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Concours photos @xé libre : des villes, des vies
Dans le cadre de ses 10 ans, le magazine @xé libre, en partenariat avec l’association Open Yür Mind , organise un concours photos en vue d'expositions sur le site, dans des salles parisiennes, en région ainsi qu'à l'étranger à partir de février 2006. Le concours comprend deux thématiques distinctes. Il est ouvert à tous photographes amateurs ou professionnels indépendants.
"Au delà ces clichés : des villes, des regards…"
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@xé libre - VERMEER DE DELFT

VERMEER DE DELFT

 

« Vermeer et l’école de Delft »

National Gallery
Trafalgar Square, London 
jusqu’au 16 septembre 2001 

 « La laitière » v. 1660-1661
(45,5 x 41 cm)

Celles et ceux qui manquèrent la monumentale rétrospective de 1996 aux Pays-Bas consacrée au maître de Delft ou qui en redemandent, peuvent en effet acquérir une compréhension complémentaire de ce peintre d’exception face à 13 de ses toiles, soit plus du tiers de sa production connue.

« L’allégorie de la foi »  réalisée vers 1672-1674 sécrète à elle seule une somme de décryptages particulièrement plaisants qui sont de surcroît exécutés dans la facture lumineuse impeccable si caractéristique de Vermeer. Une quarantaine d’œuvres  de ses aînés et contemporains ( Fabritius, Peter de Hooch, Bramer…) sont également proposées dans le cadre de l’intitulé de cette exposition.

Le parti pris des organisateurs consiste à extraire le peintre de « La laitière » de son relatif isolement afin de mieux le situer dans l’environnement artistique de Delft du milieu du 17° siècle. Celui-ci, comme la National Gallery le démontre, foisonnait effectivement de scènes de genre discrètes, de  descriptions d’amoureux réservés et pourtant habités d’une joie intérieure intense ainsi que de narrations figuratives feutrées. 

Considérés sous cet angle, les sourires délicats et subtils des jeunes femmes, enceintes du mystère de la vie pour certaines, peintes par Johannes Vermeer s’inscrivent fort logiquement dans le contexte global d’une ville éminemment artistique de l’Europe du Nord des années 1650. Cet idéal se veut profondément  empreint de religiosité contemplative, d’intemporalité éthérée affleurant le quotidien et d’un sens aiguisé du suggestif.

Par ailleurs, la National Gallery dispensera  régulièrement des conférences sur ces thèmes pendant la durée de l’exposition. Ce qui singularise cependant Vermeer des peintres de son temps et du reste de ses pairs, de Lascaux aux conceptualistes, réside en deux pôles picturaux incontournables :

Si les formulations au second degré, la codification et l’ellipse procèdent d’un usage récurrent dans l’histoire de la peinture, il convient toutefois d’observer attentivement  celles utilisées par l’auteur de tableaux si ambivalents.

 

« L’atelier » v.1662-1665
 
(130 x 110 cm)

« La ruelle » v.1661
(54 x 44 cm)

« L’atelier »
(détail)  

En apparence, sa symbolique (orientation de la lumière, gestuelle, instruments musicaux et scientifiques déterminés) est constituée par une économie de moyens assez simple.

Attardons-nous pourtant sur le masque, en apparence anodin, représenté dans la partie centrale gauche de « L’atelier ».

Celui-ci figure, en partie seulement, dans le champ de vision d’une exquise demoiselle dont les attributs peints sont dédiés à Clio, la muse de l’Histoire.

Ce masque  (idyllique, mortuaire; en cire, en plâtre?) englobe-t-il la cause même de la peinture ? S’agit-il de l’empreinte du visage de quelque divinité de l’art dont les facultés thaumaturges manifestement fragiles nous rappellent que certains dieux, eux-aussi, sont mortels ?

Serait-ce les traits de Vermeer lui-même se montrant ainsi par un artifice remarquable ;  le peintre figuré dans cet atelier n’offrant, en effet, que la vue de son dos aux spectateurs ?

Force est de constater que quatre siècles d’analyses de tout ordre refluent encore face à cet objet Vermeerien. Or, ce brillant écueil constitue justement l’intérêt ontologique de cette catégorie de réfléxions.

Ce, précisément parce qu’il incite avec un renouvellement alerte et constant les ravissements intellectuels, sensitifs, et de l’ordre de la jouissance censés être contenus dans une œuvre d’art à se mettre, eux-aussi, en œuvre. Mais, par-dessus tout, ce que Vermeer de Delft synthétisa optiquement aux extrémités hypersensibles de ses pinceaux, particulièrement dans ses vues d’extérieurs, est ce phénomène infinitésimal, transparent et par principe quasiment intraduisible en peinture (comme en photographie ou avec la technologie numérique d’ailleurs) qui s’appelle l’atmosphère terrestre.

Souhaitons-donc en cet été 2001 que ce fait d’armes historique porté à la gloire de Johannes Vermeer (1632-1675) révèle une fois encore toute l’ampleur de sa luminosité ce, par exemple, au sortir de la semi-obscurité du tunnel sous la Manche.

 

Thibaud Moinard

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