors qu'à temps très partiel, une fois par semaine), il n'était pas question de spectacles mais plutôt d'installer ce groupe de travail. L'idée des marionnettes en prison était perçue comme une rencontre réciproque avec une " inquiétante étrangeté ". Pour cela, la venue régulière dans le groupe d'une psychiatre du service, le Dr Chantal Magdeleinat, qui a construit elle-même des marionnettes et était présente d'une manière très active, y a beaucoup contribué. Puis au fil des marionnettes, des investissements assez forts des participants au groupe et de la fonction de la marionnette, bel objet inanimé, tant que l'intervention du marionnettiste-manipulateur ne la fasse vivre et bouger, l'idée de jeu, de représentation, a germé. Entre temps, un psychologue du S.M.P.R., Philippe Jacquette, grand amateur de théâtre et d'opéra, est venu aussi rejoindre le groupe pour nous aider occasionnellement à faire les décors, la peinture des perspectives (domaine dans lequel il excelle !). Les détenus ont pu ainsi s'inscrire dans la construction et la peinture du castelet avec lui et se confronter à des exigences de qualité pour la réalisation.

Comment êtes-vous arrivés à l'idée de mettre en scène " Les Mystères de Paris " d'Eugène Sue? Quelles sont les autres pièces que vous avez montées à La Santé ?
Le choix de ce spectacle s'inscrit dans la dynamique de l'atelier que je viens de décrire. Nous sommes partis au début des improvisations, réalisées dans l'atelier. Certains détenus ont eu l'envie d'écrire. Cela a donné lieu à deux pièces : l'une, parlant de leurs vies à travers une histoire de familles, de fils en prison et de groupe de rock, intitulée " Histoires sans fin ", et l'autre, faite à la manière d'un collage de diverses improvisations, retravaillées et stylisées, où chacun a réalisé un sketch d'une dizaine de minutes environ : " Chacun son chemin ! ". Ensuite certaines personnes, qui étaient là depuis le début, ont émis le souhait de travailler à partir d'un texte d'auteur, pour s'évader ainsi de leurs propres histoires. Et nous sommes arrivés au spectacle que vous avez vu. 

Quel est, à votre avis, le rôle de la création artistique dans cet espace d'enfermement qu'est la prison ? Peut-elle changer quelque chose ? 
Les spectacles, créés en prison, appartiennent à part entière à ceux qui les ont construits et fabriqués avec moi : les détenus ! c'est pour eux une expérience extrêmement intéressante, une véritable aventure dans laquelle ils s'engagent peu à peu, découvrant au fur et à mesure du travail les exigences, la difficulté et le plaisir aussi de cette expérience. Dans un univers clos, difficile, privés de liberté et confrontés au temps de leur peine, ils peuvent, à travers le processus de création et de construction qui leur est proposé, donner un sens à une démarche, s'engager à réussir et en même temps parler d'eux-mêmes. Ils sont ainsi amenés à réfléchir à leurs trajectoires. C'est en fait la dynamique qui sous-tend mon travail là. Et cela passe par la rencontre : la rencontre avec la matière (c'est tout le processus de création : sculpture, peinture, décors… Les détenus contribuent à la peinture des décors des spectacles que nous produisons et ce sont eux qui fabriquent les marionnettes et les costumes), la rencontre avec moi-même qui soutiens les projets, individuels ou collectifs, et enfin la rencontre avec les autres et avec eux-mêmes. Tout cela donne lieu à beaucoup d'interrogations concernant leur identité, les histoires de leurs vies, faites souvent de ruptures violentes, d'échecs ou de répétitions négatives.

La prison, est-ce un espace d'exclusion ? Quel est votre regard d'artiste ?
La prison est certes un espace d'exclusion, mais c'est aussi un lieu où l'on rencontre une humanité diverse et prodigieuse : des êtres qui ont transgressé, mais qui sont aussi des êtres en souffrance ; des êtres qui sont violents, mais qui ont été beaucoup violentés aussi. Ce sont des êtres qui prennent conscience de leur souffrance et de leurs problèmes. Certains ont le désir de changer, d'autres s'accommodent et s'adaptent à ce système. Dans les groupes que j'anime à la Santé il y a beaucoup de discussions et de questions qui abordent ces problèmes et permettent d'ouvrir des voies de réflexion.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez au cours de votre travail ? 
Il y a en prison une difficulté supplémentaire d'organisation : le temps et l'espace sont soumis aux codes de l'enfermement. Ce sont les gardiens qui ouvrent les cellules... Mais c'est une des gageures du travail de création en prison que d'ouvrir, dans un temps déterminé un espace de liberté! De plus, dans le cadre du S.M.P.R., c'est un objectif que nous partageons tous : le temps de la psychothérapie, demandé par le détenu, comme celui de l'activité artistique (marionnettes, peinture, expression corporelle, poterie, lecture) est considéré comme une possibilité d'ouverture à soi-même et à la liberté de penser, de prendre " soin de soi " (le sens du mot " thérapeutique "). J'aimerais préciser qu'il n'y a pas d'injonction de soins : les détenus viennent eux-mêmes demander une rencontre avec un médecin, un psychologue ou demander à participer à un atelier.

Travaillez-vous ailleurs ? Quels sont vos projets ?
Oui, je travaille avec des enseignants pour des projets de création de spectacles en milieu scolaire. Je joue (à la demande : au Théâtre de La Vieille Grille à Paris, à Besançon, dans des écoles …) un spectacle pour enfants que j'ai créé il y a quelques années. Mais il est vrai que depuis que j'ai commencé cet atelier en prison, j'ai moins de temps à consacrer à une nouvelle production du côté des marionnettes. Alors, pour continuer à m'engager moi-même dans un processus de création personnelle et pour permettre de comprendre notre démarche et ouvrir un peu l'espace fermé de la prison, j'ai décidé, depuis deux ans, de filmer les improvisations avec les marionnettes et les spectacles que nous créons en prison. La prochaine étape est celle de la construction d'un film documentaire retraçant des étapes de cette expérience.
Propos recueillis par Dessislava Yougova

 

Marie-Christine MARKOVIC- DALSTEIN est née sous le signe des Gémeaux dans une année de Dragon ... Elle se souvient avoir assisté émerveillée à son premier spectacle de marionnettes à l'âge de trois ans : « Les aventures de la Tulipe d'Or » par la Cie des Marionnettes de Metz.
Une double formation : des études de Psychopédagogie et, de 1981 à 1984, une bourse du Ministère des Affaires étrangères pour étudier la Scénographie des Marionnettes à PRAGUE.
Création de deux compagnies : le Théâtre du Charivari Monstre (de 1977 à 1981) et la Compagnie Papiers sur Fil. Monte plusieurs spectacles, tels " Doulabou " et " Qui Frappe à la Porte ? ", joués en France et à l'étranger (Festival de Charleville-Mézières, Festival de Nuremberg, tournée dans les écoles maternelles de Polynésie Française).
Collaboration active avec le Théâtre des Manches à Balais de Besançon.
Depuis 1990, en alternance avec le travail de la compagnie, développe une activité d'ateliers de marionnettes en direction de publics divers : foyers d'accueil, services de placement pour enfants et adolescents, maisons d'arrêt, écoles primaires.

 


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