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Est-ce les choses qui
nous regardent ou est-ce nous qui regardons les choses ?
L'entrelacs descriptif énumère des croisements et des
chiasmes. A la lumière d'un crépuscule naissant,
trempons notre pinceau pour déceler l'éparpillement du
vivier " naturel ".
« Des choses qui font battre le cœur, des choses
détestables, choses rares, choses qui sont éloignés,
bien que proches, choses qui sont proches, bien
qu'éloignées,… » Est-ce les choses qui nous regardent
ou est-ce nous qui regardons les choses ? L'entrelacs
descriptif énumère des croisements et des chiasmes.
Appartenance, les propriétés s'émancipent de
l'inventaire. Liaison et déliaison d'une boucle,
d'une épine, d'un cheveu. Jeu de miroir et d'images, le
spectateur est à la fois espace de silence et chose.
L'acteur plonge son visage sur les inscriptions mutines.
Une fenêtre pose l'intime décor de sensations. Petit
frottement de pieds et craie sur les supports
réversibles et transformables. N'oublions pas les
coussins pour que le corps du spectateur puisse varier
la vue de l'écoute avec l'écoute de la vue. Toute forme
perceptible éveille des agencements de manières. A la
lumière d'un crépuscule naissant, trempons notre pinceau
pour déceler l'éparpillement du vivier
“naturel”.
L'interactivité des mots épie, complice et suggestive,
le regard. Une courtisane du 11ème siècle, du nom de Sei
Shônagon, dont on sait très peu d'elle, si ce n'est
qu'elle était “troisième sous-secrétaire d'Etat” et
suivante de l'impératrice Sadako, découd, au fil de
pétales d'images et de pensées, “des notes de chevet”
( Makura-no-sôshi ), considéré comme l'un des chefs
d'œuvre de l'âge d'or de la littérature japonaise. Quoi
de mieux pour s'amuser à demander au théâtre comment
faire scène d'un assemblage diffus et disparate de
traces somnolentes ? On s'assied sur un coussin sous
lequel on cache nos propres carnets d'évocation. Ou on
se lève et on donne son coussin, on s'invite à
l'extension d'un champ enfoui au for extérieur. La craie
blanchit noirceur et disposition à écrire des filtres de
transparence. Les acteurs disparaissent sous
l'effacement des supports. Un kimono pend à la travée de
la salle. Le théâtre Nô esquisse des koans (préceptes de
la sagesse zen) ou tout simplement l'effeuillement du
passage. Tout sauf du cash spectaculaire, seulement
du dire, seulement - ce n'est pas une mince affaire. Une
des topiques dans le projectif concentre le mode actif
avec les moyens du bord et autres ficelles épiques. On
pense à l'inspiration des pièces didactiques de Brecht
dans le tournant des années 28-30, qui s'ingéniaient à
se crisper sur le nœud tendu d'une alternative
indécidable. Mais l'espace est moins réduction que
cohérence minimale. Les acteurs sont distendus et brûle
d'un feu conceptuel. La fraîcheur de nos trois convives
vibre de visions translucides. Les aléas de l'agrément
oublient assez vite l'énonciation de la liste.
Certaines télévisions rasent profil bas le sol, elles
émettent une blancheur et les tentations d'un visage sur
le coussin. Même le liquide noirâtre donne à
l'échancrure duelle du spectre le recouvrement d'une
nuit pas tout à fait noire. Frôlement de multimédias
pour décacheter le sceau représentatif. Cette première
mise en scène de Sophie-Pulchérie Gadmer subtilise la
présence des lieux. Ce premier volet d'un travail amorcé
depuis plus de deux ans dans les ateliers du Studio-Théâtre
de
Vitry s'interroge sur la performance du manque à suivre.
Mais le mieux qu'on le pressent approche la fin
suspendue. Art du dosage et diffraction pour revenir sur
le dernier écran, avant la sortie, à des réponses des
bien-pensants sur les choses/ choses
Dimitri Jageneau
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