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Existe-t-il seulement une écriture ? Un langage fait-il seulement langage ?
La poésie, la musique, la photographie… Multiples sont les mots qui nous content le monde, en lettres, en traces, en ombre, en notes.
La Maison des écritures est celle de toutes les écritures,
et la photographie est une écriture… |
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Anne Ducruet s'est aventurée dans ces entre-langages qui, en filigrane de nos maux d'âmes, interrogent si subtilement la disparition de l'être.
Disparition de l'absolu de la forme, effacement des raideurs qui nous éloignent en logique des sensations. Déshabillée des carcans étriqués et des esthétiques convenues, sa photographie est une photographie de l'entre-soi-et-monde, qui relie les sens pour esquisser un sens.
Ainsi du papier baryté efface-t-elle le noir, et balaie en art la mémoire des notes d'un entre-geste ému.
S'inscrit en Movimento, sublime hommage à Bellini, une poésie inattendue, d'une légère gravité, d'une gravité légère, que le papier anime, et que la note fige. "Transvaluation de toutes les valeurs" aurait dit Nietzsche, "acte par lequel l'humanité s'avise suprêmement d'elle-même".
Anne Ducruet explore les jeux de langues, les gestes des traces, avec délicatesse elle offre l'étonnement, cette émotion subtile et fragile qui s'ouvre à vous dans la lumière séraphique de ce langage si singulier, capable de vous réinventer le monde, et de poétiser vos rêves.
La photographie est un langage que vous donnent à entendre vos yeux.
Ainsi "La vie va", elle écrit en image ce que l'on voit tout bas…
Elsa Olu
Historienne et critique d'art
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Ecriture
Ecriture
Que sont les écritures
Où sont les écritures
Où vont les écritures
J'ai rencontré des mots sur une feuille de papier
J'ai rencontré des notes sur une portée, griffonnées
J'ai rencontré des traces sur du baryté photographié
J'ai entendu dire
Et puis jouer
Et puis j'ai regardé
Et tout ne m'était qu'écriture
Une écriture
Des écritures
Son écriture.
Elle a mis le corps sur l'image,
Elle a mis la trace dans ma mémoire
Elle a signifié le geste dans l'éternité
J'ai salué Bergson,
Sur cette musique de Bellini
Dans la caresse des mains
J'ai repensé à Steiner
«
Dans la solitude, publique ou privée, le poème remémoré, la partition jouée à l'intérieur de soi, sont les gardiens qui nous permettent de nous ressouvenir de ce qui résiste, de ce qui doit rester inviolé dans notre psyché
» .
L'entre-geste est art
L'entre-geste est mot
En filigrane s'écrit
L'élan vital
Celui qui nous rappelle
«
L'essence de la durée
Est de couler »
L'inintelligibilité
Elle me l'écrit
Celle de mes perceptions
Effleurés en conscience
Nos si fragiles émotions
D'elles elle inscrit
Cet entre-vie en vie
C'est là son écriture
Elle m'est là écriture
Sa photographie m'écrit.
Elsa Olu
1 George Steiner, Réelles présences, Les arts du sens, Ed. Gallimard, 1989
2 Henri Bergson, La pensée et le mouvant, Quadrige / PUF, 1993, 1938 pour la première édition
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