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Marie Vayssière est arrivée à plus que simplement épousseter les poussières d'Eduardo De Filippo mais à donner virtuosité au sens et réponse au théâtre.
Quelle meilleure réponse pouvons-nous attendre du théâtre ?

L'Art de la Comédie,

de Eduardo De Filippo, texte français de Huguette Hatem,
scénographie et mise en scène de Marie Vayssière,

Théâtre de la Bastille, du 21 avril au 21 mai 2006 à 21h,
dimanche à 17h, relâche le lundi et le dimanche 23 avril, durée 1h35.



Mur frontal ou de biais, le regard butte sur cette paroi terne que les lumières du spectacle nous dévoileront comme des dorures d'un ancien palais ducal devenu siège d'une Préfecture de province. Ce dispositif de changement ne cessera pas d'animer la comédie. Ces joyeux drilles sont plutôt plaintifs dans les premiers instants, la gaudriole est loin d'être plantée dans l'excès radical. Mais au quart de tour selon des paliers digressifs, la pièce va essaimer le sujet de la requête.

Le théâtre italien de l'après-guerre n'a plus d'auteur, affirme le promu Préfet lors de sa première rencontre avec le chef d'une compagnie théâtrale installé depuis peu au Théâtre municipal. Le théâtre et ses auteurs ne pourraient plus fournir à la société le divertissement plaisant qu'il était censé offrir à son heure de gloire dans le théâtre dit “bourgeois”. La requête de l'homme de théâtre se heurte au grand débat de la crise du théâtre dans la culture. Sujet, il est vrai, des plus intéressants, qui ne peuvent que résonner à nos oreilles tant habituées aux discussions sur la nécessité du théâtre. “Théâtre dans le théâtre”, me direz-vous. Mais aussi pour renchérir, non pas théâtre à thèse, mais bien plus thèse du théâtre dans ce jeu dédoublé entre politique de culture et culture politique. L'irrévérence pointe son vrai/faux nez dans la mécanique de l'implacable loufoquerie. Il n'est pas étonnant que l'auteur Eduardo De Filippo fût accusé à sa création en 1965 d'outrage envers l'Etat.

Les comédiens/comédiens sont d'une malignité étincelante et incarnent toutes les règles du genre avec finesse. La pièce réquisitoire, et non procès, est magnifiquement exécutée avec finesse et tonitruance. L'illusionnisme marche tellement bien que nous n'avons pas peine à croire à l'invraisemblable et à ne plus douter de l'efficace des ficelles encore plus emmêlées qu'elles ne sont dans cette pièce que dans la théorie imitative du miroir. Aberrations peut-être de la peinture sociale qui relie Etat et théâtre, mais plaisir énorme qui se module avec rire et réflexion. Marie Vayssière est arrivée à plus que simplement épousseter les poussières d'Eduardo De Filippo mais à donner virtuosité et réponse au théâtre. Quelle meilleure réponse pouvions-nous attendre en allant voir ce spectacle qui mérite tous ces titres de noblesse à la cour des productions théâtrales ? Je ne peux donc que vous le conseiller et vous le conseiller encore.
 

Dimitri Jageneau

Eduardo De Filippo fût un des auteurs du théâtre italien les plus prolifiques. Il a écrit plus d'une quarantaine de pièces. Il est aussi connu comme avoir été un remarquable comédien. Il est à côté de l'illustre Toto et du toujours vivant reconnu Prix Nobel Dario Fo l'un des plus grands artisans de la comédie à l'italienne au XXème siècle.

   
 

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