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Jeunes producteurs (respectivement 29 et 24 ans),
Tarik'n'Djamel, les deux frangins rennais, ont vu leur dernière
production (Wanted Punk) sélectionnée par Sony pour son projet
on-line destiné à présenter « le meilleur de la musique électronique
urbaine à travers l’Europe ». Un projet lié à sa nouvelle console
portable PSP.
Nous les avons rencontrés lors de la soirée inaugurale française
coorganisée par Tekaway Concept et Twice As Nice au Trabendo le 12
novembre dernier. |
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Comment deux frères décident-ils de se lancer dans la musique ensemble
?
Tarik
- En fait, on écoute de la musique tous les deux depuis tout jeune.
Comme beaucoup d'autres. Mais la révélation a commencé avec la
découverte de la Drum'n'Bass. C'était en 1997, j'avais 20-21 ans, j'ai
eu l'occasion de découvrir le live de Roni Size. Je ne connaissais pas
du tout ce son là, pas plus que l'électro en générale. Voir Roni
Size avec tous les autres artistes se démener devant leur machine et
les deux MC, m'a mit une claque.
Djamel
- Moi, j'avais déjà un ami qui mixait à l'époque - plutôt de la techno -
en 1996. On avait acheté quelques vinyles de jungle, mais je n'avais pas
encore bien différencié les deux sons. Comme Tarik, c'est le live de
Roni Size qui a été le déclencheur.
Vous
écoutiez d'autres sons à l'époque ?
Tarik - J'ai commencé à écouter de l'électro avec les Chemical
puis Roni Size pour la jungle, mais avant j'étais dans tout à
fait autre chose. J'écoutais surtout du rock 60', 70', ou du rock
progressif aussi comme les Pink Floyd.
Et qu'est ce qui vous a amené à jouer ensemble ?
Djamel - Comme on vivait encore chez nos parents, qu'on sortait
dans les mêmes soirées et donc qu'on a découvert ensemble la jungle,
c'est venu naturellement. Je me suis acheté des platines et on a acheté
des vinyles ensemble. C'est venu très naturellement. Comme on est deux
frères on se connait très bien, on connaît nos goûts, ce qui fait qu'on
pouvait monter des sets très rapidement. On a donc joué ensemble, pour
la première fois en 2000. Au début c'était un loisir pour nous deux,
mais finalement on a enchaîné des dates assez rapidement.
Est-ce que chacun d'entre vous à un rôle défini ?
Tarik - Comme on a les mêmes goûts et que finalement, on a la
même vision de la musique, il n'y a pas de rôle particulier propre à
chacun. On partage tout à 50/50. On répète ensemble, on prépare le set
ensemble, on fait la sélection toujours ensemble. Le partage se fait
naturellement et on a chacun le même rôle.
Djamel - Sauf peut-être l'année dernière lorsqu'on on a tourné avec une VJ,
Miss~CHéMAR, Tarik prenait le micro et moi je mixais donc un peu
plus.
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Vous êtes de Rennes. L'aventure de la Drum'n'Bass a débutée là-bas ?
Djamel - Oui. Tout à fait. On a débuté dans les bars et on a
commencé à `s'exporter´ dans toute la Bretagne puis en France.
Parallèlement on a intégré en 2001 un collectif de Rennes, monté
par DJ Flow, qui s'appelle Suburbahn. Un crew connu nationalement.
Vous jouez ce soir au Trabendo dans le cadre de la PURE URBAN, parce que
vous avez été sélectionné en temps que producteurs. Comment êtes vous
arrivé à la production ?
Tarik - On a commencé il y a deux - trois ans à bidouiller les
logiciels de sons, comme beaucoup de DJ en fait. C'est une démarche
logique pour beaucoup d'entre nous, parce qu'à un moment on fini par
avoir l'envie d'avoir notre propre son. Pas forcément pour ne jouer
qu'avec notre propre production, mais plutôt pour pouvoir s'exprimer un
peu plus au-delà des influences qu'on peut avoir et trouver un
équilibre.
Vous avez sortit un maxi ?
Tarik - Non pas encore. On a un morceau, Wanted Punk qui à été
donc pris pour un jeu de la PSP, sinon on a un autre qui doit
sortir prochainement sur une compil'… On l'a réalisé en collaboration
avec Moy, un pote producteur, qui ne fait pas trop de scène, mais qui a
un très bon niveau en production. Il est également de Rennes et devrait
faire parler de lui prochainement !
Djamel - C'est un morceau réalisé pour une compil' mixée qui
s'appelle Metropologix du label X-RAY Productions - un label du
nord de la France. C'est une démarche assez originale par rapport à ce
qui se fait habituellement dans la Drum'n'Bass. Il a sélectionné pas mal
d'artistes français, pas forcément signés - une démarche que je trouve
sympathique. Mais elle comprend aussi des artistes portoricains, anglais, russes,
estoniens… Elle devrait sortir en décembre 2005.
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J'ai lu quelque part, qu'on avait l'impression qu'il y a plus de producteurs
de Drum'n'Bass en province qu'à Paris. Quel
est votre sentiment là-dessus ?
Djamel - Pas forcément. Mais c'est vrai que depuis deux-trois ans,
il y a plusieurs producteurs qui sont sorti du lot. Il y a,donc
DJ Flow, à Rennes . Mais aussi d'autres comme Redeyes ou Le Lutin sur
Toulouse.
Tarik - Je n'ai pas vraiment cette impression. Il y a, également,
aussi des
producteurs parisiens comme Volta, FX909,
Mister Activ, et beaucoup d'autres encore… Je crois que c'est
relativement équilibré, ce qui est plutôt sain. Il y a, finalement, de plus en
plus de producteurs, aussi bien à Paris qu'ailleurs ; ce qui est un bon moyen de faire reconnaître la
Drum'n'Bass sur la scène française.
