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Laure ADLER

 

A CE SOIR

aux éditions Gallimard

185 pages
98,07 FF / 14,95 €

Laure Adler raconte l’histoire d’un deuil, celui de son enfant disparu il y a dix-sept ans. La perte crée une blessure qui ne cicatrise jamais ; et le récit de Laure Adler en témoigne : « Je sais depuis dix-sept ans que la douleur est et restera ma compagne. Je vis avec elle. Je la tiens en laisse. Quelquefois, elle me bouscule et me fait tomber ».

Dès lors, l’écriture n’est pas un moyen de calmer la souffrance. Elle sert à la comprendre, à la circonscrire, à relier le « je » d’avant avec celui du « je » d’après l’événement. « J’écris pour mettre à distance et tenter d’apprivoiser le temps ».

Laure Adler cherche à faire vivre son fils perdu au travers de sa propre vie et au travers de ce récit. Elle revient sur les mois qui ont précédé la naissance de celui qu’elle nommera Rémi, sur la courte vie qu’elle a pu partager avec lui, et sur le bonheur qui existait alors, jusqu’à ce fameux jour où l’enfant se retrouve à l’hôpital, sanglé et entouré de machines.

Elle se remémore les urgences, la panique, l’incompréhension et l’indifférence de certains : « Mais il est déjà bien tard, madame, je ne sais pas si on vous laissera entrer et il faut d’abord remplir les papiers »…

Il s’ensuit alors un long combat, celui d’une mère pour la survie de son fils, quitte à refuser de voir la réalité en face, celle qui dit que Rémi est condamné. Laure Adler comprend aujourd’hui, alors qu’elle écrit, à quel point elle a pu se voiler la face quant à la possibilité de rétablissement de son fils, combien elle a pu espérer durant toutes ces semaines qui semblent une éternité. « On appelait la famille. On leur disait que tout allait mieux, que le pire était derrière nous, qu’il allait s’en sortir, que tout ce qui s’était passé ne serait, bientôt, plus qu’un mauvais souvenir. Que de phrases peut-on prononcer, répéter en toute bonne foi quand, de toutes ses forces, on prend son désir pour une réalité ».

Rémi s’est éteint le treize juillet, une date que Laure Adler ne pourra jamais oublier. Et ce récit participe d’un combat contre l’oubli. « Vivre avec la mort de l’enfant. Ne plus la cacher. Ne pas l’exhiber non plus. Comment trouver la mesure ? ». Laure Adler a justement su trouver la mesure au travers de ce texte d’où émane une grande souffrance néanmoins empreinte de pudeur et de sobriété.

Florence Cheval

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