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ROMAN  OPALKA
1931 – 1965 / 1 -

 « Pour appréhender le temps, il faut prendre la mort comme réelle dimension de la vie. L’existence de l’être n’est pas plénitude, mais un état où il manque quelque chose : l’être est défini par la mort qui lui manque. »

Le signe inscrit la vie dans le temps. Nous rendons-nous compte combien les signes, les chiffres et les nombres en particulier, comptent dans notre vie. Date de naissance, date de décès, quelques dates de parcours… Un jour de 1965, alors qu’il a 34 ans, Roman Opalka met le chiffre Un en haut à gauche d’une toile en format 196 x 135. Blanc sur noir. C’est le début de son « projet de vie ». Prendre conscience de la durée de son existence en inscrivant sa vie dans l’art… à travers les chiffres. Depuis, chaque jour est compté en ajoutant 1 au dernier chiffre peint. Un geste presque scientifique ou bien un acte de folie ? De l’art conceptuel ? De l’art contemporain ? De l’art ? Il n’y a pas là une recherche esthétique, mais une quête existentielle. A travers l’expression artistique. Devant l’inquiétude de sa propre mort l’artiste cherche à visualiser par des nombres la finitude du temps humain pour atteindre à sa manière l’infini du temps (tout court).

« Pour appréhender le temps, il faut prendre la mort comme réelle dimension de la vie. L’existence de l’être n’est pas plénitude, mais un état où il manque quelque chose : l’être est défini par la mort qui lui manque. Mon concept est simple et complexe comme la vie, il évolue d’une naissance vers une mort. Art extrême, il me permet de vivre une extraordinaire aventure, il est émotion extrême de l’être. »

La suite des nombres est peinte à la peinture acrylique blanche, toujours avec un pinceau n° 0 sur un fond uni. Depuis 1972 l’artiste ajoute pour chaque nouveau tableau 1% de blanc dans le noir de manière que le gris du fond tende inévitablement vers le blanc.

« Le gris est le noir et le blanc. Il exprime l’unité du mouvement des couleurs. Il exclut le dualisme et manifeste le tout. Le gris est universel. (…) Mais le gris est neutre : je le remplis avec le vécu de ma vie. Le gris n’est pas une couleur symbolique, il est devenu pour moi celle du mouvement invisible. Sur ce fond gris, il y a ma vie : le contraire d’une couleur froide, indifférente ; il est la couleur de mon sacrifice pictural, étalé par la conduite du concept, son mouvement et son temps. Aux grands pôles, aux extrêmes du noir du premier Détail et du blanc sur blanc, le sfumato d’une existence : la couleur peut devenir mortellement émotionnelle. »

Mais un jour le blanc du fond se confondra au blanc des chiffres peints. Le blanc sur blanc : l’ultime étape du « monochrome », de l’invisibilité et de l’effacement ; « l’image du vieillard continuant à vivre une vie déjà achevée » ; la blancheur absolue de la mort symbolique. Dès sa naissance, donc, le projet contient sa fin alors que chaque tableau n’est qu’un Détail de l’infini du temps. A partir de la même année (1972), le peintre fait appel à la voix pour affronter l’invisible. Ainsi, dit-il à haute voix, en polonais, le nombre qu’il trace. Un récitatif exorcisant, impassible, qui accompagne toutes ses expositions. La photographie se révèle aussi un allié dans ce combat avec le temps… qui passe. La création de chaque tableau est suivie par une prise en image du visage du peintre, le visage qui porte la trace des chiffres.

Les toiles d’Opalka sont organisée par séries des nombres dont la couleur change, elle aussi. Du blanc à l’invisible et à nouveau du blanc à l’invisible et par-là, à l’infini. Car le pinceau du peintre se décharge petit à petit de la peinture et la couche devient de plus en plus transparente, créant de cette manière un effet visuel, mais qui n’est pas pour autant le résultat d’un souci esthétique. Cependant, chaque tableau est-il ainsi pris dans un rythme pictural qui transcrit l’effort même de vivre. Il dégage une esthétique de l’effort et visualise le temps humain. Toujours prêt à recommencer. Le rythme déborde le signe, les chiffres et les nombres, et crée à l’intérieur de la finitude de chaque toile un infini, pictural et humain. C’est pourquoi, l’expérience artistique de Roman Opalka ne succombe pas à l’effroi devant la finitude de la vie, mise en évidence par le signe. Enfin, au fond, le blanc sur blanc absolu, existe-t-il vraiment. *

 

Dessislava Yougova
Octobre 2001


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