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@xé libre -Strebelle à Paris

« STREBELLES 
A PARIS »

Place Vendôme

C’est l’été et les rues de Paris, toutes fières de leur beauté, s’empressent d’attirer les regards des visiteurs. Pour cela, tous les moyens sont permis.

Rien ne pourrait étonner les touristes, avides de découvrir la capitale culturelle de l’Europe et, donc, prêts à s’étonner de tout, une vraie surprise attend les habitués sur la place Vendôme, puisqu'elle accueille jusqu’à la fin du mois d’août l’exposition « Strebelle à Paris ». Une vingtaine de sculptures monumentales de l’artiste belge s’approprient l’espace de la place Vendôme avant de longer la rue de la Paix pour pointer sur la place de l’Opéra. En tout, 36 œuvres qui se partagent ce quartier de Paris, connu pour l’exubérance de sa richesse matérielle. Est-ce un défi, une ambition ou tout simplement de la vanité ? Sur la place de l’Opéra une tension se crée par le contraste entre la patine de l’immense sculpture en forme abstraite d’oiseau (Protecting Eagle VI) et la beauté éclectique et toute neuve de l’Opéra, tandis que, au contraire, les vitrines et la riche décoration de la rue de la Paix assimilent sans difficultés les statues qui y sont disposées. 

Il s’agit d’un effet cherché, dirait-on, puisque les créations évoquent des formes humaines, des corps assis, allongés, exposés aux regards des passants qui paradoxalement ne les remarquent pas ; à tel point elles se sont intégrées dans l’espace urbain de la vie (peu) quotidienne de cette rue. Ainsi, se faisant discrètes, les œuvres d’art se rendent-elles indispensables à l’œil, mais « à la manière de joyaux », rétorqueraient les opposants à une telle idée de l’art. En fin de compte, le plaisir reste pour celui dont le regard, averti ou fortuit, découvre (brusquement) l’érotisme provocant de certaines des statues. Tout dépend du point de vue, du positionnement. Mais plus on avance vers la place Vendôme, plus le sentiment d’inquiétude augmente. La colonne de la Grande Armée (imitée de la colonne de Trajane à Rome), le Ministère de la Justice, l’Hôtel Ritz, les vitrines luxueuses…

L’art, que vient-il faire dans ce paisible voisinage sémiotique ? La bataille ou bien le dialogue. Des sculptures de grande dimension, des volumes entrelacés, érigés ou allongés, figés en mouvement d’enchevêtrement ou en formes posées, s’installent dans l’espace classique de la place pour lui suggérer un nouveau partage de valeurs. Encerclée, la colonne de la Grande Armée est prise au piège, mais l’identité de matériaux, le bronze, fait apparaître en dépit du signe historique sa signifiance artistique. Les deux lions, dignement posés devant l’entrée du ministère de la Justice soulignent à la manière classique la valeur de l’établissement. Mais quelle drôle façon de mouvementer leurs corps, constitués de volumes de métal tordus, comme si leur agitation est destinée à miner de dedans la rigidité de l’institution même. Et puis… Mais allez voir ! Et surtout laissez le libre choix à votre regard.

Dessislava Yougova

Olivier Strebelle est né à Bruxelles en 1927. Après des études à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture et des Arts Décoratifs, il devient cofondateur, avec Alechinsky, Reinhoud, Dotremont et Olyff, des Ateliers du Marais à Bruxelles (1949), centre du mouvement Cobra. Professeur à l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Anvers, ensuite professeur dans différentes universités du Canada et des Etats-Unis, Olivier Strebelle est aujourd’hui mondialement reconnu pour son œuvre artistique. Ses sculptures sont exposées dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique. Depuis 1987, il est membre de l’Académie Royale de Belgique.

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