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Dans
la jungle de la presse écrite, où des titres nouveaux apparaissent,
disparaissent, s’effacent quelques temps pour revenir ensuite, on ne
compte plus le nombre de publications qui ont fait les frais du barrage de
la distribution et de la rentabilité, qu’elles soient diffusées en
kiosque ou selon des modes alternatifs. Même dans la presse labellisée
« arts et culture », pourtant plus confidentielle et dominée
par quelques revues importantes, les tentatives nouvelles se suivent à
rythme régulier. Au milieu de ce tourbillon éditorial, il est un journal
démarré au mois de Février 1999, qui mérite qu’on s’arrête
quelques peu sur ses colonnes. Parpaings, architecture art > paysage,
est une publication consacrée à la chose construite. Pas le premier venu
sur un marché extrêmement étroit et qui plus est fermé ; qu’est-ce
qui le distingue de ses aînés ?
Mensuel,
Parpaings est un tabloïd qui rompt résolument avec une tradition assez
nette qui ancre les revues d’architecture du côté papier glacé,
reproductions photographiques léchées, et fabrication soignée pour un
coût élevé. Parpaings prend le contre pied et tire de son nom la
« rugosité » avouée de son format. Papier journal habituel
(dont l’encre noircit gentiment le bouts des doigts !), pages
intérieures en noir et blanc pour l’essentiel, la une couleurs pour
attirer l’œil, maquette directe et typographie aiguisée, pour un prix
de vente alléchant : dix francs. Attention, rugueux ne veut pas dire
rébarbatif : la maquette est extrêmement soignée et ne sent pas le
hasard.
Au
delà de ces ruptures dans la forme, Parpaings est à la mesure de ses
ambitions éditoriales. Elles se résument à la va-vite en une phrase ;
rendre compte du domaine de l’architecture en visant l’interdisciplinarité
de toutes les pratiques qui le traversent. Allons un pas plus loin.
Partant du principe que la science de construire n’est pas un objet de
réflexion et d’action isolé, mais se réalise dans des espaces sociaux
où d’autres formes de travaux prennent place, Parpaings considère que
les architectes et l’ensemble des interlocuteurs traditionnels du
secteur ne suffisent pas pour se faire l’écho de ce vaste champ d’expériences.
Voilà un dilemme cent fois énoncé qui refait surface ; l’architecture
est à la croisée d’un savoir-faire technique maîtrisé et d’un
geste créatif propre à insuffler un esprit aux murs qui s’élèveront
bientôt. Comment alors ne pas ouvrir la réflexion, mais pour de bon, aux
plasticiens, paysagistes, critiques, philosophes, chercheurs en sciences
sociales, photographes et autres artistes de tout poil, afin qu’ils
viennent peupler les colonnes du journal, en tant que plumes et qu’objet
? Et si le propos vaut dans un sens, il est à parier qu’il se défend
dans l’autre.
De
là nous revenons à l’un des questionnements majeurs d’un organe de
presse écrite : pour quels lecteurs ? On le sait, l’usage de l’habiter,
avec tout ce qui l’entoure, n’intéresse qu’un tout petit nombre de
personnes.
C’est triste à dire, mais aucune pratique si communément et
durablement attachée à la vie de chacun n’a droit à si peu d’intérêt
de la part du grand public.
Parpaings
1
N° par mois,
édité
par JeanMichelPlace
www.parpaings.com
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C’est précisément ici que Parpaings ouvre
une brèche. Son public cible, c’est d’abord la population étudiante,
avide de nourriture textuelle et pas chienne de son temps. Mais l’objectif
va au delà des écoles d’architecture, vers les établissements d’histoire
de l’art, les beaux arts, les arts décoratifs, les formations en
graphisme ou nouvelles technologies de l’image. On nous rabâche le
décloisonnement, Parpaings y met son grain de sel et donne du goût au
concept.
Bref,
ça discute et ça explique à tous les coins de page, arguments et images
à l’appui, dans un journal qui du même coup se trouve être une
tribune ouverte, et qui n’hésite pas à toucher là où ça fait mal
(voir les N° consacrés à la réforme de l’enseignement de l’architecture
et à la réhabilitation du site des usines Renault à Billancourt) !
Remettre en cause procédures et décisions trop assurées, individus
enclins à juger avec mépris celui qui « ne connaît pas »,
les deux rédacteurs en chef de Parpaings ont le courage de leurs
opinions, et privilégient le débat en place publique plutôt que les
mots des salons feutrés où le sérail cause. Il faut dire que ces
deux-là n’en sont pas à leur coup d’essai. Alice Laguarda,
Christophe Le Gac, tous deux architectes, sont de jeunes professionnels
qui n’ont pas oublier de vite prendre de la bouteille. Chargés de cours
pendant quatre ans en enseignements de projets à l’école d’architecture
de Rouen, ils ont d’abord fondé une revue dédiée à la création
contemporaine, Visuel(s), dont ils assurent toujours la bonne marche.
A
qui veut bien l’entendre - et le lire, Parpaings réintroduit la
proximité avec une architecture que beaucoup ignorent inconsciemment ou
croient être réservée aux happy few. Rapprocher l’usager du
prescripteur, c’est bien ce qui a séduit @xé libre dans la
tentative de Parpaings. Et pour aller au devant des attentes d’un
lectorat le plus large possible, une suggestion : mettre plus encore en
lumière l’action de ceux qui font découvrir ce que l’on nomme
architecture au quotidien. Dans les quartiers, les écoles primaires, l’édition
grand public, le travail pied à pied avec l’habitant. Le seul qui vive
cet espace que l’on a conçu plus ou moins à son intention ... ou à
son insu.
Vous
l’aurez compris, on souhaite à Parpaings tout le mal possible !
Gunther
LUDWIG
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