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Mur frontal ou de biais, le regard butte sur cette paroi
terne que les lumières du spectacle nous dévoileront comme des
dorures d'un ancien palais ducal devenu siège d'une Préfecture de
province. Ce dispositif de changement ne cessera pas d'animer la
comédie. Ces joyeux drilles sont plutôt plaintifs dans les premiers
instants, la gaudriole est loin d'être plantée dans l'excès radical.
Mais au quart de tour selon des paliers digressifs, la pièce va
essaimer le sujet de la requête.
Le théâtre italien de l'après-guerre n'a plus d'auteur, affirme le
promu Préfet lors de sa première rencontre avec le chef d'une
compagnie théâtrale installé depuis peu au Théâtre municipal. Le
théâtre et ses auteurs ne pourraient plus fournir à la société le
divertissement plaisant qu'il était censé offrir à son heure de
gloire dans le théâtre dit “bourgeois”. La requête de l'homme de
théâtre se heurte au grand débat de la crise du théâtre dans la
culture. Sujet, il est vrai, des plus intéressants, qui ne peuvent
que résonner à nos oreilles tant habituées aux discussions sur la
nécessité du théâtre. “Théâtre dans le théâtre”, me direz-vous.
Mais aussi pour renchérir, non pas théâtre à thèse, mais bien plus
thèse du théâtre dans ce jeu dédoublé entre politique de culture et
culture politique. L'irrévérence pointe son vrai/faux nez dans la
mécanique de l'implacable loufoquerie. Il n'est pas étonnant que
l'auteur Eduardo De Filippo fût accusé à sa création en 1965
d'outrage envers l'Etat.
Les comédiens/comédiens sont d'une malignité étincelante et
incarnent toutes les règles du genre avec finesse. La pièce
réquisitoire, et non procès, est magnifiquement exécutée avec
finesse et tonitruance. L'illusionnisme marche tellement bien que
nous n'avons pas peine à croire à l'invraisemblable et à ne plus
douter de l'efficace des ficelles encore plus emmêlées qu'elles ne
sont dans cette pièce que dans la théorie imitative du miroir.
Aberrations peut-être de la peinture sociale qui relie Etat et
théâtre, mais plaisir énorme qui se module avec rire et réflexion.
Marie Vayssière est arrivée à plus que simplement épousseter les
poussières d'Eduardo De Filippo mais à donner virtuosité et réponse
au théâtre. Quelle meilleure réponse pouvions-nous attendre en
allant voir ce spectacle qui mérite tous ces titres de noblesse à la
cour des productions théâtrales ? Je ne peux donc que vous le
conseiller et vous le conseiller encore.
Dimitri
Jageneau
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Eduardo De Filippo
fût un des auteurs du théâtre italien les plus prolifiques.
Il a écrit plus d'une quarantaine de pièces. Il est aussi
connu comme avoir été un remarquable comédien. Il est à côté
de l'illustre Toto et du toujours vivant reconnu Prix Nobel
Dario Fo l'un des plus grands artisans de la comédie à
l'italienne au XXème siècle. |
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