Nils
Petter Molvaer
Ce qui frappe quand on vous voit sur scène, c'est l'incroyable cohésion du groupe. Les idées fusent de partout. Au sein de votre groupe, chacun est à même d'amener les autres musiciens dans d'autres directions ?
C'est vrai que même si la formation est sous mon nom, à l'intérieur de celle-ci, on a chacun notre espace. Ce n'est pas comme dans le schéma classique américain où on a clairement une césure entre le soliste et le background. Malgré tout, c'est moi qui décide dans quelle direction où on va aller. Après cette idée va être exploitée par l'ensemble du groupe. Quand la musique est bonne le groupe fonctionne comme un organisme vivant.
Dans vos concerts, il y a rarement des temps morts. Est-ce un parti pris ?
Parfois il est bon de laisser couler les choses. C'est pourquoi je ne parle pas toujours sur scène. Je présente seulement les musiciens. Je ne peux pas faire ce genre de choses comme faire des blagues. Je ne suis pas un blagueur. En tout cas pas sur scène.
Avant de vous consacrer principalement à la trompette vous avez joué de nombreux autres instruments. Dans quelle optique les avez-vous abordé ?
J'ai joué de la batterie, des claviers afin de vérifier par moi-même ce que sont ces instruments. Avant de jouer de la trompette, j'ai donc joué de nombreux autres instruments sans m'y consacrer vraiment, même si j'ai fait partie de groupes de rock.
Qu'est-ce qui vous a poussé à jouer de la trompette ?
Je ne sais pas trop. Je crois que c'est surtout parce que j'ai eu un bon professeur de trompette quand j'étais adolescent. J'ai véritablement commencé à jouer de la trompette quand j'avais 16-17 ans. J'ai étudié la musique classique pendant deux ans puis j'ai arrêté. Je cherchais des manières différentes d'approcher le rythme et le phrasé.
Vous semblez accordez une grande importance au son. Vous " trafiquez " souvent le son de votre trompette avec des effets.
J'utilise alternativement les effets et l'acoustique. Jouer avec les effets me permet de fondre mon son de trompette avec celui de la guitare et d'obtenir des harmoniques originales.
Qu'est-ce qui vous importe le plus quand vous soufflez dans votre trompette ?
J'espère obtenir un bon feeling, avoir bon écho de mon propre son. C'est très important car ainsi j'entends mieux les autres musiciens.
Le jazz constitue-t-il une influence importante pour votre musique ?
En fait, le jazz ne constitue pas vraiment une influence. Mais l'une de mes plus grosses influences depuis vingt ans est le trompettiste canadien Jon Hassel. C'est quelqu'un de très important pour la trompette et pour la musique en général.
Don Cherry et Miles Davis sont, j'imagine, des références inévitables ?
Don Cherry a été le premier musicien à jouer de la " world ". Il jouait avec tout le monde. Il jouait avec des musiciens du Ghana et jouait également du classique. Il avait un son de trompette terrible quand il n'était pas trop arraché.
Miles est bien entendu un immense musicien mais paradoxalement ça ne fait que quatre ans que je me suis acheté un album comme " Bitches Brew ". Je préfère d'ailleurs la période électrique postérieure. Par exemple " Live Evil " qui propose une musique plus agressive. J'aime aussi les albums avec Gil Evans et ceux de la fin de sa carrière.
On dit souvent que votre musique est emprunte de mysticisme. Est-ce que ce jugement vous paraît juste ?
Je ne pense pas que ma musique soit mystique. Je ne joue pas de la musique joyeuse, c'est vrai. Mais, pour moi, Stevie Wonder est le seul musicien qui joue réellement de la musique joyeuse. Quand on écoute quelqu'un comme Ellah Fitzerald par exemple, ce qu'elle chante n'est pas vraiment joyeux.
Penser-vous que le terme de " fusion à froid " peut s'appliquer à la musique électronique scandinave dont vous êtes un représentant ?
Fusion à froid ? C'est difficile à dire. Avec le groupe, notre musique n'est pas Jazz, pas Funk non plus. C'est Punk parfois.
Quelles relations entretenez-vous avec les autres musiciens scandinaves ?
Buggee Wesseltoft est moi sommes voisins. On joue dans des groupes ensemble et surtout on échange des idées régulièrement en studio. J'apprécie beaucoup Sidsel Endresen avec qui je joue. C'est une chanteuse merveilleuse. J'aime également Supersilent et Wibutee. Mais bon, je vieillis. Et j'ai surtout une famille ce qui fait que je reste davantage à la maison. J'ai donc moins l'occasion de rester à l'écoute de tous les autres groupes.
Quelles relations entretenez-vous au sein du groupe ?
On est de très bons amis. En dehors des tournées, on reste en contact en s'envoyant des bandes, notamment avec Eivind Aarset, le guitariste.
Comme se présente l'avenir du groupe à court terme ?
On termine ce mois-ci la tournée puis on ne va pas jouer ensemble avant l'été prochain. On va sortir un album pour la fin de l'hiver, début de l'année prochaine.
Propos recueillis par
Alexandre
Duval
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