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Un destin chargé pour un caractère vulnérable
Toulouse-Lautrec est né le 24 novembre 1864 à Albi accompagné d'un double sort des fées. Une passion intarissable pour l'art, d'une part, qui se manifesta dès trois ans, et un drame tragique, d'autre part. Atteint d'une maladie héréditaire, à treize ans il se brise la jambe gauche et, un an plus tard, la jambe droite : ses os s'atrophient et il ne grandira plus. Seule consolation, étant de la
noblesse, il n'est pas obligé de travailler pour vivre.
C'est de cette passion et ce drame que se forge ce trait de caractère si particulier du peintre et donne cet fascinante humanité à ses oeuvres - une humanité quasi
empathique : s'il se moque facilement de lui même, il reste très sensible aux remarques, déplaisantes ou non, des autres...
Une technique au service de la générosité
Toulouse-Lautrec est assurément un des plus célèbres dessinateurs d'affiche de la Belle Epoque en France. S'il a élevé les affiches au rang de l'art, il est surtout un des premiers à appliquer le principe de la combinaison - qui deviendra la quadrichromie de l'imprimerie moderne - à savoir réduire le spectre des couleurs à quatre tons à partir desquels il fait de savants mélanges. Noirs profonds, rouges et le fameux vert olive - qu'il utilise pour la lettre ou pour des fonds - deviennent ainsi ses marques de fabrique qui donnent ce curieux parfum tellement convoité du bonheur des Parisiens de cette époque. Image d'Epinal, certes, mais au combien épicurienne ! Ses oeuvres d'art pleines de vie étaient aussi une réaction tapageuse contre la belle peinture de l'Impressionnisme qui, elle, reflétait la classe bourgeoise.
Comme d'autres de ses créations (affiches pour des librairies ou couvertures de livres), ses
lithographies contiennent déjà les germes du Fauvisme et de l'Expressionnisme par le choix de couleurs vives. On y retrouve également l'influence d'une des idoles de Lautrec, Degas, mais aussi des estampes japonaises. Au premier il empruntera le choix des sujets et l'art de la
composition, des autres il apprendra l'art de la ligne et des contours - et de leur simplification.
Les prémices de la modernité en art
Pas de nuance d'éclairage et de description inutile, son art exprime l'essentiel sans émotions et sans commentaire superflu. Toulouse-Lautrec comprend avant les autres que l'affiche, se doit, avant tout, d'être efficace ; elle doit attiser la curiosité. Et peut importe si ses œuvres agressent plus le regard
qu'elles ne l'apprivoisent, Toulouse-Lautrec ne voulait rapporter que le présent, celui de ses amis, celui de la vie parisienne, du monde du spectacle, de la rue, de la fête et de la nuit. A sa manière, le
peintre est un véritable précurseur. Dans sa peinture et sa technique se trouvent déjà les germes de " la modernité en art et de ce qui va donner véritablement l'impulsion vers une liberté de la forme et de la couleur " (1).
Ce que Toulouse-Lautrec a dit à propos de l'humanité avec ses oeuvres est plus important que son art lui-même. Peu importe que sa technique ne soit pas parfaite. C'était un roi de l'art graphique et il a révolutionné l'emploi de la couleur. Dans l'art, il a capturé la mentalité de la Belle Epoque.
Patrick
Herrmann |