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Entretien avec 
BERNARD GOY
Co-directeur du FRAC - Le Plateau

Bernard Goy - Photo : Julles&Julles pour @xé libre

Bernard GOY forme avec Eric CORNE, le tandem à la tête du FRAC-Le Plateau, centre d'art contemporain créé grâce à une association de riverains du 19e et inauguré en 2001.

Critique d'art, enseignant à l'université, il confie ses pensées à propos des 6 premiers mois d'activité du lieu... 

Rencontre avec un passionné.

Pouvez-vous nous rappeler les rôles et fonctionnements du Fonds Régional d'Art Contemporain ?

Ces structures ont été créées en 1982. Il n'était pas question d'enfermer les collections dans un lieu comme un musée, mais au contraire, la volonté était de les disperser en les présentant dans des lieux différents, sortes de canaux d'irrigation de l'art en France. L'idée était celle d'une collection sans murs. Il existe 23 FRAC aujourd'hui. Les acquisitions ont débuté en 1983. A ce propos, il y aura en 2003 de nombreuses manifestations organisées pour fêter leurs 20 ans d'existence. Aujourd'hui, collections et fonctionnement de ces lieux sont très différents les uns des autres. Il n'y a qu'un fonctionnement identique pour tous, c'est au plan juridique. Un conseil d'administration délibère sur les propositions d'acquisitions. Elles sont faites par un Comité Technique d'Achat, c'est le terme utilisé mais je préfère celui de Comité Artistique, plus logique. Il est constitué de professionnels du monde de l'art qui proposent au directeur du FRAC lors du conseil d'administration, les éventuelles futures acquisitions. Ce comité est composé de critiques d'art, de conservateurs, de commissaires d'expositions qui ne font pas partie de l'administration du FRAC, mais qui participent à titre gracieux, en totale indépendance. Personne d'autre, sauf le directeur, n'est habilité à faire des propositions d'achats. La décision d'achat revient à la direction. Ces personnes ont pour nous qualité d'expert, en tant que responsables de leurs propositions artistiques, des négociations réalisées avec les artistes ou les galeries et de la qualité des œuvres proposées. Le comité est renouvelable. Au départ, le FRAC Ile-de-France se renouvelait entièrement tous les 3 ans, mais. je trouve qu'il est préférable que le renouvellement soit plus régulier, un membre chaque année, afin d'installer les travaux en cours. Tous les FRAC fonctionnent différemment et leurs choix sont indépendants. 

Quelles est la fréquence des expositions des FRAC ?

Chacun a son rythme, mais en ce qui nous concerne, notre politique est spécifique grâce ou à cause du Plateau. Il y a 4 expositions annuelles, dont l'une est réservée aux acquisitions du FRAC. Cependant, certaines expositions du Plateau possèdent des œuvres du FRAC, lorsque le thème de l'exposition s'y prête par exemple. Il est bien évident que le Plateau n'a pas pour vocation exclusive la présentation des œuvres du FRAC. En dehors du Plateau, nous réalisons 4 à 5 expositions par an d'œuvres du FRAC, liées à des actions de diffusion que nous souhaitons établir dans une certaine pérennité, ce qui n'était pas le cas auparavant car il y avait beaucoup de diffusion avec des partenaires différents, à cause du manque de lieu d'exposition du FRAC. 
Aujourd'hui, le Plateau, c'est le FRAC. Le Plateau est le nom du lieu, mais il n'a pas d'entité propre. Le FRAC est le gestionnaire du lieu. L'équipe du Plateau est celle du FRAC et travaille aussi bien pour les actions en extérieur qu'au Plateau.

Quels types d'œuvres ou de créations intéressent le FRAC Ile de France ?

