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Un changement de mentalité menace le
bronzage sur les plages et son économie des huiles. La
peau blanche s'apprête à couler l'entreprise florissante
de la crème solaire “Bronzex”. Les confessions de la
princesse Bénédicte auront-elles raison des stratégies
du marketing ?
Grand cirque de la marchandise, comment l'offre peut
créer la demande, mais la demande a ces aléas, surtout
si les médias s'en mêlent dans la poignante tragédie de
la princesse Bénédicte de Bourbon-Beaugency qui souffre
d'un cancer de la peau en phase terminale. Ses
expositions acharnées au soleil auront eu raison des
quatre plaisirs stratégiques (sexuelle, cosmique,
mystique et social). Un changement de mentalité menace
le bronzage sur les plages et son économie huileuse. La
peau blanche s'apprête à couler l'entreprise florissante
de la crème solaire “Bronzex”. Dans la valse des
ordres du siège central de Cincinnati, les coups bas
dans la hiérarchie de ses dirigeants enveniment les
rapports cordiaux. Le lancement d'un nouvel crème “Corps libre”,
et non “Sidoré” s'enfonce dans son
propre lancement aveugle. On entasse des stocks de crème
de manière un peu suicidaire. Mais la nouvelle direction
versatile mécontente les ouvriers. L'occupation ne se
fait pas tarder, et la grève achève la tâche. Les billes
des capitaux étrangers se retirent pour l'alternative
d'une coopérative aux mains des grévistes.
Cette pièce, écrite en 1979 pour 6 acteurs et mise en
scène par Jacques Lasalle en 1980 au Théâtre National de
Chaillot, n'a rien perdu de son acuité actuelle.
L'effectif des acteurs a été élargi à 20, mais le nombre
des protagonistes se chiffre à un total de 29. Les
acteurs surgissent et disparaissent aussitôt dans les
bribes accrochées des répliques. Un narrateur nous
conduit à examiner les mécanismes de production comme il
nous en montrera la fin dans la boucle circulaire des
pommades de grand-mère. Polyphonie déliée et burlesque,
l'affect est ballotant et laisse part dans le noyautage
technique à d'autres dimensions que les mots diffractés.
Une certaine frénésie s'empare de la contenance. Les
acteurs sont un peu ampoulés dès le début, mais se
laissent rapidement prendre de cours par la traversée
des télescopages. Il y a quelque chose des films muets
noir et blanc, mais inversée, comme si les corps
n'étaient que des incises dans la bobine des mots.
Du maquillage naturaliste avec les costumes et tailleurs
de circonstances, l'aspect résonne étrangement sur un
plateau presque formel de la scénographie. Il reste
qu'on ne comprend pas trop bien que vient faire la table
et les bancs. On aurait pu très bien imaginer les
acteurs continuellement présents dans un dénuement des
lieux, intervenant dans leurs tours impartis, les
acteurs auraient été tout autant spectateurs et le
peuplement de la scène aurait pu rompre le dispositif
salle/scène. Mais laissons parler l'auteur de sa mise en
scène : « Il fallait que l'espace soit rond … ou d'une
forme s'en approchant : ellipse, carré, rectangle,
l'idée étant que le public entoure l'aire de jeu. Avec
un dispositif de ce type, nombre de mes préférences en
matière de mise en scène sont d'emblée acquises : il n'y
a pas l'invisible quatrième mur ni, donc l'amorce d'une
indiscrétion, tout est carte sur table ; il n'y a pas
d'hiérarchie entre face, dos et profil ; il n'y a pas
l'organisation d'un tableau, avec son centre et ses
côtés ; il n'y a pas d'illusion ; il n'y pas de décor. »
Cette pièce présente sa propre résistance, anecdotique
et universelle, à la lumière de processus et de
propositions.
Dimitri Jageneau
avril 2006
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Michel Vinaver est
né à Paris en 1927 de parents d'origine russe. En 1953, il
entre dans une grande multinationale (Gillette, pour ne pas
la citer) à propos de laquelle, plus tard, il écrira une
pièce sur son fondateur King (1998). Il écrit sa première
pièce Les Coréens en 1955. Par la suite, il ne cessera
d'écrire jusqu'à la coupure entre 1988 et 1998. L'œuvre
théâtrale complète de cet auteur est parue en 8 volumes chez
l'Arche et Actes Sud. Tour à tour PDG et professeur d'études
théâtrales, Vinaver a marqué de son empreinte le théâtre
français depuis plus d'un demi-siècle.
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