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City Focus : Madrid - Tolède - RED MADRID, No Pasaran, Ramon Serrano, Movida, Atocha, etc.

Diaporama Madrid-Tolède par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais Diaporama Madrid-Tolède par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais Diaporama Madrid-Tolède par Gérard-Alexandre Sanchez-Allais

RED MADRID

No Pasaran
Madrid allait tenir, à partir de ce mois de novembre 1936. Tolède, de juillet à septembre 1936, avait tenu. Mais la partie n'avait pas été nulle. Les Franquistes, arrêtés à Madrid par une coalition républicaine improbable, avaient résisté à Tolède. Tolède, c'est l'Alcazar, ce bâtiment à partir duquel les nationalistes espagnols ralliés à Franco avaient repoussé tous les assauts républicains. La Guerre d'Espagne pour les uns, la Guerre Civile pour les Espagnols, avait commencé, avec les soulèvements de diverses garnisons n'acceptant pas la République espagnole.
On imagine les troupes de la Républiques espagnole, loyalistes, hétéroclites, bigarrées, et désordonnées, quasiment des amateurs, qui montent à l'assaut, et face à elles, les légions franquistes, composées de professionnels de la guerre, formés par les campagnes marocaines de l'Espagne.
On imagine ces troupes républicaines, et on en revoit le cortège interminable, en déroute, un an plus tard, qui passe la frontière des Pyrénées, avec femmes et enfants (450 000 personnes, en mars 1939), prélude à celui des troupes franco-anglaises et des populations civiles, dans toute l'Europe. Ces réfugiés dérangeront une France inquiète et abattue. Pour rejoindre les restes d'un Front Populaire, subjugué par cette victoire diplomatique à la Pyrrhus (les accords de Munich), obtenue sur le Reich nazi, qui déploie déjà ses hydres, du Sud au Nord, de l'Est à l'Ouest. Un Front écrasé par l'immobilisme, le renoncement. Comme Guernica le fût le 26 avril 1937 par les bombes lancées par la Légion Condor, ses Henkel et ses Junker, ce fer de lance des armées hitlériennes, qui trouvaient là un terrain d'entraînement, militaire et diplomatique. Militaire, car la démonstration fût réalisée, du caractère décisif de l'arme aérienne employée en unités autonomes tactiques; diplomatique, car la réaction du camp démocratique annonçait Munich. Ce qui aurait dû être le front du refus demeura le front baissé.
Alors, quand vous entrez dans le Musée de le Reine Sofia, la dimension mythique d'un tableau, le " Guernica " de Picasso, se double d'une dimension historique, politique et humaine, et vous accompagne; car vous pouvez voir, rétrospectivement, ce que fût, la fin d'une civilisation, et d'une humanité. Ici, le premier témoignage, immense, de l'horreur et de la violence, et du déchaînement haineux que le monde entier allait subir. Ce jour-là, le " Guernica " est assailli par des pré-adolescents, déjà post-pubères, dans leur accoutrement, savant mélange de baggys techno ou de copies conformes, à échelle réduite, d'une Lorie qui continuerait son show pendant les commentaires d'un guide espagnol désabusé, qui ne connaît probablement pas la Désabusion de Nino (Ferrer).
Il y a donc cet incontournable, ce monument, qu'il faut (enfin) voir, ou revoir, lorsqu'on visite Madrid.

Ramon Serrano
Si aujourd'hui Barcelone, et d'une autre manière Ibiza, projettent l'image d'une Espagne dynamique, branchée, artistique et techno, Madrid a été et reste une capitale, par sa capacité d'impulsion ou par les symboles qu'elle porte, de la royauté, à la maturation et au combat démocratique, ou encore au passage aux mouvements et secousses d'un monde contemporain tourné vers l'avenir.
Madrid, royauté et prestige d'une Espagne qui ouvrit ou défît le continent américain, dont la place centrale (Plaza Major) est un des reflets, avec l'omniprésence du jambon, plaisante introduction à cette passion espagnole pour le Serrano. Passion consacrée par ce chef d'œuvre baroque de Bigas Lunas, " Jamon, jamon ", avec la jeune Penelope Cruz, dans un de ces premiers rôles. L'homérique ou titanesque combat, à coups de jambons, entre les deux bellâtres hispaniques, clôt le film, et la victoire du moins macho est peut-être le symbole d'une nouvelle Espagne.

