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Steve Catieau

les Matrones sont lancées…

Il est assis à une petite table du café Chéri(e), bar situé en plein cœur de Belleville, son quartier. Steve Catieau m’invite à m’asseoir un peu maladroitement. Il est vêtu d’un pull accordé à ses yeux : bleu. Le sourire aux lèvres, même avec les cheveux gris, le jeune trentenaire a des airs de garçonnet. Peu de place au bavardage, le réalisateur aborde immédiatement son court-métrage « Les Matrones », ça tombe bien, je suis venue pour cela…
rencontre...

 

Quel a été le point de départ de la réalisation de votre court les matrones ?

Le texte. « Les Matrones » sont nées sous ma plume, l'idée est venue ensuite de les réaliser.

Aviez-vous un casting en tête dès l'écriture ?

Le casting s'est affiné avec le temps, il repose sur des rencontres. Nous avons tourné un épisode par mois sur cinq mois environ. Je me suis concentré sur chacune des comédiennes pendant plusieurs semaines avant de passer à la séquence suivante.

Quel genre de court-métrage vouliez-vous réaliser ?

Je ne souhaitais pas m'inscrire dans un genre en particulier. Les choses se sont enchainées naturellement. J'avais la certitude qu'il fallait garder le texte intact pour que mon projet fonctionne même si cela pouvait freiner l'authenticité de la confession. Mais cette distance entre le jeu et le texte était intéressante à exploiter. C'est elle qui allait donner du caractère au film. Et puis, j'avais confiance en mes actrices.

Est-il plus compliqué de parler de la sexualité des femmes pour un homme ?

Qui parle mieux des femmes ? Non, je dirais que c'est avant tout un exercice de style. Je ne me suis posé aucun frein, aucun interdit. Il n'y a rien de cru, j’ai voulu une forme de respect et de la compréhension.

Pourquoi filmer l'intime ?

Je n'ai pas voulu filmer l'intimité mais quelques minutes de vie sans violer l'intimité justement. Le spectateur est invité à partager un bout de leur histoire chez elles dans leur univers. J'ai pu échanger avec les spectateurs lors des premières projections, et ils n'ont pas ressenti de gêne ou senti le moindre voyeurisme.

Votre court prend son temps, et chaque plan raconte un événement précis. Pourriez-vous nous en dire plus sur vos choix de mise en scène ?

J'ai souhaité une unité de lieu pour chaque épisode, d'où un soin particulier à la réalisation des décors. Ils sont le résultat de deux exigences. La première était d'avoir une identité visuelle forte pour chaque Matrone tout en restant dans un vrai lieu de vie, très peu modifié. Nous avons tourné dans de vrais appartements, peu de choses ont été transformées. Des objets symboliques ont été ajoutés. Une simple bougie d'église pour la dimension sacrée de la vierge marie protectrice auquel croit la matrone des vieilles peaux par exemple. Ces ajouts sont des clins d'œil que j'ai voulu discrets. L'authenticité de ces lieux de vie était importante. Le décor est le prolongement naturel de chaque personnage, il est marqué sans être dans la caricature. Nous sommes dans une fiction, ce n'est pas un documentaire, j'aime brouiller les lignes.

Vous avez le souci des détails ?

Oui, j'ai par exemple porté une attention particulière aux mains. Les mains parlent, elles ne trichent pas. Elles peuvent parler de votre âge, de votre vie, de votre coquetterie ou non. Je me suis amusé avec mes matrones : l’une lime ses ongles, une autre a des ongles courts sans artifice, une autre des faux ongles vernis. Mais encore une fois tout repose sur le texte, le reste vise à le servir et à le rendre vivant.

La scène finale a-t-elle était difficile à aborder ?

Je l'ai traitée avec le même soin que les autres, mais elle est différente dans sa conception. Les autres scènes sont statiques : un décor et des femmes qui se livrent. Il fallait casser ce rythme. La dernière matrone est double, l'une danse, l'autre parle. Elles forment le personnage final de celle qui se libère. Cette scène est très métaphorique. Le long couloir de la cave est comme l'utérus de la femme. La comédienne se dirige vers la lumière comme une seconde naissance.

Diriez-vous que c'est un film féministe ?

Je ne suis pas contre les films engagés, mais ce court-métrage est simplement le reflet d'une époque tronquée par mon imaginaire. Et puis, les matrones auraient pu êtres des hommes !

Il y a un peu de vous dans ces matrones ?

Oui, bien sûr.... dans leur quête d'absolue de liberté certainement. Vous voyez ce thème est propre aux femmes et aux hommes. Nous la cherchons tous, cette liberté…

Votre style est sobre. Pourquoi tant de distance ? En avez-vous conscience ? Ne mettez-vous pas trop de distance ?

Compte tenu du sujet, je voulais éviter la caricature ou la farce de guignol. J'aurais pu choisir cette voie, mais cela aurait été un autre film. Ce qui m'a marqué lors des projections, c'est les réactions vives de certains spectateurs venus avec leur vision des matrones. « Les matrones auraient du dire cela » ou « je l'aurais filmée différemment cette matrone ». Mais tout cela est un autre film, pas le mien. La distance, je l’assume et la revendique. Pour moi, il y avait la conviction de na pas en faire des personnages clownesques.

Comment se sont passées les projections des Matrones ?

Bien. J'ai ressenti que le sujet était encore tabou, en tout cas il suscite des réactions, souvent plus facilement exprimées par les femmes. Mais je suis heureux que chacun ait pu comprendre le message de ces femmes en quête d'épanouissement.

Vous pensez réaliser un second opus ?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Il y a d’autres textes des Matrones, la porte n’est pas fermée. Actuellement je travaille sur l'écriture d'une pièce de théâtre qui se nomme « des mensonges blancs ». Affaire à suivre !

Steve, avez-vous le sentiment d'avoir réussi « Les Matrones » ?

Oui. Je l’espère !

Propos reccueillis par Caroline Fayolle


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« Les Matrones », un film de Steve Catieau
« Les Matrones » est un court-métrage qui traite de la sexualité des femmes d'âge mûr. Des portraits vérités de sexagénaires qui racontent leur histoire, sans fard, ni détour, installées dans leur vie quotidienne. Avec Lisbeth Wagner, Mireille Joffre, Diane Lepvrier, Brigitte Deruy, Flores Cardo et la voix d’Annie Mercier. Images et montage : Yves Selier.

Bio express
Steve Catieau est également l'auteur d'un premier roman Projection publié en 2008 qui retrace le retour d'un vieil acteur de cinéma sous les feux de la rampe. Son deuxième roman, Les paradoxes urbains vient tout juste de sortir. Il évoque sur une année calendaire, la vie de parisiens résidant dans le même immeuble. Entre rendez-vous manqués, ambigüités amoureuses et difficulté de vivre, cet opus se définit comme une radiographie d'une société en panne. Ces deux romans sont disponibles sur edilivre.com ou sur les sites Amazon, Alapage et sur le réseau Dilicom.


COTÉ JARDIN

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