@xé libre cinéma - le magazine transdisciplinaire des arts et des cultures

  plan du site | forum | information | publicité | web design | annuaire | partenaires | on parle de nouscontact

 

Imprimer     Agrandir

Les chansons d'amour, de Christophe Honoré

Les chansons d'amour

de Christophe Honoré

avec Louis Garrel, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Chiara Mastroianni…

Présenté et acclamé à Cannes en compétition cette année, le nouveau film de Christophe Honoré avec Louis Garrel peine à attirer des spectateurs. Un manque de curiosité insupportable au vu de la qualité du film.

I

smaël (Louis Garrel) forme avec Julie (Ludivine Sagnier), sa copine depuis les années lycée, et Alice (Clotilde Hesme) un ménage à trois. Plus pour Julie que pour lui d'ailleurs. Il voit sa relation avec celle-ci se détériorer au fur et à mesure par les situations inconfortables dans lesquelles ils sautent ensemble à pieds joints.

Alors, au lieu de taire leurs reproches, ils les chantent. Dans la rue, ils s'interpellent, sur des mélodies pop ; les insultes fusent, les marques d'amour aussi. Et on devine alors que le leur est fort, par la manière dont ils expriment leurs sentiments.

C'est alors que le drame frappe. Julie a mal, demande à Ismaël de toucher sa main, qu'il embrasse. L'infarctus la terrasse en quelques minutes, sous l'œil incrédule puis inquiet d'Ismaël. Alice, qui a compris depuis longtemps qu'elle est la cinquième roue du carrosse passe à côté de l'incident, de la tragédie. A quelques mètres pourtant, elle n'imagine pas que son flirt avec un breton lui fait perdre le contact avec sa défunte copine, et son désormais ancien amant.
« Delta Charlie Delta », DCD, décédée. Ces trois lettres, ce mot, ce nom de code marquent le cap que franchit le film. En finissant de chanter cette chanson, notre héros tourne une page, celle du Départ annoncée dès l'ouverture du film, pour entrer dans celle de l'Absence.

Ismaël se perd dans le deuil et personne ne le voit. Alice lance la première l'idée d'entraide, à laquelle elle ne semble pas croire elle-même. Elle ne peut offrir que le quotidien.
Jeanne (Chiara Mastroianni), sœur de Julie et vieille fille au visage figé fait face elle aussi seule face au drame. Ismaël refuse son aide, et encore plus son appel à l'aide. Son fardeau lui semble suffisamment lourd. Mais désormais il ne l'exprime plus en public.

Lorsque Jeanne lui apprend qu'il semble s'être remis, il pleure son désespoir dans Paris, errant dans les quartiers qu'il côtoyait avec Julie, forçant les réminiscences de son amour et de sa peine à éclore au grand jour. Ainsi fait-il fusionner l'angoisse de la nuit du drame avec ses errances, dans le beau flashback de son regard. Et la visite sur la tombe de la défunte n'est qu'un prétexte pour l'entendre se plaindre une nouvelle fois (« Pourquoi viens-tu si tard ? »), d'une voix triste, belle et étrangement érotique.

Son désarroi le pousse dans les bras du jeune frère du breton d'Alice, tout juste lycéen, mais décidé égoïstement à accaparer son attention. Peine perdue puisque, pour Ismaël, Julie vit toujours. Impossible de vivre une autre histoire (avec Alice, avec Jeanne, avec Erwann) tant qu'elle ne « meure pas d'une deuxième mort ».

La phrase la plus terrible tombe comme un couperet, sortant de la bouche de Jeanne qui se défend de le juger pour ses tentatives d'oubli. Pourtant, en déclarant sans doute innocemment que Julie n'était plus heureuse, elle déclenche chez lui un rejet de tout ce passé qui l'encombre. Il refuse les beaux-parents, les belles-sœurs, l'ex-copine, et cède aux avances d'Erwann (non plus sexuelles, mais amoureuses), non pas par faiblesse, mais par espoir.
En cela, les derniers mots du film closent celui-ci de manière ambiguë. Car dans le « Aime moi moins, mais aime moi longtemps » on découvre la peur du vide (qui se trouve symboliquement derrière lui), dans un amour à peine naissant. On comprend alors le titre donné à cette troisième partie : « Le retour ». L'amour lui revient, mais cette fois-ci, il en a peur.

