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Piano Paille Pinhole

Mabel Odessey - Stéphane Sassi

Double CD - 2009
Distribution MOSAÏC MUSIC

Paille ou Papaye ? Ne jetez pas au panier ce piano, découvrez les pulsations d'un monde où l'on accourt, pieds nus, vers des miroitements d'eau, des rhapsodies de lumière, à des rythmes qui rappellent des mystères familiers.

 
P

iano paille pinhole est un moment musical né de la rencontre de Stéphane Sassi, arrangeur-compositeur et pianiste de jazz, avec les performances de la photographe américaine Mabel Odessey : en improvisant au gré de la lumière et des images, il fait vibrer trois pianos dont les palettes sonores ont été modifiées par l'installation d'un millier de pailles qui font résonner les cordes d'une façon plus mate, plus primitive, évoquant la nature et le voyage.

Son double album tient à des techniques particulières de jeu, des réglages spécifiques d'accordage, et la superposition de plusieurs pistes enregistrées en solo, arrangées avec piano non préparé, mais aussi clarinette basse et flûte du Mali, jouées par Yves Hafner, inventeur d'instruments inédits comme le cuivrython. Il en ressort des scènes où les mélodies, comme des voix, font entrevoir un monde plus simple, plus libre, plus heureux, avec des rythmes pleins d'espace, des silences où le son prend son inspiration, tandis que le temps court joyeusement comme un bel animal, avant les répétitions paisibles de l'éternité.

Quelques balles de ping-pong fusant aléatoirement sur les cordes, nous saisissent par l'étonnante musicalité de leurs rebonds tandis que s'affolent des images où semble planer encore un écho de Ravel. Une fête pluviale s'empare de morceaux contemplatifs qui nous acheminent vers les palpitations obscures de la transe, du rituel et de la danse. Bâtons de pluie et cascades libèrent, dans notre imaginaire, des coras, balafons, percussions d'Afrique, steeldrums des Caraïbes, carillons des beffrois nordiques, et cloches de chapelles faisant défiler les heures à une étrange profondeur.

L'arbre qui a donné son bois au piano fait entendre des chants d'avant l'orage, d'après la guerre, des secrets inquiétants, nocturnes, mélancoliques, où quelque chose de Satie, Debussy, Miles, Monk, Keith Jarrett jouant "Dark Intervalls" reste pris ; mais la lumière surtout, pleine de visions légères, joyeuses, prend des accents latins, jazzy, boogie, et des couleurs ethniques comme dans "Burundi" de Portal, ou "Shamanimal" de Malherbe et Ehrlich, qui confirment un artiste ouvert, créatif, plein d'amour et d'humour, au talent sûr.

 

Hélène Costa

 

 

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