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Audace ingénieuse et conceptuelle
de mouvements sur les pas d'Empty Words de Cage. Dans Noces de
Stravinsky, les mannequins (de plumes sans doute) en robe blanche de mariée nous
chantent d'autres airs sur l'objet désir. La matérialité se débat
sous les formes de l'essence conflictuelle.
Lent détachement des phonèmes, par processus aléatoire de coupes et
de collages sur le texte de David Thoreau, Du devoir de la
désobéissance civique, John Cage fournit, sur bande son enregistré
au Teatrico Lirico Milan (1977), la texture sonore d'un poème. Un
quatuor de danseurs esquisse “au ralenti” cette mise à distance du
signifié. Le dialogue crée des courants d'incidence fluide qui ne se
décale que pour concilier des systématiques de résonances. Audace
d'un plaisir entrepris, les corps sont accrochés au sol et sont loin
de complaire à l'attirail chorégraphique des effets. Le minimal
prône juste des mouvements et inquiète la profération orale à la
durée confidentielle de petites formes, comme un double de l'espace
littéral qui scande la prosodie d'un rythme déconnecté. Cette audace
est véritablement ingénieuse dans ce refus même de chorégraphier
l'espace pour noter des retranchements hasardeux. Moins que le
moins, les mains se tendent souvent pour faire ensemble. Empty Words
de Cage présentait cette spécificité d'un compositeur en recherche
analytique de particules vocales. Preljocaj trame la poésie sonore
des embûches obsessionnelles du corps. Les réactions du public
italien désamorcent les intuitions communes de l'attente
spectaculaire Le public lutte et s'abstrait tout de même. Un
véritable tour de force.
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Noces est une reprise d'une pièce créée il y a plus de 15 ans et est
par contre narrative à souhait. Mais une même interrogation agite
ces dualités de corps. Est-ce la plongée de ce que pourrait être la
cérémonie sacrale du mariage et des festivités folkloriques qui ne
lésinent pas à plonger dans les réminiscences de la culture
populaire slave ? Autre manière de penser la danse dans ce décalage
ancestral, lorsque la danse signifiait avant tout exubérance de joie
et nuitée blanche jusqu'aux petites aurores qui déchantent. Mais la
collusion des partenaires interchangeables est plus franche et
radical dans le module des deux qui se rejettent incomplet l'un à
l'autre. Mais le néoclassicisme et les voix russes de l'œuvre de
Stravinski donnent le change au trouble des bans d'école sur
lesquels les émois ludiques apprennent l'étreinte de l'objet désir.
Des mannequins (de plumes sans doute) en robe blanche de mariée sont ces symboles
que l'on s'échange dans la blancheur idéale. Les jeunes femmes sont
toutes drapées de ces étoffes robustes et de belle matière
résistante. L'image est une duperie nécessaire qui expose chacun des
partenaires à ce qu'ils en ont fait dans la prise consentie d'un
soulagement. La matérialité se débat sous les formes de l'essence
conflictuelle. A chaque chorégraphie, même reprise, Angelin
Prejlocaj affirme son statut incontournable de fer de lance de la
chorégraphie française.
Dimitri Jageneau
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