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Livre d'inspiration médiévale et de zapping télévisuel dispersé
entre les jeux de questions-réponses. Les Miscellanées ont beaucoup
de qualités, instructives, plaisantes et utiles. Ils peuvent se
présenter comme un nouveau manuel sur les choses à savoir pour les
oublier aussitôt.
La charge
s'attelle ironique quant au savoir, car il s'agit bien de savoir,
plus que de connaître. Défions tout esprit à appliquer comme un
robot les données du programme livresque de Monsieur Schott / Ben
Schott. Pense-bête tour à tour encyclopédique et lexicographique, ce
premier roman de l'auteur anglais nous mène sur les voies de la Vie
de Samuel Johnson comme des énigmes souvent pensées par le maître
Borges. Certaines citations peuvent nous suivre, prenons par exemple
justement une attribuée au Dr. Johnson, mais j'aurais pu en pécher
évidemment une autre : « Tout
de même que la paix est la fin du guerre, le désœuvrement est le
but ultime de l'activité ». Sophisme analogique, mais le langage
nous abuse et se rend versatile. Car ce livre est très anglais, en
nous montrant le langage comme un outillage capricieux dans ce
mélange pragmatique à quelques degrés. Ce livre est un véritable
phénomène éditorial, en commençant par l'Angleterre où s'en est
vendu 500 000 ouvrages. La France a dépassé les 100.000 exemplaires.
Ce livre pourrait tout aussi bien être un anti-livre et il le
réussit magnifiquement, un livre qui ne demande pas à être lu ou si
peu, quelques minutes entre quelques arrêts de métro, mais pour un
long trajet, c'est peut-être à déconseiller.
Livre d'inspiration médiévale et de zapping télévisuel dispersé
entre les jeux de questions-réponses. Forme aléatoire et
irrévérencieuse pour le grand format et les histoires trépignantes
qui roulent de la première page à la dernière, les Miscellanées ont
beaucoup de qualités, instructives, plaisantes et utiles. Elles
peuvent se présenter comme un nouveau manuel sur les choses à savoir
pour les oublier aussitôt. D'une très grande précision sur les
informations transmises dans ce petit livre qui n'en est pas
pourtant un poche, les Editions Allia ne pouvaient que s'intéresser
à ce puzzle façon quiz de type recueil ou bréviaire qui peut
accompagner, s'adapter et même provoquer conversation pointilleuse
et bavardage de circonstances pour meubler les blancs, regard ou
silence. Une page de législation concernant la composition des jurys
d'assisses françaises, la liste des James Bond, l'explication du
Sumô, … la liste n'en est pas exhaustive.
Le jeu consiste à lister, plus qu'à cataloguer et se poser la
question derechef faussement problématique : que faire du catalogue
des catalogues, est-ce que ce catalogue qui comprend tous les
catalogues doit-il se mentionner lui-même, mais dès lors n'est plus
qu'un catalogue lui-même et non plus catalogue des catalogues. Le
fameux Bertrand Russel, dans ses Principles of Mathematics (1903),
s'était déjà attaché à ce genre de problèmes. Mais la liste a cette
vertu, qu'elle peut être liste de n'importe quoi, pensons à la liste
des courses pour le supermarché. Ce livre a cette patience des
petites annotations spirituelles et inutiles que Proust ridiculisait
en pensant aux gens de la vie mondaine, qui voulaient toujours
placer leurs mots pour faire mine dans la pose et mouche
d'ingéniosité dans les propos. La curiosité serait un vilain défaut
pour celui qui cherche à débusquer les traits. Est-ce le nouveau
Dictionnaire des idées reçues de Bouvard et Pécuchet ? Schott a
réussi son coup en vendant beaucoup de livres avec son concept-livre
protéiforme.
Dimitri Jageneau
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