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Miss Van, la célèbre
graffeuse de la Ville Rose, présente sa nouvelle exposition plus
personnelle à la galerie Magda Danysz. Connue pour ses poupées aux
allures aguicheuses décorant les murs, elle se prête au jeu de la
toile depuis quelques années donnant ainsi un second souffle à ses
Miss.
A présent, l'animal entre dans leur monde, quant à la figure
féminine elle se complait dans un mélange d' érotisme et de douce
mélancolie.
Se serait-elle assagie ?
En tout cas, elle a accepté de répondre gentiment à nos diverses
questions alors qu'elle se trouvait aux Etats-Unis…
Pour les lecteurs d'@xé libre, vous voulez-bien décliner votre
identité ?
Miss Van, artiste. J'ai commencé à peindre au début des années 90,
j'avais 18 ans.
Pourquoi avoir choisi le graffiti ou tag comme moyen d'expression
à vos débuts ?
Je ne l'ai pas vraiment choisi, c'est venu naturellement. Peindre
sur les murs était une façon de montrer que je boycottais le milieu
conventionnel de l'art. A mes débuts j'avais un esprit un peu
rebelle.
Je trouve aussi ça beaucoup plus excitant de peindre dans la rue car
c'est interdit. Peindre sur les murs permet de garder sa liberté,
comme c'est illégal il n'y a pas de censure. C'est également un défi
à relever, à chaque fois je cours le risque que mon œuvre soit
effacée, il y a un côté aléatoire qui me plaît. Je peins dans la rue
car j'aime faire des rencontres et bouger. Cela me permet aussi de
me mettre à la portée des gens, de rendre mon art accessible au plus
grand nombre.
Avez-vous eu du mal à intégrer ce milieu ? Pouvez-vous dire que
c'est un milieu machiste ?
En tant que fille dans un milieu majoritairement masculin je suis
peut-être plus facilement critiquée. Il a fallu vraiment que je
prouve que mon travail était aussi bon que celui des hommes.
Un graffeur et une graffeuse que vous appréciez particulièrement
?
Il y en a beaucoup.
Quels artistes peintres ou courant artistique vous touchent?
Ont-ils eu une influence particulière sur votre travail ?
La figuration libre, les artistes japonais, le graphisme, les films
d'animation, les pin-up des années 50, la bande dessinée font partie
de mes sources d'inspiration. Je suis influencée par des artistes
comme Mark Ryden et Junko Mizuno et, dans un autre domaine, par la
bande dessinée de Vaughn Bodé réalisée dans les années 70.
« Hors les murs » et sur la
toile, quelles sensations éprouvez-vous ?
Dans la rue j'essaye de faire des choses simples, un mélange entre
simplicité et logotype, rapidement réalisable et ensuite
reconnaissable. Aujourd'hui je peins des personnages un peu spéciaux
entre les animaux et les poupées d'avant. Ces fétiches je les
appelle les âmes sœurs. Elles sont douces et spirituelles, mais pas
trop flash. Je ne veux plus que ce que je peins dans la rue
contraste trop avec l'environnement.
Parler nous de l'exposition que vous présentez actuellement à la
galerie Magda Danysz .En quoi diffère-t-elle de la précédente ?
Le titre de cette exposition est « Lagrimas de Mariposas ». C'est un
titre que j'ai choisi après beaucoup de réflexion pour sa sonorité
mais aussi son côté léger qui vient contrebalancer le côté plus
émotionnel des peintures présentées. Le titre est le reflet d'un
état d'âme, mais même si les larmes sont présentes dans toutes les
toiles, avec légèreté, de façon plus poétique.
Qui est la jeune fille représentée ? Qu'incarne vraiment la Miss
?
Avant il y avait un peu de moi dans toutes les peintures mais de
façon plus dissimulée. Je peignais la diversité esthétique,
émotionnelle, chromatique, les femmes en général dans leur féminité
ambiguë. Le grand changement dans ma nouvelle série est que j'ai
travaillé sur un seul personnage. Alors que cette série très
personnelle parle de moi et concerne mes émotions du moment, des
moments que j'ai eu besoin de figer, de peindre faute de les écrire.
Cela ne m'arrivera peut-être qu'une fois de peindre cela.
Pourquoi ne pas intégrer une figure masculine ?
Au début j'ai représenté quelques personnages masculins. Mais ça ne
m'intéresse pas, car d'un point de vue graphique, ils sont trop
simples. J'ai commencé il y a quelques temps à entrer dans un monde
imaginaire. Des animaux sont apparus dans mes toiles. Ils sont un
peu comme une touche symboliquement masculine, plus ou moins
ludique, qui me permet une mise en scène pour raconter des
histoires. Mais, dans la dernière série ils n'avaient plus leur
place, même si les animaux font partie de ma vie et que cela
m'inspire encore.
Quel fut l'accueil de votre œuvre aux Etats-Unis ? Les Américains
ont-ils un regard différent des Français sur le graffiti ?
L'accueil a été très bon, j'ai été étonnée de voir à quel point le
travail était bien perçu et compris. La tradition du graffiti est
vraiment forte.
Il y a longtemps maintenant vous avez décidé de mettre en vente
des calepins et autres articles. Etait-ce un besoin soudain de
toucher un public plus large ?
Oui, c'est important dans les expositions d'avoir des œuvres
accessibles.
La Bande Dessinée a le vent en poupe. A quand une B.D « Miss Van » ?
Est-ce un moyen d'expression qui pourrait vous attirer ?
Pas encore.
Avez-vous des projets ?
Je suis en ce moment dans quelques expérimentations côté boulot.
Quelques voyages sont aussi prévus pendant lesquels je veux prendre
le temps de m'imprégner de ce que je vis pour continuer à peindre de
façon de plus en plus profonde. Je m'inspire de plus en plus de
choses extérieures comme des films, des livres. Tout cela est moins
léger qu'avant. J'étais dans l'image pure et je m'aperçois que lire
m'aide à développer mon imagination.
Propos recueillis par Juliette Couderc
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