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Gilles Guillain

dans la peau de Nijinski

Dix ans après le film « Brève Traversée » de Catherine Breillat, Gilles Guillain revient sur le devant de la scène avec « Nijinski 1919 », pièce qu’il a écrit et mis en scène. Le comédien y interprète le célèbre danseur Vaslav Nijinski au moment où il sombre dans une folie mégalomane et mystique.
Rencontre avec un jeune homme passionné qui a réussi le pari de redonner vie à l’étoile des Ballets russes.

 

Quel a été le point de départ de « Nijinski 1919 » ?

Je nourrissais depuis quelques années l’envie de travailler sur le personnage de Vaslav Nijinski, figure emblématique de la danse et de lui donner corps sur scène. En 2008, je me suis attelé à la lecture de ses « Cahiers » et à d’autres documents sur sa vie. Etonnement, le squelette de la pièce a été créé en moins d’une semaine. Après une longue période de travail, j’ai déposé la version finale en juin 2009. La pièce a enfin vu le jour au théâtre du Marais en mars 2010.

Quel a été la principale difficulté de cette adaptation ?

L’une des difficultés de cette adaptation venait de l’émergence de son épouse Romola, qui est inexistante par elle-même dans les cahiers de Nijinski. C’était une volonté initiale et forte de ma part de mettre en scène le couple Nijinski et non le danseur seul.

Que présente Nijinski pour vous ?

Il représente une sorte de « tout » à un moment donné de l’histoire où la création artistique était en ébullition, qu’elle soit plastique, littéraire, musicale, théâtrale ou chorégraphique. Avec les ballets Russes et leurs grandes innovations, avec les compositeurs du début du XXème siècle, avec les nouveautés vestimentaires apportées par des créatrices comme Coco Chanel… Cette période fut riche en expressions variées et Nijinski en est un des acteurs clefs. Il dansait, il chorégraphiait, mais aussi il écrivait, jouait, dessinait... il créait tout simplement. Certes il n’était pas le seul, mais sa destinée et son talent, ses prises de risques et son insolence ont fait que l’on se souvient de lui et qu’il résonne encore en nous aujourd’hui, 100 ans après. Cet homme était étonnement moderne.

Que vous a apporté ce personnage en tant que comédien ?

Il m’a permis d’allier deux choses qui me sont chères : le jeu et la danse. Les occasions sont rares d’unir les deux disciplines sans que cela ne paraisse opportuniste ou malvenue. L’expression plurielle est toujours un plus, mais il faut savoir l’amener sans qu’elle ne pâtisse à la clarté d’une œuvre.

Vous avez écrit et mis en scène et joué « Nijinski 1919 » ; pas trop compliqué de tout faire en même temps ?

Je ne voulais pas tout faire au commencement de ce projet. Mais au fil de l’écriture de la pièce, je me suis rendu compte que j’avais des idées très précises de ce que je souhaitais faire et montrer. Aussi, et après réflexion, j’ai décidé de tout monter tout seul. Je suis juste resté fidèle à ma volonté de travailler avec une chorégraphe et non à chorégraphier moi-même la scène finale. Je voulais un regard neuf et autre sur cette dernière partie qui est une forme de relecture totale de la pièce, cette fois-ci par le geste majoritairement et non plus la parole. Iliana Fylla, chorégraphe, a très bien su retranscrire cela.

Jouer un homme proche de la folie était une réelle envie de votre part ?

Lorsque l’on me connaît, et surtout lorsque l’on connaît mes préférences cinématographiques, très rapidement on a la réponse à cette question (rires). Plus sérieusement, oui je crois que j’ai toujours voulu jouer ce genre de personnages. La raison ? Je ne saurai vous répondre. Ce que je sais c’est que j’ai toujours eu un grand faible pour ces actrices, puisque force est de constater que ce sont plutôt des femmes qui se dépassent en jouant ces êtres « autres ». Peut-être parce que aussi je me retrouve dans ces « fous » plus que dans des rôles de « monsieur tout le monde ». Ceci dit, il s’agit de la première fois que je joue un personnage comme celui-là.

Vous êtes deux sur scène. Carole Nourry interprète l’épouse de Nijinski. Quelle était votre intention de jeu ?

Mes indications générales étaient plus d’ordre d’une certaine rythmique corporelle de jeu assez calme, et d’une volonté d’instaurer des silences et du repos puisque la représentation de ce cadre familial est très mouvementée et violente dans les dialogues. Il y a évidemment des gestuelles violentes par instants mais la globalité est assez « statique », comme ancrée dans nos espaces de jeu respectifs à Carole et à moi. Concernant les indications précises de jeu par le texte, beaucoup de choses sont venues naturellement dans chacune de nos propositions. Ensuite je gommais, ou au contraire, çà et là lorsque j’estimais que l’on en faisait trop, ou pas assez.

