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Les baudruches n'en sont d'autant plus grosses qu'elles
n'éclatent dans la mascarade d'une Eva Perón, dite
Evita, nouvelle St Vierge des pauvres et des ouvriers.
La pièce commence par les caprices de l'icône parvenue
de toutes les dérives du pouvoir, du sexe et de
l'argent. Nous assistons à l'agonie de la Madone
argentine, qui roule dans la farine ses proches et son
homme, dictateur avoué " impotente ". Cette farce
tragique donne des atours au travestissement et au jeu
devant la fosse sanglante des spectateurs. Les coups et
la crudité fusent dans ce mélange de plaisir et de
truculence d'un huis clos. Evita se meurt d'un cancer en
phase terminale, elle se trouve retranchée dans le
palais présidentiel et on devine le peuple massé, radio
à la main, pour boire les derniers bulletins de santé.
Une supercherie se trame, digne d'un Arturo Ui de
Brecht. Mère Ubu serait plus maligne et retors que son
célèbre mari.
L'univers de l'acteur et metteur en scène di Fonzo Bo
nous est connu par les trépidations voraces et exultés
de répliques assassines qu'il éructe et mouline dans la
tempête toujours maîtrisée des émotions. Les acteurs et
autres personnages forment cette suite jamais aussi
naïve qu'ils ne tournoient autour d'Evita. Ils se
caractérisent par une certaine retenue explosive. Les
rideaux et les transparences servent intelligemment
l'efficacité d'une exécution nette. Le jeu d'Evita n'est
pas tant minaudé qu'effrité dans des renversements typés
d'un personnage qui porte à bout de bras la mécanique
grotesque. On pourrait se demander si di Fonzo Bo ne
joue pas di Fonzo Bo en jouant Eva Perón et cela pour
notre plus grand plaisir. La mise en scène allie toutes
les facettes d'une danse joyeusement macabre. Ce
spectacle, à bâtons rompus, a tout pour plaire.
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Dimitri Jageneau
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