|
|
Imprimer
Agrandir
|
BAMBILAND,
Elfriede Jelinek
Editions Jacqueline
Chambon
traduction Patrick Démerin, mars 2006,
format broché, ISBN 2877113019
|

|
|
|
|
|
|
Ce roman magistral travaille différents niveaux de langues, du banal
à la lettre du discours communicationnel. Le texte écrit au début de
la guerre d'Irak (2003) s'amuse avec des matériaux hétérogènes et
rend le genre du récit indéterminé.
Qui s'intéresse à
l'histoire des missiles pointés sur les cibles stratégiques de
l'ennemi ? Il perce et transperce les nuages, les villes et les
marchés remplis de cadavres. Tomahawk & Cie. La combinaison civile
pour une guerre juste qui tape dans le mille et fait des calculs
balistiques pour la prospérité familiale de la trinité Bush-Cheney- Rumsfeld. Vous prendrez bien un bol de muesli ou de corn flakes
devant le flot des discours pacificateurs. Chaque grain de sable ne
grippe pas tant les engins qui carburent des hectolitres de l'or
noir que la voix des tribuns qui spéculent sur le bien-fondé du
triomphe. La piste farfouille le désert avant d'arriver aux portes
de la Babylone. On n'aurait presque oublier Flipper (1) et Flipper
(2), paire de dauphins qui narguent les bombes flottantes. Le
miracle du cash aura-t-il lieu ? On tâtonne, mais les bénéfices
pètent les plombs à force d'empocher la mise d'un bluff sur la
destruction massive, surtout la leur et que toute résistance soit
pantelante et ne puisse plus tenir debout. La lie du revers contient
vraisemblablement quelques pertes et d'autres miettes à lâcher. Une
histoire cousue de fil blanc, donc. Chiffrable journalier du mauvais
plan de vol et du mauvais plan de ville dans une tempête de sable et
non pas d'eau cette fois-ci. Tombée sous le feu du contrôle, le
silence pondère le royaume des morts. Une centaine aujourd'hui, une
cinquante hier et demain on en estime une bonne trentaine. Et après…
Jelinek, avant de commencer son récit, cite la référence des Perses
d'Eschyle. Texte atypique des tragédies grecques, où le barbare
n'avait pas voix à la parole, mais plutôt à ces sons sauvages et
incompréhensibles d'une absence de culture, puisque le logos n'était
qu'exclusivement invention grecque. Suite à l'ampleur des réactions
de la foule athénienne, les Sages décidèrent que la tragédie ne
devait plus représenter des héros qui ne soient pas grecs. Eschyle,
qui avait participé à la bataille de Salamine et avait défait
l'armée de Xerxès, donna ce témoignage étrange pour un militaire et
pour la tradition littéraire, d'autant plus étrange qu'elle
correspond au plus ancien texte théâtral conservé occidentale.
Devons-nous nous enjoindre au verdict d'un autre dramaturge
d'envergure comme Heiner Müller qui affirmait qu'il n'y avait pas
de civilisation sans colonisation, en citant la fameuse Toison d'Or de
Jason ?
Ce roman magistral travaille différents niveaux de langues, du banal
à la lettre du discours communicationnel. Le texte écrit au début de
la guerre d'Irak (2003) s'amuse avec des matériaux hétérogènes et
rend le genre du récit indéterminé. Ce texte a d'ailleurs été mis en
scène en décembre 2003 par un agitateur du théâtre allemand,
Christoph Schlingensief au Burgtheater de Vienne. Cet auteur
autrichien a l'étoffe des géants de la littérature qui ne se range
pas dans le ronron de la notoriété. En première ligne du combat
contre le FPO de Jorg Haider qui avait gagné les élections
autrichiennes de 2000, la littérature n'est pas lettre policée mais
vivacité de formes et d'esprit. Le film de Michael Haeneke, La
Pianiste, l'a fait connaître du grand public. Dans le sillage du
non-conformiste Thomas Bernhardt, Jelinek est aussi une des plus
grandes des auteurs de théâtre contemporain. Trop méconnue, nous
attendons que des hommes de théâtre français s'emparent de cette
partie de son œuvre. Sortant de ma réserve, ce livre aride et
caustique est une des meilleures merveilles de ce printemps
littéraire 2006.
Dimitri Jageneau
|
|
Prix Nobel de littérature en 2004 et
mondialement reconnu, Elfriede Jelinek est une des plus grandes
dames de la littérature de langue allemande. La grande majorité de
son œuvre romanesque traduite en français est publiée aux Editions
Jacqueline Chambon, comme La Pianiste (1988), Les Exclus (1989),
Lust (1991), Les Amantes (1992), Totenauberg (1994), ou encore
Méfions-nous de la nature sauvage (1995), voir aussi Elfriede
Jelinek, Une biographie (2005). Les Editions du Seuil ont publié
Avidité (2003). Une partie de son œuvre théâtrale a été publié aux
Editions de l'Arche. |
|
|
|
La fiche éditeur
Le site de l'auteur Acheter
ce livre sur FNAC.COM !
Réagir sur le forum
Sommaire de la rubrique |
|
Inscription à la NewsLetter
|
|
|