Djamel - Et que cette scène soit également reconnu à
l'international.
A propos de reconnaissance, comment percevez vous l'évolution de la
Drum'n'Bass en France depuis vos débuts ?
Tarik - Plutôt bien ! Parce qu'il y a de plus en plus de
grosses soirées, de DJ, d'associations et de labels qui se montent. Mais
c'est vrai que, comme tous les DJ pourrons le dire, la Drum'n'Bass,
souffre en France d'une sous médiatisation. Il y a beaucoup de médias
qui l'ignorent et la mette un peu au banc des musiques électroniques
depuis plusieurs années. C'est un peu surprenant, dans la mesure où à
ses débuts, nombre d'entre eux ont soutenue la scène Drum'n'Bass. Mais,
à ce moment là, elle été un peu rangée dans une catégorie qu'on pourrait
appeler musique
électronique expérimentale. Quelque part entre Techno et Trip Hop.
Par la suite, un public, issu
des free party, c'est mis à écouter de la Jungle. Ce qui fait que les
médias et une partie du public l'ont un peu mise dans le même sac que la
Hardtek et le Hardcore… Alors que la Drum'n'Bass a une
culture et une histoire différente et propre à elle. C'est paradoxale : il y a
de plus en plus de public, de soirées, d'associations organisatrices et
du coup, le mouvement prend de l'ampleur et la scène Drum'n'Bass
française commence à se faire connaitre à l'étranger... Et pourtant l'image
qu'elle a auprès des médias reste bien en deçà de ce qu'elle pourrait
espérer.
Vous pensez qu'une opération comme celle qu'organise Sony pour sa PSP,
autour de la Drum'n'Bass peut changer quelque chose à cet état de fait ?
Tarik - Plus de publicité et de communication autour de la
Drum'n'Bass ne peut pas faire de mal, c'est certain.
Djamel - On ne peut pas encore savoir ce qu'un tel évènement peut
avoir comme répercussions. Mais ce qui est sûr, c'est que la Drum'n'Bass
a besoin d'opérations médiatiques comme celle-ci ou comme d'autres.
Elles doivent pouvoir permettre d'élargir son public mais aussi d'ouvrir la scène jungle, à d'autres sons et d'autres influences.
A propos d'ouverture, vous pensez que la d'n'b, depuis sa création il y
a près de 15 ans maintenant, s'ouvre vers d'autres univers, d'une part
et d'autre part, que d'autres styles musicaux peuvent aujourd'hui s'en
inspirer ?
Djamel - Il ya bien sûr beaucoup de styles et d'orientations très
différentes aujourd'hui dans la jungle. Parce qu'il y a une qualité
de production qui n'a plus rien à envier avec celle du milieu Hip-hop ou
de la Techno. Les styles ont effectivement beaucoup évolué avec le
temps. Il y a eu le son Liquid Funk, le courant Soul Full - grâce à
Fabio au départ avec des labels comme Hospital… Ce qui fait qu'il
y en a pour tous les goûts.
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Peut-être y a-t'il moins de main mise de la part des producteurs anglais
?
Tarik - Non, je crois que la main mise reste toujours aussi
importante, mais il y a de plus en plus de producteurs qui ont tiré
leurs épingles du jeu et qui ne sont plus anglo-anglais, si on peut
dire. Il y a par exemple Pendulum, australiens ou Marky, brésilien, mais
qui gardent néanmoins toujours un lien étroit avec la scène anglaise. Ce qui n'est
pas un souci en soi. Le Hip-hop vient des Etats-Unis et ont ne pourra
jamais lui enlever cela, même si le mouvement s'est diversifié…
Djamel - De même que le Reggae vient de Jamaïque - toute la
philosophie de ce mouvement vient de là-bas - pour autant la scène est
aujourd'hui mondiale et il y a du Reggae un peu partout…
Bon exemple le Reggae. De la rencontre de ce son avec l'électro est
né la Dub. Est-ce que vous pensez que la `philosophie´ Break beat peut
s'exporter et influencer d'autres styles musicaux ?
Tarik - Oui, on le voit déjà nettement en Angleterre, dans des
sons on va dire `de la rue´ comme le Two Step, le Grime, le
School
Break. Il y a dans ces courants, beaucoup de gens qui viennent - ou qui
ont écouté - de la Drum'n'Bass. Ils se sont inspirés de tout ce qui
est infrabasse comme de la manière de construire des beats etc… Sinon
il y a aussi des artistes qui utilisent
des boucles ou des séquences Drum'n'Bass dans leur musique, notamment
dans le Jazz, comme avec Erik Truffaz,
Sayag Jazz Machine ou
Laurent de
Wilde.
Djamel - La scène Dub ou la scène Free qui a de plus en plus
fréquemment des projets qui s'orientent vers la fusion. On sent bien que
des artistes comme Timbaland ou Neptunes, ont écouté des sons anglais et
donc de la Drum'n'Bass entre autre. Je pense que la Jungle a trouvée son
identifié propre pour marquer l'histoire de la musique et ainsi
influencer d'autres styles musicaux.
Tarik - Maintenant, de là à dire que le public va s'apercevoir et
comprendre que derrière Miss Eliott ou get ur freak on, par exemple, il
y a un beat jungle il y a une marge. Je ne le crois pas. C'est ce qui
est un peu dommage.
Djamel - Comme dans tous les clips ou les jingles qu'on peut
entendre à la télévision ou à la radio… Propos
recueillis par Patrick
Herrmann
Photos Elo B -
exceptée la première (P. Herrmann)
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