Il n'existe aucun ostracisme sur le plan des techniques proprement dites, si je peux dire. Nous avons une position inverse à beaucoup de FRAC en possédant une grande collection de peintures. C'était ainsi avant mon arrivée, en 1991. J'ai renforcé différemment cette ligne. Avant les années 90, le FRAC Ile-de-France n'avait aucune tendance privilégiée. Il manquait beaucoup de création très contemporaine et pour moi cela paraissait manquer car les FRAC ont en principe la mission de se rapprocher davantage que les musées des créations très contemporaines. L'idée fut donc de renforcer la présence de la peinture, avec la génération suivante d'artistes, en passant de Tal Coat, Oliver Debré ou Gerard Schneider à Carole Benzaken, avec une assez forte proportion d'œuvres d'artistes qui commencent à exister au milieu des années 80. En effet, à cette période, la peinture change. Au niveau international elle cesse d'être une " peinture d'expérimentation de la peinture " pour être davantage une sorte de nouveau lyrisme autobiographique, avec la figuration libre en France. Alberola, M. Barcello et des gens plus jeunes comme Stéphane Pancréach. Mais ce n'est qu'un aspect de la création, qui a longtemps été majeur dans la collection car ce mouvement de nouvelle peinture était international et fut pérenne. Aujourd'hui, je crois qu'il n'existe plus comme mouvement. 
Certains artistes pratiquent la peinture car ça les intéresse, d'autres font de la vidéo et depuis quelques années certains font tout à la fois. Il y a aussi des artistes qui ne vont pas explorer une technique particulière mais l'utilisent sans lui conférer une valeur en soi. Ils utilisent la photographie, mais leur travail global ne reposera pas sur la qualité de la photographie, qui sera utilisée comme document. 
L'autre partie de la collection du FRAC est justement axée sur la photographie. Document ou œuvre plastique, sa place dans l'art contemporain s'est considérablement développée. Le médium s'est généralisé de façon pléthorique. Les choix d'acquisitions sont à faire dans ces domaines où les artistes sont très nombreux à évoluer. Ces choix sont difficiles et le FNAC se doit, lui, d'être objectif en effectuant une sorte d'état des lieux de la création contemporaine, mais les FRAC sont libres de leurs choix, contrairement à ce que dit souvent la presse. Les FRAC n'achètent pas tous les mêmes artistes. C'est tellement faux que nous nous attachons à ne pas posséder des œuvres des mêmes artistes, ou si c'est le cas, nous nous fixons sur une période différente. Il est légitime que les FRAC s'intéressent aux personnalités artistiques lorsqu'elles développent un travail intéressant et qu'elles sont reconnues. Par exemple, Anri Sala, artiste d'origine albanaise est actuellement très soutenu par de nombreuses galeries, critiques pour ses vidéos. Or c'est un grand photographe et nous avons décidé d'acquérir ses photographies.

Pouvez-vous nous présenter un bilan de l'activité du Plateau, au bout de presque 6 mois d'existence ?

Je rappellerais que ce lieu est né de la volonté d'une association de riverains. Aujourd'hui, le bilan est très positif car la 1ère exposition qui a duré 3 mois a réuni 12000 visiteurs, un très bon chiffre si l'on considère le lieu comme excentré, (en réalité à 10 mn de Beaubourg en métro). Autre point positif, la fréquentation est très hétérogène, c'est ce que nous voulions développer car l'entrée est libre et le fait d'être de plain-pied, en rez-de-chaussée, ouvre directement vers le public. Le lieu est intégré entièrement dans le tissu urbain, sans aucune provocation architecturale forte. Transparence et ouverture étaient les objectifs, car l'art contemporain est généralement une activité culturelle qui se signale par une certaine frayeur chez le grand public. Il n'était pas nécessaire de nous faire remarquer au plan visuel. De plus, à l'intérieur du Plateau, nous tenons beaucoup à la présence de médiateurs, plutôt que de grands textes explicatifs sur l'exposition. Nous cherchons moins à avoir une relation didactique avec le public qu'une relation d'accueil et une vraie médiation. 

Quel est le budget de fonctionnement du lieu ?

4 millions de francs dont 3 millions issus de la région, 800 000 f de la ville de Paris, et 600 000 f de la DRAC. La ville de Paris s'engage plus que le Ministère. Au départ, la région s'est engagée très fortement dans le projet avec l'association, puis la ville de Paris a suivi et plus tard l'Etat.

Quels seront les temps forts de la prochaine saison ? 

Du 19 septembre au 2 novembre, l'exposition " Maquis " interroge le temps et sa matérialité. Une œuvre exceptionnelle de Gary Hill, vidéaste américain, jamais montrée à Paris, sera présentée. Mais aussi Yvan Salomone, artiste français malouin qui peint des aquarelles d'un genre particulier, deux artistes libanais Paola Yacoub et Michel Lasserre, Julije Knifer qui a participé à l'ouverture du Plateau. 

L'exposition actuelle (Objets de réflexion) se prolonge jusqu'à la fin du mois d'Août. 

Au mois de décembre, la dernière exposition de l'année sera itinérante et proposée par une commissaire colombienne. La Colombie, Le Mexique puis Paris seront les destinations de l'exposition. Pour cette occasion sera entreprise une collaboration avec le lieu Mains d'œuvres à St Ouen, qui prendra en charge l'aspect vivant de la manifestation. 

Propos reccueillis par Pascale Orellana
Photos : Julles&Julles pour @xé libre

OBJETS DE REFLEXION
Œuvres de la collection du Frac Ile de France
Jusqu'au 18 août.
Le Plateau - Espace d'exposition,
Angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci, Paris 19e, M° Jourdain ou Buttes Chaumont.
ENTREE LIBRE.
Du mercredi au vendredi, de 14 h à 19 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h. 
info@fracidf-leplateau.com

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A propos de l'exposition Objets de réflexion

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