Avez-vous suivi des cours de danse ?

J’ai effectivement suivi quelques cours de danse, mais principalement lors de mon cursus universitaire où j’ai été amené à danser pour Christian Bourigault dans deux de ses pièces et où j’ai pu rencontrer ma chorégraphe sur ce projet. J’ai également une formation acrobatique en école de cirque, que je continue d’ailleurs et qui m’est très utile. Tout cela me permet d’allier une pratique corporelle plus « aboutie » dans certains projets comme celui-ci évidemment, mais aussi un court-métrage (« Tout est écrit » de Maël Buathier) et surtout une vidéo/danse créée en collaboration avec l’artiste plasticien polonais Michal Budny (qui est actuellement en exposition à Vienne à la Galerie Nächst St.Stephan Rosemarie Schwarzwälder).

Quels rapports entretenez-vous avec votre corps ?

Je fais du sport mais plus parce que cela me plaît que dans l’optique d’être sculpté, même si cette idée est liée à la pratique sportive, elle n’en est cependant pas le principal moteur. Je suis très pudique dans ma vie, en revanche sur scène ou face à la caméra, c’est différent je n’ai pas de mal à m’abandonner et peut-être à m’apprécier plus.

Quels souvenirs gardez-vous du tournage avec Catherine Breillat ?

C’était il y a 10 ans en effet, depuis j’ai changé, tant physiquement que mentalement et donc forcément dans mon jeu ainsi que dans ma vision de la vie et de voir le métier. Je n’ai plus les mêmes illusions, je ne rêve plus de la même façon. Ce film m’a apporté beaucoup et très peu en même temps. Beaucoup au niveau de l’expérience et de la connaissance d’un plateau. Beaucoup au niveau de la reconnaissance dite « artistique » et « qualitative » puisque ce film vit toujours actuellement, qu’il continue a être diffusé et qu’il n’est pas oublié. Beaucoup dans ma volonté de faire ce métier et de continuer à persévérer malgré les difficultés et beaucoup enfin en professionnalisme. Catherine Breillat m’a donné des conseils pendant le tournage de ce film, des conseils que j’applique toujours à la lettre. Mais ce film ne m’a pas apporté de suite aussi importante au niveau cinématographique, du moins pas encore (puisque j’ai toujours la Foi en ce que je fais). Et c’est là que c’est douloureux parce que incompréhensible presque : certains tournent dans du « mauvais » et ont des contrats, d’autres dans du « bons » et n’en ont pas ! Il n’y a pas de règles, pas d’exemples à suivre et au final je pense que 10 ans après, c’est certainement cette leçon que j’ai retenu de ce film et pour cela j’en suis heureux car je ne me suis pas reposé à attendre quoi que ce soit, j’ai avancé et « Nijinski 1919 » en est la preuve aujourd’hui, et nous sommes qu’au début du voyage avec cette pièce et avec bien d’autres choses encore qui arriveront…

Propos reccueillis le 12 janvier 2011
par Steve Catieau


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« Nijinski 1919 », lauréat de la Bourse Paris Jeunes talents 2009
1919, Saint-Moritz, Vaslav Nijinski ne danse plus, il écrit. Dans une atmosphère où ni le temps, ni la réalité n’ont de prise, les Cahiers deviennent mouvement sous la plume du danseur qui ne se montre plus sur scène. Ses écrits sont ses sensations, son âme, son ressenti. Ils prennent vie peu à peu, alors qu’au même moment, l’homme réel lui, sombre dans la folie, sous le regard impuissant de sa femme Romola

Prochaines dates :
30 avril 2011 à 20h30 à l'auditorium de Viroflay (78)
Du 6 au 15 mai, dans la programmation de la biennale de la danse de Rueil-Malmaison
Du 8 au 20 juillet aux Ateliers d'Amphoux (Festival off Avignon)
Plus sur la Page officielle de la pièce sur facebook

Bio express
Gilles Guillain débute au cinéma, en 2001, en tournant pour Catherine Breillat dans son long métrage « Brève Traversée », commande d'ARTE pour la collection "Masculin/Féminin". Il tourne dans plusieurs courts-métrages et obtient son deuxième "long" en 2005 avec Luc Moullet, qui le contacte pour le rôle d'Edward dans son film Le Prestige De La Mort.
Site officiel : http://guillaing.online.fr


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