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Alain
Bublex présente à la Maison européenne de la photographie un projet
qui, depuis 15 ans, le préoccupe ; celui d’une ville fictionnelle
dont il serait l’unique créateur.
Le
point de départ de ce projet fut un dessin d’une métropole américaine
vue d’avion réalisé par l’artiste. Le but d’Alain Bublex devient
alors, progressivement, de créer de toutes pièces une ville non pas
utopique mais identique à toute métropole réelle, donc dotée d’une
histoire : « Rapidement une convention s’installe : cette
ville imaginaire ne doit pas être utopique, elle ne doit rien démontrer.
Elle n’est pas une solution mais une imitation. Il s’agit d’imaginer
une nouvelle, une autre ville, cohérente et incohérente comme toute
ville façonnée par l’histoire. »
*1
Glooscap
sera donc une ville située
au sud-ouest du Canada, près de la frontière américaine, à une
position qui en fera le port d’Amérique du Nord le plus proche de l’Europe.
A
partir de là, Bublex va s’attacher à fournir des documents fictifs
mais d’aspect authentique de l’existence de cette ville, à créer une
archéologie simulée dans laquelle le spectateur deviendra une sorte de
touriste se promenant à travers Glooscap.
Alain
Bublex crée l’histoire de la métropole depuis sa fondation mythique,
par le biais d’une légende disant qu’une divinité indienne aurait
transformé un loup en pierre, créant ainsi les îles qui referment la
baie sur laquelle se trouve la ville. Il en fait le premier établissement
européen au Canada, retraçant par des documents l’arrivée des
premiers pionniers et les guerres coloniales. Il retravaille aussi d’anciennes
photographies pour créer de fausses archives et montre des photos du
paysage tel qu’il est aujourd’hui.
L’artiste
traite de tous les aspects de Glooscap, en étudiant le climat et les
paysages, en montrant par des cartes l’évolution topographique du site
et la création de nouveaux districts.
Une
vidéo prise au travers d’un pare-brise d’une voiture se présente au
spectateur comme un témoignage, un souvenir du périple de l’artiste au
travers de cette région à la fois imaginaire et réelle.
Car
Glooscap présente toutefois un lien avec le réel : l’artiste est
allé, en 1991, effectuer un relevé cartographique de la baie, et a
effectué, en 1994, un séjour de quatre mois en Amérique du Nord pour y
faire un inventaire des formes urbaines. Mais « que Glooscap existe
ou pas, ce n’est pas important. » Ce qui compte aux yeux de l’artiste
est « le fait que, pour moi, elle existe autant que n’importe
quelle ville dans laquelle je ne me suis pas rendu.»*2
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