La construction du film est exemplaire. L'écriture des personnages semble couler de source, sans doute parce que inspirée de la vie des auteurs du film, Christophe Honoré (réalisateur et scénariste du film) et Alex Beaupain (compositeur) dont un grand nombre de chansons déjà préexistantes ont servi ici.
Drame tentaculaire, le film étend ses réseaux de personnages, tous affrontant leurs peurs respectives (les parents, les sœurs de Julie, Ismaël) ou leur courage et leur insouciance (Erwann, Alice). Ils se croisent (la mère avec Alice, Alice et Erwann, Erwann et Jeanne…), dans un Paris réduit à quelques rues, à un quartier précis, de Montparnasse à Château d'Eau.

La comédie musicale, ce genre si peu naturel et conventionnel n'empêche à aucun moment la découverte d'un Paris documentaire, comme on n'en voit guère plus. Des gros plans sur des Parisiens, dans leur vie quotidienne ; plans volés, devenus passibles de poursuite sont ici une audace efficace, qui font se rencontrer deux esthétiques apparemment opposées (l'anti-réalisme du Musical et la tentative de captation du réel par un cinéma-vérité).
Ce sont d'ailleurs ces mêmes constatations qui évoquent la Nouvelle Vague à la vision de ce film. Tournage rapide, fauché, dans la rue, improvisé dans son filmage mais pas dans son intrigue, il nous rappelle certains films de Godard (Une femme est une femme) mais aussi, le grand Jacques Demy, Louis Malle et ses personnages en perdition, Jean Eustache et sa jeunesse parisienne. Les références sont incessantes et évidentes (des plans, des répliques… ; mais pas seulement cinématographiques ! Littérature, musique, politique…) mais Honoré ne copie pas. Comme pour Dans Paris, son magnifique précédent film, il s'approprie mais pour faire autre. Un film résolument moderne.

Et ses acteurs, ici encore inspirés (après Guy Marchand, Romain Duris, Béatrice Dalle…) par les rôles qui leurs sont offerts, donnent tout leur possible pour ancrer leur personnage dans le ressenti du spectateur.

Difficile d'accès, par son genre encore une fois, la direction d'acteur est aussi en décalage de celle observée majoritairement en France. Louis Garrel devient le porte-étendard de ce cinéma qui ne répond pas au marché cinématographique. Après ses excellentes partitions dans The Dreamers de Bertolucci, Dans Paris ou encore l'incroyable Amants réguliers de son père Philippe, il assène une fois de plus sa vérité : pas besoin d'obéir aux injonctions d'un milieu starificateur pour faire un superbe boulot. Clotilde Hesme (déjà son amour dans Les amants réguliers) obéit à ce même schéma, laissant augurer le meilleur pour une nouvelle génération d'acteurs qui ne s'inquiètent pas de leur image soi-disant " parisiano-intello ". Ils sont tout simplement très bons !

Reste que le film semble marcher très moyennement malgré sa présentation remarquée à Cannes en compétition officielle. Le Festival a cet effet pervers de laisser les distributeurs profiter de sa médiatisation pour sortir à la hâte des films qui méritent une promotion plus intensive, puisque moins accessibles, mais surtout meilleurs que la moyenne.

Mais certains films donnent envie d'espérer échapper à un formatage complet de nos cases horaires…

Camille de Rouville

0 commentaire


Inscription à la NewsLetter

Tissons nos liens...

 
FORUM

Tous les autres sujets...

 
 
NEWSLETTER

Votre mail :   

Vos intérêts :  Concerts & soirées  magazine   photos

Vos commentaires

    

   
 

 
 

copyright© 1999 - 2006 - @xé libre / Open Yür Mind (association loi 1901)

 Bureau : 21 avenue Secrétan - 75019 PARIS