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La dernière marche

un film de Tim Robbins

1995, avec Susan Sarandon, Sean Penn, Robert Prosky,…

Tim Robbins signe en 1995 un plaidoyer implacable contre La peine de mort, servi par Susanne Sarandon et Sean Penn, d'une redoutable intensité.

D

ead man walking, titre original du film, met bien plus que La VF La lumière sur le paradoxe du personnage joué par Sean Penn. Celui-ci joue Matthew Poncelet, un homme condamné à mort pour viol et double homicide sur un couple de jeunes adolescents. Les six années passées en prison ne lui font pas admettre les crimes pour lesquels il est enfermé, accusant un autre détenu dont il n'aurait pu stopper les pulsions meurtrières. Les derniers recours possibles pour commuer La peine de mort en prison à perpétuité s'épuisent, de même que les espoirs de Matthew, défendu par des avocats commis d'office. Non croyant, il s'accroche néanmoins à l'image qu'il a de l'Eglise dans cet Etat très pratiquant des Etats-Unis.
C'est dans ce contexte qu'il contacte Sœur Helen Prejean, dévouée aux associations caritatives d'un quartier noir de La Nouvelle-Orléans. Helen, malgré les conseils de son entourage (une famille aisée, ses collègues des associations, ses " supérieurs ") répond à cet appel favorablement. Et va voir sa foi et ses principes être mis à l'épreuve du drame insoutenable qu'elle va vivre pendant quelques jours seulement.

La dernière marche réunit le trio le plus politiquement engagé d'Hollywood (participation à des conférences contre les discriminations ; manifestations contre La guerre en Irak bien avant que celle-ci ne devienne impopulaire) : Tim Robbins (acteur inoubliable des Evadés de Franck Darabont et de Mystic River de Clint Eastwood), mari à La ville de Susan Sarandon (déjà femme révoltée dans le cultissime Thelma et Louise de Ridley Scott) ainsi que Sean Penn (Mystic River, encore, mais aussi La ligne Rouge de Terrence Mallick, L'impasse de Brian de Palma…). Ici encore, l'engagement est visible, le propos affirmé, Robbins transformant le témoignage de La vraie Sœur Helen Prejean (consultante sur le plateau durant le tournage) en plaidoyer contre La peine de mort. Mais surtout, Robbins réussit le tour de force de ne jamais imposer sa vision du problème au spectateur, à qui toute La place est laissée pour se faire son opinion.

Le personnage de Matthew est extrêmement subtil, marchant sur le fil du rasoir, entre un manichéisme qui aurait été gênant et une humanité difficile à cerner jusqu'au bout. La violence fait partie intégrante de sa perception du monde. D'une famille aimante, il est finalement tombé dans La haine envers La société toute entière, qu'il considère comme responsable de sa situation. Le gouvernement le pourchasse, selon lui ; les Noirs ont pris La place qui lui revenait.
Pourtant, envers et contre tout, Helen va le suivre jusqu'à atteindre les notions de pardon et de paix qui manquent à son vocabulaire, à sa vie. L'obstination de La religieuse, qui malgré sa foi doute sans arrêt, lui coûte le respect de sa communauté (elle défend un violeur, un tueur, un négationniste de La Shoah, un admirateur d'Hitler) et les regards haineux des parents des victimes. Convaincue de La nécessité de sauver cet être en perdition, non plus religieusement mais tout simplement par amour pour lui elle voit ses valeurs s'effriter. A chacune de ses paroles on lui oppose le point de vue adverse, tout aussi compréhensible. Elle prône La Paix, on lui répond avec haine ; elle parle de Jésus, pour elle l'exemple même de La réconciliation et de l'amour, on ressort La loi du Talion, inévitable dans de telles circonstances.

Tim Robbins adopte, lui, une mise en scène toute en retenue et subtilité. Les distances entre Helen et Matthew sont incompressibles. On les empêchera quasiment jusqu'à La fin de se toucher. Mais ils se rapprochent visuellement peu à peu, passant de champs/contrechamps sur les personnages, le grillage qui les sépare au premier plan marquant une peur réciproque, puis de plus gros plans, sans les grillages cette fois, quand le contact verbal donne enfin lieu a des échanges. Suivent des dialogues où l'on se retrouve derrière La vitre, en face d'Helen ou de Matthew, mais le reflet de l'autre s'inscrit à leur côté. Arrive enfin La disparition de La limite du parloir où, dans un plan latéral total, La vitre qui les sépare n'est plus visible comme s'ils se parlaient à une table somme toute normale.
Les deux dernière étapes sont très fortes narrativement : leur séparation s'accentue à nouveau tout à coup, lorsqu'il rejoint La cellule avant son exécution. Les barreaux sont d'une couleur vive, épais, infranchissables. Ils resteront au premier plan, même si Helen semble tenter de passer au travers quand elle pose sa tête dessus.
Le seul contact qu'ils auront sera bref, quelques secondes avant les injections létales elle lui pose La main sur l'épaule ; après avoir demandé La permission à un garde…

Cette mise en scène de l'impossibilité de toucher l'autre est La vraie thématique du film. Helen doit, comme le lui rappelle le prêtre de La prison, réussir à sauver Matthew aux yeux de Dieu en transperçant La carapace d'insensibilité du condamné.
Matthew, lui, a perdu après le procès le moindre contact avec les femmes, sexuel ou non. Il refuse de voir sa mère, « qui ne fait que chialer ». Et dans l'univers carcéral d'un condamné à mort, les visites de copines sont prohibées. Et puis, qui viendrait le voir ?
Son appel à Sœur Helen sonne donc comme La seule alternative pour à La fois enfin revoir une femme, qui n'aura pas (c'est La morale qui veut ça) de contacts autres que spirituels, verbaux ou amicaux avec lui, mais en plus revoir une femme qui ne peut pas, ne DOIT pas le juger !

Des comédiens au sommet servent La beauté pure de ce film.
Sean Penn repousse les limites de son jeu en fournissant à Poncelet La fragilité terrifiante de ce que toute une communauté appelle un monstre, déroutant à La fois Helen et le spectateur, qui voient une violence sans borne et une recherche infinie d'amour dans les mêmes yeux.
Susanne Sarandon, qui a eu l'Oscar pour ce rôle, construit un personnage à l'écoute, spectateur, silencieux, dans le doute et La peur, l'incompréhension et l'espoir. Si La foi ne peut La quitter, ce n'est pas parce qu'elle est trop croyante pour ça mais parce qu'elle remet en question perpétuellement ce en quoi elle croit. Elle pousse Matthew à trouver La Vérité (ou La " faille " que recherchent les condamnés dans La Bible), en opposition à ce que révèle le détecteur de mensonge mécanique de La prison, pour trouver La Paix.
C'est cette Paix qu'elle va vouloir faire retrouver dans le plan final au père d'une des victimes, qui s'est lui aussi engouffré dans La haine après le drame.
Une marche qui semble être tout aussi insurmontable que La précédente.

Camille de Rouville

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