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Avec Le Cinéma américain des
années 70, Jean-Baptiste Thoret plonge dans une décennie fertile
et baroque où l'on croise Scorsese, de Palma, Friedkin, Romero ou
Cassavetes, Dustin Hoffman, de Niro, Pacino, Faye Dunaway ou Gene
Hackman.
Le Cinéma américain
des années 70
Jean-Baptiste Thoret
Editions Cahiers du
Cinéma
Essai, 2006, ISBN 2-866424-04-2
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Période instinctive et inventive du cinéma américain, les années 70
ont tout autant fécondé l'imaginaire des cinéphiles que l'âge d'or
d'Hollywood. Cinéastes et acteurs de l'époque ont largement et
librement impressionné la pellicule et profondément imprimé de leur
marque la culture de masse. Souvenez-vous, c'était le temps où
audace et exigence étaient encore au cœur du cinéma populaire... Une
diversité de genres a explosé dans le cinéma américain de cette
période, qu'Hollywood se contente aujourd'hui de resucer : road movies, films dossiers,
survival movies, films catastrophe, etc.
L'universitaire et critique Jean-Baptiste Thoret et Les Cahiers du
Cinéma nous offrent un essai ambitieux sur cette décennie charnière
entre le Hollywood classique et la funeste course aux blockbusters
entamée dans les années 80. Pour l'auteur,
« les films des années
soixante-dix [sont] le papillon sublime dont le cinéma classique fut
la chrysalide. » Il va plus loin et affirme également que « l'esprit du Nouvel Hollywood n'a jamais cessé de souffler sur le
cinéma américain qui continue toujours de se fabriquer sur les
acquis formels et thématiques des années soixante-dix. » Le souffle
en moins, serait-on tenté d'ajouter.
Hélas, qui trop embrasse mal étreint. A trop vouloir théoriser dans
son ensemble une période où, justement, la narration
cinématographique éclate en tous sens, Jean-Baptiste Thoret
décrédibilise un peu son propos. Passées les enthousiasmantes
cinquante premières pages de l'ouvrage (une mise en perspective
historique et synthétique du cinéma américain des seventies), on a
souvent l'impression de lire une thèse de doctorat, accumulant par
moment tous les péchés mignons de la prose universitaire : une
propension à jargonner, un martelage en règle des concepts défendus
par l'auteur, une multiplication des exemples frisant le sérialisme,
une avalanche de citations plus ou moins plaquées sur la
démonstration, etc. Du côté éditorial, impossible aussi de passer
sous silence les nombreuses coquilles qui émaillent malheureusement
le texte et rendent périlleuse la compréhension de certaines
phrases.
Malgré ces travers qui transforment parfois la lecture de l'essai en
un exercice indigeste, reste que certaines analyses et mises en
perspective de l'auteur s'avèrent plutôt éclairantes. Le livre de
Jean-Baptiste Thoret a surtout l'avantage de ses défauts : le
panorama de la période peut se targuer d'être exhaustif et de ne
snober aucun genre. La comédie, le cinéma d'horreur ou le porno y
ont droit de cité à part entière à travers The Party, les films de
George Romero ou le célèbre Gorge Profonde. L'auteur propose en
outre d'abondantes analyses filmiques de certaines scènes tirées de
films jalons des années 50 à 70. Si certaines sont un brin
itératives, d'autres se révèlent particulièrement lumineuses (celle
du Lauréat, pour ne citer qu'un exemple).
Le travail de dissection et de digestion du corpus est énorme, c'est
un fait. Par ailleurs, certaines thèses de Jean-Baptiste Thoret,
malgré leur systématisme irritant, offrent des clés solides pour
mieux appréhender de nombreux films, mineurs ou majeurs. Mais là où
l'auteur se montre franchement convaincant, c'est en décryptant avec
acuité les sous-genres typiques de la période dans leur dimension
socioculturelle, voire politique. Autre domaine où l'éclairage de
l'essai est réel : la nouvelle grammaire filmique développée dans
les seventies et ce en quoi elle s'oppose au langage hollywoodien
canonique tout en s'en nourrissant. A ce titre, les passages
consacrés au split-screen ou aux stratégies d'occupation du
cadre par les personnages méritent l'attention.
On l'aura compris, Le Cinéma des années 70 n'est pas un ouvrage
grand public. Seuls les cinéphiles acharnés ou les étudiants en
cinéma auront le courage d'avaler les presque 400 pages de l'essai
(abondamment illustré, soit dit en passant). Si Jean-Baptiste Thoret
n'emporte pas totalement l'adhésion avec la grille de lecture un peu
restrictive qu'il nous propose, il confirme au moins un sentiment :
quoiqu'hétéroclites, cinéastes et acteurs des années 70
appartenaient bel et bien à une même famille.
A signaler, sur le même thème, un
large dossier Hollywood, années 70 dans le numéro de
juillet-août 2006 de la revue Positif
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