Tallinn, la capitale de
l'Estonie, nouveau membre de l'Union Européenne, regroupe le tiers
de la population estonienne. Elle est remarquable par sa richesse
culturelle et son incroyable vitalité Depuis plusieurs années, elle
a adopté le Wi-Fi (liaison internet sans fil), ainsi que les
paiements quotidiens via téléphones portables. Rappelons-nous que le
logiciel Skype (téléphonie gratuite via Internet) doté de capitaux
suèdois, a été développé par des développeurs estoniens, et racheté
par eBay.

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Une capitale dans une autre Europe
Nos cours d'histoire méritent bien quelques voyages, qui en
complètent aisément les travers idéologiques ou les lacunes
méthodologiques, à travers l'espace et les méandres des luttes
d'influence entre les Empires.
Il y a 20 ans, Tallinn m'était inconnue, de nom et de situation
géographique. Quelques souvenirs, lacunaires, parsemaient encore mon
esprit de personnages lettons, ou lithuaniens, ou baltes, dans des
romans, ou encore des récits historiques. De personnages estoniens,
rien. De Tallinn, encore moins. Première trace en 1991, à la Garde-Freynet
(Var), un nom mystérieux, l'Estonie. Voilà, Tallinn en est la
capitale. Autre trace, la longue chaîne humaine, de 1 million
d'habitants des pays baltes, quand l'URSS se fissure. Manière
pacifique et symbolique de réclamer l'indépendance, et la
fraternité, même relative de ces peuples baltes.
Le plus nordique, le plus scandinave et le plus finnois des états
baltes, se trouvent au Nord de la Lettonie, sur les côtes de la mer
baltique. On y parle l'estonien, langue finno-ougrienne, d'un peuple
chantant capable de créer une chorale de 30000 personnes, ou de
réunir 500 000 Estoniens chantant les chants et hymnes estoniens ans
les rues de Tallinn (400 000 habitants) à une période critique de
l'histoire estonienne, l'indépendance retrouvée.
Une histoire controversée encore aujourd'hui
C'est une autre histoire de l'Europe, sujette à bien des
controverses, qui est contée à Tallinn. Ici, les Soviétiques étaient
persona non grata. Quant aux Russes encore présents dans le pays, 25
% de la population, ils préfèrent rester, même si leurs conditions
de vie ne sont pas simples. Ils sont arrivés là dans les bagages de
l'armée soviétique, ou de l'administration, des enfants sont nés.
Sur les rivages de la Mer Baltique, bien loin de Moscou ou de la
Sibérie, mais si proches de Saint-Petersbourg ou de Kaliningrad
(ex-Königsberg).
Prises entre deux feux, des troupes estoniennes combattirent aux
côtés de l'ex-envahisseur nazi pour chasser ou repousser l'ancien
occupant, les armées soviétiques. Cela sembla suffisant pour
déporter 30% de la population estonienne en Sibérie. Au même titre,
d'ailleurs, que d'autres populations de l'ex-URSS. Quelques années
après la fin de la guerre, ces groupes, qui combattirent troupes
nazies et armée soviétique, continuaient la guérilla, dans les
forêts estoniennes. On les appelaient les Frères de la Forêt.
Aujourd'hui, les relations avec la Russie demeurent tendues. Elles
sont le legs d'une histoire contrariée, quand les Russes occupèrent
Tallinn en 1710.
Un retour aux sources finno-scandinaves
La ville a connu de nombreux changements, et son orientation face à
la mer, à quelques brassées d'Helsinki, lui a redonné son
orientation économique et culturelle d'élection, vers la
Scandinavie, et plus particulièrement la Finlande. Elle retrouve ses
origines commerçantes, comme ancien membre de la Ligue Hanséatique,
dont firent partie des villes comme Hambourg, Lübeck, Cracovie,
Brême, Danzig, Kaliningrad ou Stockholm. Les élites locales
apprenaient le français.
Désormais, le centre ville de Tallinn, classé patrimoine mondial de
l'humanité par l'Unesco, est un mélange entre plusieurs styles,
médiéval scandinave aux yeux de certains, et contemporain, avec
évidemment des restes de l'époque soviétique, et de celle des Tsars.