Movida
Au hasard des grands axes, vous apercevez une concentration policière importante, tranchant avec la légèreté de ce printemps au climat doux, et ensoleillé. Les "Cortes" : c'est ici que les nostalgiques du Franquisme lancèrent leurs assauts sur le Parlement Espagnol. Je me souviens des images à la télévision, de ce commandant coiffé d'un tricorne, perdu et ridicule, tentant de faire tomber la démocratie. Le roi et la démocratie tinrent bon, l'Espagne entra dans la Communauté Economique Européenne, commençant une mutation incroyable.
Pour le Français lambda, digne successeur du Français moyen, cette mutation, globale, économique, politique, sociale, artistique, prenait le visage de vacances répétées en Espagne sur la Costa Brava, dénaturée, et dilapidée.
Tout à coup surgirent ses talons aiguilles et ses crises de nerf. La Movida d'Almodovar, l'Almodovar de la Movida, c'est ici, à Madrid. Dans cette ex-capitale du conservatisme, la furieuse énergie d'un magicien visuel, roi de la dynamique des couleurs et portraitiste des passions humaines, et celle de ses égéries lançaient au monde entier ce message prometteur et émancipateur : Movida !

Spain is back.
Les traces de la Movida sont dissipées, 20 années et plus se sont écoulées, et le cinéma espagnol, sur le chemin défriché par le génial créateur madrilène, enrichit le continent par son inventivité.

Atocha
En longeant les avenues, le métro, vous cherchez la gare pour prendre le train pour Tolède. Vous vous arrêtez, et pénétrez dans un bar local, pour y manger des oreilles de porc à la sauce pimentée. A quelques dizaines de mètres, vous apercevez la gare d'Atocha. L'attentat du 11 mars 2004, qui tua des dizaines de Madrilènes, est devenu l'une des pierres angulaires de cette mémoire du futur, constituée à travers les deux dernières décennies.

Caffé
Les tapas, le jambon, le chocolat et les petits gâteaux pour accompagner le café... C'est par l'Espagne que le café et le chocolat sont arrivés en Europe. L'aristocratie espagnole l'introduisît définitivement dans l'art de vivre européen, et désormais, qui imaginerait vivre sans chocolat et sans café ? Il est étrange pour le visiteur du Nord d'observer ces cadres, au look italien, prendre un café entre 10h00 et 11h00, sans stress apparent. Pourtant Madrid est une fausse endormie, une fausse nonchalante, car c'est encore un quart du PIB espagnol... autant que l'Ile-de-France dans le PIB français.

Kazakhstan Alcazar
Quand le train vous mène à Tolède, vous ressentez déjà le soleil écrasant, la plaine asséchée. Et vous entendez parler russe autour de vous. Du Kazakhstan, si lointain, ils sont arrivés là, à Tolède, et sont contents d'échanger quelques mots en anglais, avec un touriste vaguement français. Vous traversez le Tage, et entrez dans la citadelle. Très vite, les lieux vous semblent familiers, très vite, vous arrivez sur la place Zocodover, à la cathédrale, à l'Alcazar, et au Palais de l'Archevêque.
Les touristes ne sont pas encore très nombreux : quelques cars, tout au plus. Ils serpentent au gré des petites ruelles tortueuses, qui mènent vers les lieux centraux, qui longent les remparts, ou débouchent sur les portes de sortie de la ville.
Comme dans toute l'Espagne, l'ancienne présence mauresque est perceptible, dans les mots, les noms, et l'architecture.
La ville abritait le pouvoir royal, et celui de l'Eglise, autant dire tous les pouvoirs. Ce n'est qu'en 1561 que le Roi d'Espagne quitta la ville pour s'établir à Madrid. Tolède était donc (une) capitale.
L'Alcazar (école militaire) fût détruit pendant le siège des Républicains espagnols, celui que l'on voit aujourd'hui est le fruit d'une restauration, uniquement architecturale. Sur certaines façades, on peut croire voir les traces à peine perceptibles de quelques balles. Rien ne semble vraiment évoquer le siège de Tolède. Il suffit de savoir. Peut-être, dans la longue vie de cette cité fortifiée, fondée par les Romains, n'était-ce qu'un siège parmi d'autres.
Désormais, la ville possède le charme et le calme de ces cités médiévales, que l'on a conservées, et fait évoluer au cours des siècles, en respectant une harmonie avec le paysage environnant, comme à Sienne. La flânerie pouvait faire partie de l'art de vivre, et la conversation, autour d'un café, de quelques tapas, agrémente encore le quotidien des habitants. Le temps ne s'est pas arrêté à Tolède. On y respire juste le temps de vivre.

Gérard-Alexandre Sanchez-Allais, 
Ibrido Paneuropeo


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