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Chambre chinoise pour
“ matrices oniriques ” et
dispositif de haute surveillance, la folie intime une partition vocale
d'un corps, d'un acteur et d'un personnage. Adresse et dédouanement sans
doute.
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sx.rx.RX
de Patricia Allio
Théâtre des Tanneurs,
Bruxelles |
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Marge pour “ noyager ”, il suffit de “ réalister ”, de “ réalistater
” dans le dévidement de l'idiome
signifiant. Le lieu excentre autour de la géographie
suisse. La psychose s'amuse à dédoubler et réinventer le
vocabulaire. L'acteur émerge de derrière l'écran, s'y
reflète et se représente de régression en digression et
de digression en régression. Le champ sème les miettes
du discours, ballade dans la salle pour cercler
davantage le cadre. Lignes de fuite pour aller et aller
plus avant dans le monde singulier de cette psychologie récitative.
Rien de tel pour se départir de la lecture un peu trop
-istique du bégaiement et des
associations. La description s'infiltre par petits
morceaux accumulés de phrases qui se rétractent à chaque
avancée. Un pas en avant et deux pas en arrière dans une
parole spiralée. La tentative du dire formule cette
expectative du mieux/pire. Dédouanement peut-être.
Samuel Daiber, “ juif du canton de Neuchâtel ”, fût
interné à partir de 1948 jusqu'à mort. Le texte tend
plutôt à l'adresse à partir d'un ensemble de lettres
manuscrites de 1954. L'enfermement du et dans le langage
nous convie à ne plus comprendre pour lâcher prise aux
limites du langage. Patricia Allio, maîtresse d'œuvre, a
composé cette " écriture vocale qui attendait un corps
". Théâtre de flammèches et de poussières d'étoiles,
l'emblème Artaud constelle le geste du “ charabié ”.
L'écran dessine le schéma du rappel qui anime présence
et effacement du narrateur. Mémoire du palimpseste
intime, la folie représente cet écran Moebius. Ambiance
feutrée d'un noir, qui entoure le visage de la bouche,
ou est-ce le fameux “ corps sans organe ”, qui vibre au
retour de l'écho dans le neutre minimal. Les pulsions
désarticulent les néologismes de la partition
phonétique. Les travaux d'Allio s'intéressent à ces
manifestations que Jean Dubuffet désignait, en
contrechamp de l'art culturalisé, comme Art Brut. Allio
parle aussi de la fameuse chambre chinoise du philosophe
John Searle pour faire fonctionner la scène première comme des matrices oniriques esthétiques et
développer « un théâtre conçu comme un dispositif de
haute surveillance » (A propos de la germination de sx.rx. Rx., mars 2006, programme).
Le spectacle diffuse le fil rouge de l'observation du
langage. Entre un Théâtre de la Parole que proposait
Pasolini et un Théâtre de la cruauté à la Artaud, le "
point de vue se désintègre dans le projet emmuré de
l'individu et de sa communication. L'étrange est que
l'on ressort avec cette impression chorale d'un anonyme
extra subjectif, que nous n'arrivons pas vraiment à
saisir. Cette poétique de performativité s'attache à la
reviviscence et à la folie de la parole. Nos oreilles et
notre vue s'extirpent suivant les aléas de cette
exposition. Notre écoute tente de traverser le miroir.
Mais bizarrement l'acteur, Didier Galas, dont on saluera
sa prestation, s'avance au-devant de nous de manière à
ce que notre réaction vacille sur nos bases reculées. Le
sentiment qui en ressort est empêtré de doutes et de
franges que nous ne pouvons que curieusement aborder.
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Patricio Allio, metteuse en scène,
écrivaine, dramaturge et philosophe. Elle a publié plusieurs
articles sur la dramaturgie, pour des revues comme Mouvement
et Friction, et a présenté sa passion logoscopique
dans Théâtre du Verbe aux Editions Corti. Pour la scène,
elle a écrit le poème Caninamente, la pièce
Dessous de table, le conte, La même maison, et
une conférence burlesque, Habiter. En 2000, elle a
fondé Labri, intervention et recherche sur le brut dans
l'art et la langue, sujet par ailleurs de sa thèse de
doctorat d'Esthétique. Elle a aussi organisé une exposition,
un festival de cinéma sur les sites d'art brut, notamment un
hommage à l'artiste " brut " Jean Grard. A cette occasion,
elle a publié avec Juliette Dieudonné l'ouvrage L'art brut
déplacé publié aux Editions Apogée et le film Erotation.
Deux étapes préparatoires du projet sx.rx.Rx ont été
présentées à la Fondation Cartier en avril 2004 (Soirée
Nomades) et au Festival Mettre en scène en novembre 2004 au
Théâtre National de Bretagne. Lauréate de la Villa Médicis
Hors les Murs en théâtre, en juin 2006, Patricia Allio
partira à New York pour sa prochaine création autour de
Kathy Acker. La première étape de création est prévue à la
Fondation Cartier en janvier 2007. |
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