L’étape
de Jean Paul II à la tête de l’Eglise catholique est symbolisée,
dans les médias dominants en Occident, par une lutte acharnée contre
le communisme, une lutte qui contribua fortement à sa chute entre 1989
et 1991.
Cette analyse réductrice a l’avantage de laisser sur le
carreau la religion orthodoxe qui pourtant fut la première touchée par
la révolution bolchévique de 1917 et qui, pendant la dictature soviétique,
fut impitoyablement réprimée. Aujourd’hui encore, le patriarche
orthodoxe de Moscou., Alexis II, dont l’état de santé est aussi
alarmant que celui de son homologue catholique, ne lui pardonne pas
d’avoir envoyé des prêtres et des missionnaires catholiques,
Polonais pour la plupart, sur les terres de Russie depuis la chute du
mur.
Il lui reproche aussi ses nombreux voyages dans les pays orthodoxes qui
entourent la Russie (Roumanie, Ukraine, Arménie, Kazakhstan, Bulgarie).
Il est vrai que le Vatican a toujours jeté un regard concupiscent sur
ces immenses territoires qui s’étendent à l’Est et, ce rêve impérialiste
a eu l’avantage d’être dans la ligne idéologique des vainqueurs de
la seconde guerre mondiale.
Cette autre opération « Barberousse » déclenchée
à partir de 1945 par les Alliés n’aura pas eu la fulgurance de la
première mais à la différence de celle-ci, aura connu un succès
certain après 35 ans de lutte. Les divisions blindées et les millions
d’hommes firent la place au formidable rouleau compresseur de la
propagande du monde capitaliste. Le Vatican n’était qu’un acteur
modeste de cette nouvelle guerre bien que son rôle soit aujourd’hui
présenté comme « majeur ». Les causes de cette
disproportion dans l’analyse feront l’objet d’une réflexion ultérieure.
Nous nous proposons, dans le texte suivant, d’analyser
succintement un des aspects de la propagande de la guerre froide mise au
service de la lutte du catholicisme contre le communisme. Nous voulons
parler de l’affaire Mehmet Ali Agça.
Révolutionnaire
ou déséquilibré?
Le 13 mai 1981, Mehmet Ali Agça tenta d’assassiner le pape
Jean Paul II sur la place Saint Pierre. Ce jeune turc, né le 9 janvier
1958 à Yesiltepe, une ville de la province de Malatya, située aux
confins du Kurdistan, était un militant d’extrême droite, très étroitement
lié au groupe « Les loups gris », proche du Parti Action
Nationaliste Turc. Après son arrestation, il déclara avoir agit au nom
du Front Populaire de Libération de la Palestine.
Les informations occidentales révélèrent les jours suivants
que Ali Agça était en réalité un criminel, emprisonné en Turquie
pour l’assassinat de M. Abdi Ipeci (1 février 1979), journaliste et rédacteur
en chef du quotidien libéral turc Milliyet. Il s’était échappé
quelques mois après son emprisonnement de la prison de Haute Sécurité
de Kartal où il purgeait sa peine.
L’énorme commotion internationale causée par la tentative
d’assassinat de Jean Paul II se cristalisait autour d’une question
primordiale dont la nouveauté effarait : pourquoi assassiner
le pape? A qui pouvait bien profiter un tel crime ? Comme le font
remarquer Noam Chomsky et Edward S. Herman, cet attentat « arriva
à un moment où d’importants intérêts occidentaux cherchaient la façon
de mettre en rapport l’Union Soviétique et le terrorisme
international ».
La
« connection bulgare »
Cet événement exceptionnel dans l’histoire va, en quelques
heures, dépasser le « sensationnel » médiatique de
circonstance pour devenir, avec l’aide du Vatican et des très
dissuasifs « intérêts occidentaux », mis en cause par
Chomsky et Edwards, une des plus formidables machines de propagande de
l’ère de la communication moderne. Le terroriste Agça, enfermé dans
une prison italienne, va alors faire l’objets de « pressions »
colossales qui (elles ne seront révélées à l’opinion publique que
quelques années plus tard),
le conduiront à faire de faux témoignages qui serviront directement
les théories américaines du « complot communiste international »
dont l’une des nombreuses ramifications était la fameuse « connection
bulgare ».
Six jours après l’attentat, le SISMI, le service secret
italien, mit en circualtion un document qui certifiait que M. Agça
avait été entraîné en Union Soviétique. Plus tard, il fut démontré
que cette information avait été inventée par le SISMI ou l’une de
ses sources.
A l’époque, le SISMI était dirigé par le général Guiseppe
Santovito, accusé quelques mois plus tard d’appartenir à la loge
massonique d’extrême droite Propaganda due (P2).
Entre cette publication des services secrets italiens et le mois
de novembre 1982, soit dix-sept mois plis tard, Ali Agça ne dira pas un
mot sur les raisons de son geste et la conspiration bulgare divulguée
par la presse américaines dont il était pourtant accusé d’être
l’une des pièces fondamentales.
Le premier organe de presse à faire écho de cette conspiration
internationale fut le Reader’s Digest, -connu aussi pour ses très
étroites relations avec la CIA-, qui demanda à M. Paul Henze
et Mme Claire Sterling
de réaliser une investigation sur le thème. Le résultat fut un
article publié par Mme Sterling en septembre 1982, intitulé :
« Plot to kill the pope »,
où il fut pour la première fois question de la fameuse « connection
bulgare ». Les idées fondamentales de ce texte furent reprisent
quelques jours plus tard (le 21 septembre 1982) dans un programme de télévision
diffusé par la NBC, « The man who shot the pope – A study in
terrorism »
et présenté par M. Marvin Kalb.
Le contenu de ces travaux révélaient que M Ali Agça était en fait un
agent du KGB bulgare, véritable instigateur de l’assassinat frustré
contre le pape à qui l’Union Soviétique imputait les événements
insurrectionnels en Pologne et duquel elle entendait se venger.
Selon le même article, l’URSS cherchait aussi à impliquer la Turquie
pour destabiliser l’OTAN.
Newsweek, le Times,
le New York Times, le Wall Street Journal, le Christian
Science
Monitor, la chaîne de télélvision
NBC et le programme CBS news
aceptèrent sans contempler de points de vue alternatifs cette théorie
qui ensuite fut adoptée par la majorité des salles de rédaction du
monde occidental. Les médias dominants défendirent farouchement cette
théorie pendant 4 ans, jusqu’au jugement définitif de Agça et du
complot, à Rome en 1986, où il fut prouvé que les bases de cette
« conspiration » étaient absurdes voire farfelues. Le mea
culpa de ces masses médias qui, jusqu’alors ne s’étaient guère
posés de questions, fut, on s‘en doute, plutôt discret, voire
inexistant.
.../... (lire la suite)