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Jean-Claude Palisse s'inspire de l'actualité et des nouveaux mécanismes du pouvoir pour y opposer le trouble de ses images.

"Under Control" est la dernière série d'images produite par Palisse, photographe né en 1951 à Paris et vivant actuellement à Bruxelles. On pourra (re)découvrir d'autre part, à l'étage du Réverbère, deux diptyques de la série "RAS" (1999) et deux tirages de la série "Etats d'urgence".
Dans ces trois séries, bien des éléments sont récurrents : portraits de grand format, cadre serré sur les visages, mise en scène soignée, importance du regard, frontalité, contrastes marqués, profondeur de champ très réduite,…Le spectateur est littéralement confronté au sujet photographié, happé par son regard. Les titres concis frappent comme des formules trop parfaites, des mots d'ordre auxquels il s'agit de résister.
"Etats d'urgence" juxtapose un visage au premier plan et des images télé sur la misère humaine au second, le tout englué dans l'ocre des ombres. "RAS" représente, en deux cadres à peine séparés, deux visages d'un couple photographié ensemble à l'origine. Le mince espace séparant les visages sur la cimaise creuse, l'air de rien, une fissure discrète. Officiellement "rien à signaler", mais à y regarder de plus près un malaise vague et un nihilisme diffus traversent les personnages. Une fêlure opère en silence et fendille leur neutralité d'apparat.

Moi-saïques
Ce sont encore des couples qui sont photographiés dans la série "Under Control". Mais, cette fois-ci, à partir d'un moyen tirage de départ, Palisse a formé une mosaïque composée de six grands tirages. Le hiatus de "RAS" est démultiplié.
"Ce dispositif est plus ou moins inspiré des terminaux de vidéosurveillance où les différents écrans forment ce genre de mosaïques" nous confie le photographe. C'est, semble-t-il aussi, une manière de signifier l'éclatement du sujet contemporain, ses différents "Moi" (celui qui se rend à son lieu de travail, celui de la sphère intime, celui qui déambule dans les espaces publics, celui qui surfe sur Internet,…).
Au contrôle par l'image et les machines, le sujet oppose sa multiplicité, son regard opaque, le grain de sa peau, ses propres interrogations… A la géométrie du dispositif, s'opposent la dilatation, la courbure, l'évanescence, le fondu des formes photographiées. Les "écrans" ont beau découper les visages en petits carrés uniformes et ordonnés, une onde passe, insaisissable, incontrôlable, indisciplinée.
De plus, les individus et les lieux photographiés ne présentent aucun signe distinctif. Aucune identité déterminée ne peut leur être assignée… Seulement des visages flottants, passant de l'ombre à la lumière pour y retourner bientôt.
Vous vouliez des signes et des rapports circonstanciés ? Vous n'aurez que traces et énigmes.

Jean-Emmanuel Denave

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