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Eva Perón se meurt. Elle a le cancer, nous dit-on. Comme le reste de sa vie, Maria Eva Duarte devenue Evita, met en scène sa propre mort. C'est le moins qu'on puisse faire lorsqu'on est une ancienne comédienne promue au rang de divinité par le peuple qui l'adule : Evita Vierge Marie des pauvres et des besogneux.
Nous voilà enchaînés, en compagnie de son mari, sa mère, son amant et son infirmière, dans un étrange huis-clos, qu'il faut avouer être plus burlesque que morbide ; plus kitsch que tragique.
C'est que Raùl Damonte Botana, dit Copi, n'avait que 6 ans lorsque la dictature péroniste vilipende le journal radical de son père et oblige sa famille à fuir vers Paris. En cela, parce qu'il fait partie, d'une certaine manière, de la deuxième génération d'exilés, son écriture semble si dissemblable - même si on y retrouve les mêmes thématiques - à celle que l'on trouve d'ordinaire dans les diasporas parisiennes d'Argentine et du Chili des années 60 et 70. Mais aussi et surtout parce qu'il fut autant influencé par l'univers de la BD que par l'écriture de Genet et de Beckett avec qui il partageait le même goût de l'absurde et de l'anxiété burlesque des clowns tristes.
Il écrivait, comme il dessinait, des romans et pièces insensés mêlant à profusion dérision et générosité d'âme. En cela, Copi reste toujours actuel et son propos d'une efficacité mordante et grinçante aime à vilipender dans une joyeuse sauvagerie les codes de la " bien-pensance " dans une touchante danse de la mort, de la solitude, de la violence et de l'angoisse.
Cristina Palma, qui signe cette nouvelle mise en scène, a délibérément choisi de tirer parti de l'écriture de Copi pour créer cet univers métissé de BD et d'Opéra, entre réel et irréel. Costumes, coiffures, maquillage et surtout le jeu des acteurs carrément kitsch et décalés créent une rupture volontaire pour nous parler du pouvoir dans sa globalité et de l'oppression dans un sens universel plutôt que de traiter une situation politique dans un pays donné à une époque donnée. Mais Eva Perón , "
c'est aussi se retrouver de l'autre côté du miroir et se rendre compte du mal-être, de la folie et de la solitude que peuvent apporter pouvoir et célébrité
", nous-dit-elle aussi.
Elle nous campe (elle interprète elle-même l'Evita) une Eva Perón colérique, égocentrique, manipulatrice et dominatrice à souhait et porte, en compagnie de Clémentine Dunne (la mère d'Evita) cette pièce à bout de bras pour notre plus grand bonheur.
Une pièce et un univers à (re) découvrir rapidement alors que 2002 sera le cinquantenaire de la mort d'Evita !
Patrick Herrmann
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