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Richard Meier Architecte

Blancheur et géométrie des formes

Richard Meier est un homme prolifique. Depuis une vingtaine d’années, cet architecte américain né en 1934 a beaucoup construit, dans son pays comme à l’étranger. Étrangement, il reste peu connu du grand public français, sans doute en raison de projets moins médiatisés que pour certains de ses confrères. Pourtant, il est aujourd’hui considéré comme l’un des architectes les plus féconds de la seconde moitié du XXe siècle, et a reçu à ce titre les prix les plus prestigieux, le Pritzker en tête en 1997.

La Galerie du Jeu de Paume lui consacre une exposition en quelque sorte rétrospective, initiée par le Museum of Contemporary Art de Los Angeles. Car Meier est un maître en son pays, où il a effectué la plupart de ses réalisations. Ce n’est que vers le début des années 1980 qu’il exporte véritablement son expérience, notamment en Europe où il travaille en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, etc. La France s’est vue gratifiée d’un bâtiment construit à Paris en 1993 ; le siège social de la chaîne Canal +.

Qualifier l’architecture de Meier reviendrait à essayer de trouver des mots significatifs. Nous en retiendrons trois : abstraction, lumière, blancheur. En digne successeur des modernes de la première moitié du siècle, Meier poursuit le parcours initiés par ses pères spirituels. Au cours des nombreux voyages qui jalonnent le début de sa carrière - Italie, Grèce, France, Allemagne, il est amené à rencontrer des architectes aussi importants que Le Corbusier ou Alvar Aalto. Cette période où il continu de se former semble déterminante pour la suite de son travail. Depuis les années 1960, Meier réfléchit à la forme essentielle, celle qui crée le volume dans lequel nous serons amenés à vivre, comprendre, travailler, habiter.

Il présente un attrait profond pour l’architecture conçue comme une sculpture abstraite, assemblage de volumes différents qui assemblés, présentent une cohérence d’ensemble, celle qui fait un édifice capable de s’ouvrir à l’usage et à la vie. La réflexion de l’architecte s’oriente vers des formes géométriques qu’on pourrait qualifier de primaire, le carré, le cercle, la droite, qu’il agence de manière à " monter " des volumes juxtaposés. Du plan de départ, il passe au volume et alterne les éléments courbes, rigides, pentus, horizontaux ou verticaux. Tout n’aurait guère de sens si cela n’était pas précédé d’une vision globale qui fait naître les formes en fonction de leur destination, de leur situation. Volumes, espaces de circulation, de déambulation, d’accès sont issus de ce vaste projet intellectuel qui sous-tend toute proposition de Meier.

L’espace est selon l’architecte divisible en deux : intérieur - extérieur. A partir de cette dualité se joue l’avenir réelle de la forme. Entre le dedans et le dehors se trouve la lumière, notion particulièrement importante chez Meier. La lumière du jour doit être introduite partout où cela est possible, matière invisible qui fluidifie les pièces, les halls, et souligne leurs spécificités. Transparence, luminosité, opacité, qualité de la lumière sont des mots et expression auxquels l’architecte porte une attention singulière. Non seulement la lumière pénètre autant que faire se peut, mais elle est taillée, ciselée, dirigée pour rendre plus limpide la lecture d’une architecture. Sensible à ce qui entoure une construction, Meier assure que " la lumière naturelle donne une âme à l’espace. Ses changements de nuances tout au long du jour ou des saisons modifient et articulent l’espace, lui donnent vie ".

Et comme pour parachever sa quête, Richard Meier adopte le blanc comme couleur récurrente de ses réalisations, parce que c’est une couleur qui synthétise toutes les autres. Elle rend justice à l’unité de l’architecture en donnant le ton, dans une palette réduite à l’essentiel et censée rendre plus directe l’appréhension des lieux. Bien entendu, cette blancheur sans limite est mise au service de la lumière qui irradie intérieurs et extérieurs, signature et résultat de ces recherches théoriques. Cette couleur va de concert avec le traitement des volumes imbriqués ; ils sont la seule distinction que s’offre Meier, lui qui reste toujours vigilant quant à la relation qui se noue entre le bâtiment et l’espace naturel ou urbain au milieu duquel il se place.

L’exposition fait la part belle aux plans et aux maquettes dont un nombre important est présenté. Elle se décompose en deux mouvements. D’une part une projection de photographies qui s’étendent à tout le champ des réalisations de Meier, aussi bien dans l’espace que dans le temps. Trois salles viennent d’autre part appuyer cette première plongée dans l’univers de l’architecte, où la lecture utilise les moyens du plan et de la maquette. Le visiteur pénètre ainsi au sein de l’atelier, et peut scruter à loisir, étude après étude, les changements d’orientation dans le cours d’un projet. Il est cependant regrettable de devoir prendre un audio-guide coûteux pour avoir les commentaires de l’architecte sur ces œuvres. Mieux vaut se contenter du petit journal distribué avec le ticket d’entrée.

Du centre culturel Atheneum de New Harmony dans l’Indiana (1979), à l’Eglise de l’an 2000 pour le Jubilé à Rome, de la Maison Smith (1967) au Musée d’art Contemporain de Barcelone (1995), chaque élément permet de suivre pas à pas les évolutions de la pensée. Objet central de l’exposition, une maquette aux dimensions imposantes du projet final pour le Getty Center (1984-1997) à Los Angeles, sorte de cité culturelle pour le compte de la Getty Foundation. Constitué entre autres d’un musée d’art, d’un pavillon des arts décoratifs, d’un institut de restauration, d’un auditorium, d’un institut d’histoire de l’art, le projet est énorme, et les maquettes de bois réalisées pendant13 ans constituent une mémoire en trois dimensions, des étapes de réflexion aux solutions adoptées en définitive. Ce sont les traces d’un lent processus de gestation, avec un objectif que Meier décrit comme tel : « l’espace est ma préoccupation (...) l’espace dont l’ordre et la définition sont en relation avec la lumière, l’échelle humaine, et la culture de l’architecture. L’architecture est vitale et permanente parce qu’elle nous contient ; elle décrit l’espace dans lequel nous nous mouvons. »

Gunther Ludwig
septembre 2001

Richard Meier Architecte,
jusqu’au 26 Septembre

Galerie Nationale du Jeu de Paume
1, Place de la Concorde 75008 Paris
Rens : (0)1 42 60 69 69 - M° Concorde

jeupaume@worldnet.fr


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