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MANGA

 QU’Y A T-IL DERRIERE
CES DESSINS LA ?

Mot magique, mot mystérieux : manga. Une cinquantaine d’années après son envol au Japon, une vingtaine après les premières incursions grand public sur les chaînes de télévision européennes, le manga fait désormais partie de notre paysage visuel quotidien. Pourtant, que sait-on de cet univers sinon sa traduction en film d’animation TV, les Candy, Goldorak et autres dessins animés hyper-connus même des parents les plus ringards !
Devant l’importance du manga au Japon et maintenant un peu partout dans le monde, la Maison de la culture du Japon a voulu faire le point sur une « culture » qui reste très mal connue. Le manga, qui peut se traduire littéralement par « image drôle », c’est avant tout de la bande dessinée où le dessin est entremêlé de texte. Descendant lointain de la tradition des arts visuels japonais, le manga a réussi une espèce de syncrétisme entre l’emakimono (la peinture sur rouleau traditionnelle), le kibyôshi-hon (les livres à vocation populaire et comique), et les techniques de graphisme et d’imprimerie modernes issues de l’occident. Le mélange de ces trois genres, a priori fort différents, a donné naissance au manga tel qu’on peut les voir aujourd’hui.
Qu’est-ce qui fait la différence entre une B.D. européenne ou américaine et un manga ? Voici quelques points de repères. Le manga correspond à l’émergence de la société de consommation dans le Japon de l’après-guerre, et présente les traits reflétant cette évolution. Le dessin est centré sur les personnages, tant visuellement qu’au niveau de l’histoire. Le héros, très présent, doit posséder un caractère bien trempé, il est la figure emblématique de l’histoire. Quant au dessin, il est vif et prend place sur un fond tramé (à point, à ligne, à quadrillage plus ou moins dense), à cheval entre les critères de beauté occidentaux et japonais. L’unité de mesure à l’intérieur d’une planche est la vignette, avec laquelle les auteurs jouent énormément pour donner du relief à leur création. Toute l’ambition du dessinateur est de captiver son lectorat, par une habileté technique propre à rendre le récit très enlevé. Le manga est très souvent en noir et blanc, publié dans des revues sous forme d’épisodes, avant d’être édité en livre de petit format. Voilà pour l’essentiel, sans oublier que la langue japonaise demande un mode de lecture de droite à gauche et de haut en bas. Une ordre qui a été respecté ici, et qui donne une dimension supplémentaire au parcours.
Le propos de la Maison de la culture du Japon ne se veut ni historique, ni technique. Il s’agit plutôt d’inviter « le lecteur/visiteur à s’immerger dans l’univers du manga ». Quelques rapides mises au point suffisent pour l’orienter vers une compréhension de l’histoire, du savoir-faire et des styles, et le laisser ensuite seul face à l’objet même de la manifestation. Les concepteurs ont privilégié le contact direct avec le manga, grâce à la présentation de bandes dessinées ou de film d’animation assez courts pour constituer à chaque fois un ensemble cohérent. Les planches, accrochées au mur ou se feuilletant dans un classeur, dressent le portrait du manga contemporain, bien éloigné de la combinaison stéréotypée violence-sexe-vision apocalyptique. Les sections qui découpent l’exposition s’attachent à montrer l’extrême diversité de styles et de publics concernés par les manga : vie quotidienne ou famille pour les femmes, science-fiction, récits historiques, poésie, philosophie, ésotérisme pour les adultes, héros d’aventure pour les jeunes, sexualité pour les hommes comme pour les femmes. Le manga revêt des aspects si différents qu’il est actuellement utilisé par les entreprises nippones pour faire passer des messages internes à ses salariés ! Les pouvoirs publics, qui ont longtemps regardés le manga comme une force contestataire et dangereuse, tentent eux aussi de récupérer ce phénomène en attribuant des mentions aux manga « comme il faut ». Et pour cause, le manga c’est aujourd’hui 25% des ventes de l’édition japonaise et 40% de l’ensemble des publications ! Facile de comprendre pourquoi certains séries comportent des discours politiques très engagés ...
Vingt neuf mangaka (auteurs de manga), sont représentés par des planches originales ou des reproductions, donnant un panorama assez vaste de la production de ces vingt dernières années. Parmi eux Tesuka Osamu, Katsuya Terada, ou Jirô Taniguchi, considérés comme des maîtres dans leur pays. Pourtant, comme le manga se retrouve sur des supports multiples - télévision, jeux vidéo, cinéma, jouets, films d’animation - l’exposition ne s’arrête pas là. Quatre dessins animés peuvent être visionnés en boucle, et une réplique d’un café-manga (comme nos cafés-philo ?) offre au visiteur banquettes et dizaines de livres-manga à dévorer en prenant tout son temps. Enfin, des projection de dessins animés anciens et contemporains se tiennent dans un auditorium en marge de l’exposition. Profitez-en ; elles sont gratuites, et programment des petits chefs d’oeuvre dont certains n’ont jamais été présentés en France.

Gunther Ludwig

 

 

Manga

Une plongée dans un choix d’histoires courtes

Maison de la culture du Japon

101bis Quai Branly 75015 Paris

Rens 01 44 37 95 00

jusqu’au 18 décembre.

 

A la découverte des dessins animés japonais

Autour des manga

projection tous les mercredi et samedi

petite salle, entrée libre 30mn avant la projection

Programme au 01 44 37 95 01.

 


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