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“ J’ai préféré me mettre au volant pour attendre Laura. Je me sentais à l’abri, dans cette voiture. Qu’est-ce qu’elle fabrique ? me disais-je quand même. Elle ne passe pas le balai, j’espère. On n’a plus le temps, là. Et puis, je l’ai vue, arriver par le trottoir. C’était le seul chemin, du reste. Je veux dire que Laura arrivait vraiment par le trottoir, qu’elle venait, que les choses se déroulaient exactement comme prévu. Sauf que. Sauf que j’ai quitté le volant et me suis porté à sa rencontre parce qu’elle avait les mains prises. Je me suis demandé si je rêvais. Qu’est-ce que c’est que ça ? lui ai-je dit. Laura était descendue avec l’aspirateur. ” Christian OSTER Une femme de ménageLes éditions de Minuit 95 Francs. 237 pages |
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Voilà le huitième roman de Christian Oster, qui a obtenu en l’an 2000 le Prix Médicis pour Mon grand appartement. Là encore, l’auteur choisit méticuleusement son titre prenant soin d’éveiller la curiosité du lecteur par des mots assez quotidiens qui suggèrent des mondes que l’on peut facilement imaginer mais que l’on a toujours envie d’un peu plus sonder. Et ça doit être ça, le secret de Christian Oster, celui de sa réussite. L’identification aux personnages marche. Mon grand appartement, ça peut être le mien ou le tien. La femme de ménage, c’est un peu celle que l’on a, celle que l’on a eu, ou celle que l’on aura peut-être. Les hésitations des héros, ce sont un peu les nôtres, cette idée que du jour au lendemain, on peut tout ré envisager, tout faire différemment, être pris de fascination pour telle ou telle chose, se dire après tout zut…Oui, on peut facilement se persuader que tout a de l’intérêt ; on peut s’intéresser à tout et à tout le monde, aux femmes enceintes (comme dans Mon grand appartement), aux poules (comme le fait Ralph, un des personnages d’Une femme de ménage) ou à une femme de ménage qui n’en est pas tout à fait une. Et le génie de Christian Oster, c’est de mettre en scène, des personnages un peu déphasés qui s’ils sont dans la norme (pas plus malheureux qu’un autre, pas de problèmes d’argent) semblent s’ennuyer et rechercher un bonheur particulier qu’ils croient pouvoir trouver dans des éléments atypiques, dans des amours impossibles. Ainsi, le narrateur, dans Une femme de ménage, est séduit par le charme particulier de Laura ou plutôt par celui de sa profession. Cette jeune femme aux cheveux longs propose par petite annonce des heures de ménage. Elle ne correspond en rien à l’image de la femme de ménage habituellement véhiculée et le narrateur se demande, n’entendant jamais l’aspirateur, si elle fait vraiment bien son travail. Sa curiosité lui joue des tours, en douce il épie la jeune femme, ne pensant plus qu’à la regarder au labeur, dans sa danse de balai. Mais ne tombe-t-il pas dans son propre piège ? Peut-il exister une relation, une amitié, voire un amour entre deux personnes si différentes et d’âge et de profession ? Si l’intrigue du roman est assez simple, et pas spécialement originale, la façon dont Oster mène son récit est intéressante. L’histoire est racontée de façon linéaire, presque au jour le jour. On voit le narrateur la vivre sous nos yeux (en même temps qu’il la raconte, on dirait). Le ton est vif, oral, les phrases courtes. L’ensemble est frais, piquant, très bien rythmé et non dépourvu d’humour. Tout cela en fait un roman distrayant, que l’on peut lire à deux niveaux, pur plaisir des mots et comique des situations ou sur le plan philosophique, angoisse d’un quotidien trop pesant. |
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