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Projet Shônagon/acte 1
D'après les Notes de Chevet de Sei Shônagone
Mise en scène Sophie-Puchérie Gadmer, Images/Multimédia Clément Martin

avec
Hiromi Asaï, Bérengère Lebâcle et Najib Oudghiri i

Studio-Théâtre de Vitry,
jusqu'au 23 avril 2006,
tous les samedi et dimanche à 18h30

Photo : Couderc

 

Est-ce les choses qui nous regardent ou est-ce nous qui regardons les choses ? L'entrelacs descriptif énumère des croisements et des chiasmes. A la lumière d'un crépuscule naissant, trempons notre pinceau pour déceler l'éparpillement du vivier " naturel ".



« Des choses qui font battre le cœur, des choses détestables, choses rares, choses qui sont éloignés, bien que proches, choses qui sont proches, bien qu'éloignées,… »  Est-ce les choses qui nous regardent ou est-ce nous qui regardons les choses ? L'entrelacs descriptif énumère des croisements et des chiasmes. Appartenance, les propriétés s'émancipent de l'inventaire. Liaison et déliaison d'une boucle, d'une épine, d'un cheveu. Jeu de miroir et d'images, le spectateur est à la fois espace de silence et chose. L'acteur plonge son visage sur les inscriptions mutines. Une fenêtre pose l'intime décor de sensations. Petit frottement de pieds et craie sur les supports réversibles et transformables. N'oublions pas les coussins pour que le corps du spectateur puisse varier la vue de l'écoute avec l'écoute de la vue. Toute forme perceptible éveille des agencements de manières. A la lumière d'un crépuscule naissant, trempons notre pinceau pour déceler l'éparpillement du vivier “naturel”.

L'interactivité des mots épie, complice et suggestive, le regard. Une courtisane du 11ème siècle, du nom de Sei Shônagon, dont on sait très peu d'elle, si ce n'est qu'elle était “troisième sous-secrétaire d'Etat” et suivante de l'impératrice Sadako, découd, au fil de pétales d'images et de pensées, “des notes de chevet” ( Makura-no-sôshi ), considéré comme l'un des chefs d'œuvre de l'âge d'or de la littérature japonaise. Quoi de mieux pour s'amuser à demander au théâtre comment faire scène d'un assemblage diffus et disparate de traces somnolentes ? On s'assied sur un coussin sous lequel on cache nos propres carnets d'évocation. Ou on se lève et on donne son coussin, on s'invite à l'extension d'un champ enfoui au for extérieur. La craie blanchit noirceur et disposition à écrire des filtres de transparence. Les acteurs disparaissent sous l'effacement des supports. Un kimono pend à la travée de la salle. Le théâtre Nô esquisse des koans (préceptes de la sagesse zen) ou tout simplement l'effeuillement du passage. Tout sauf du cash spectaculaire, seulement du dire, seulement - ce n'est pas une mince affaire. Une des topiques dans le projectif concentre le mode actif avec les moyens du bord et autres ficelles épiques. On pense à l'inspiration des pièces didactiques de Brecht dans le tournant des années 28-30, qui s'ingéniaient à se crisper sur le nœud tendu d'une alternative indécidable. Mais l'espace est moins réduction que cohérence minimale. Les acteurs sont distendus et brûle d'un feu conceptuel. La fraîcheur de nos trois convives vibre de visions translucides. Les aléas de l'agrément oublient assez vite l'énonciation de la liste.

Certaines télévisions rasent profil bas le sol, elles émettent une blancheur et les tentations d'un visage sur le coussin. Même le liquide noirâtre donne à l'échancrure duelle du spectre le recouvrement d'une nuit pas tout à fait noire. Frôlement de multimédias pour décacheter le sceau représentatif. Cette première mise en scène de Sophie-Pulchérie Gadmer subtilise la présence des lieux. Ce premier volet d'un travail amorcé depuis plus de deux ans dans les ateliers du Studio-Théâtre de Vitry s'interroge sur la performance du manque à suivre. Mais le mieux qu'on le pressent approche la fin suspendue. Art du dosage et diffraction pour revenir sur le dernier écran, avant la sortie, à des réponses des bien-pensants sur les choses/ choses

 

Dimitri Jageneau

 

Projet Shônagon, d'après Les Notes de chevet de Sei Shônagon, traduites par André Beaujard aux éditions Gallimard/Unesco, 1966.
Studio-Théâtre de Vitry, rens. : 01.46.81.75.50, 
www.projetshonagon.com - studio.theatre.vitry@wanadoo.fr,

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