Tallinn Plage : plus vrai que Paris Plage
Prenons tout d'abord le front de mer. En août, il est la destination
des habitants de Tallinn, au moins pendant le week-end. On y accède
facilement, en passant par des rues larges, arborées, et aussi assez
accidentées. La décontraction est comparable à celle de toutes les
villes balnéaires. On goûte là un air de vacances en pleine
métropole. Pour l'instant, les plages ne sont pas encore très
touristiques, ni même exploitées correctement. On reste près d'un
port, et l'eau n'est pas aussi chaude qu'en Méditerranée. Au détour
d'une conversation, il est même possible d'entendre, de manière
surprenante, une Marseillaise, en version originale, en français, et
complète, refrain, et couplets, chantée par des étudiantes russes.
Oui, ici, on se rappelle aussi que la Marseillaise est aussi un
chant révolutionnaire.
Ces plages, ont un charme spontané. Il est facile de lier
conversation. Même sans parler l'estonien. Car les Estoniens sont
très polyglottes, ils affichent sur leur CV en moyenne en 3 et 6
langues étrangères. Le russe, qui était obligatoire, l'anglais,
c'est normal, le finnois (qui serait pour nous le québécois, ou le
belge). Auquel on rajoute souvent le français (ou une autre langue
latine), le suèdois, et l'allemand.
La langue estonienne : une terra incognita
L'Estonien est une langue très agréable à écouter, mais son
apprentissage demeure ardu : les germanistes ou les latinistes se
rappellent des différents cas (datif, génitif, accusatif etc...). La
langue estonienne en possède 42, et les manuels en français sont
très rares (l'INALCO propose des cours). Le plus simple est de
dénicher des manuels d'estonien en anglais, en allemand...ou en
russe. Une des librairies du centre, près d'un marché aux fleurs est
bien achalandée en la matière. Même les Russes natifs d'Estonie ont
des difficultés très importantes, à moins d'avoir fréquenté les
écoles où l'estonien était obligatoire. Et comme presque tous les
Estoniens parlent le russe...
De Videviku à Raekoja Plats
Un premier contact avec la Vieille Ville s'impose dès l'arrivée de
l'aéroport vers 23 heures. Commençons par Videviku. Videviku est une
rue non touristique, à 20 minutes du centre, à pied. Les maisons en
bois, et les vieilles bâtisses, y sont très authentiques, dotées
d'une véritable patine du temps : façades en bois marron-gris,
façades ocre jaune, partant en lambeau, mangées par le lierre
grimpant, rues mal alignées et défoncées, jardinets sauvages, à la
flore luxuriante, balançoires, et quelques automobiles. De Videviku,
pour aller dans le centre ville, il faut passer les rails du chemin
de fer, et ensuite les Archives Nationales, puis un premier
monument, assez austère, 2 colonnes, érigées pour les deux dates de
l'indépendance estonienne, en 1918, la première indépendance, et
1991, la seconde indépendance. En logeant une grande avenue, nous
rejoignons la place centrale de Tallinn, la Raekoja Plats, Place de
l'Hôtel de Ville. Celui-ci est pourvu d'une tour très élancée,
majestueuse, lui conférant une élégance toute particulière.
Les terrasses sur cette place, et dans les rues adjacentes, sont
fort nombreuses, et on peut y boire une bière locale, au nom
français, car un Français a fondé la brasserie.
Les pavés de la place sont d'une belle pierre claire, ainsi que la
plupart des bâtiments qui l'entourent.
A quelques dizaines de mètres, on rejoindra la colline de Toompea,
qui est à l'origine de la ville. Les premiers habitants s'étaient
installés sur ses hauteurs, et construisirent des fortifications.
Désormais, il reste des tours, comme celle dénommée Kiek-in-de-Kök,
massive et imposante, qui nous plonge réellement dans une ambiance
médiévale. On visitera aussi l'église russe locale et grandiose, et
en dehors du centre Kadriorg, la résidence d'été des Tsars, de style
baroque, conçue par un architecte italien. A la même époque, ses
confrères italiens et français oeuvraient à Saint-Petersbourg.
Comme dans la plupart des villes médiévales mi-conservées,
mi-restaurées, l'atmosphère du centre est empreinte d'un rythme
différent, mélange paradoxale de décontraction et de solennité. Les
sons résonnent grâce aux murs de pierre et aux pavés, aussi tout y
est plus net, plus vibrant. Enfin, une quasi-absence de véhicules
motorisés, permet un relâchement, une détente réelle et bienvenue,
car il y a moins de bruits assourdissants. Les restaurants, les
magasins, les échoppes, serait-on tenté de dire, et les enseignes
des commerces, ont su se fondre avec harmonie dans le décor.
Shopping chez Kristina, entre harengs et cornichons
La visite d'un centre commercial (Kristina) s'impose pour mesurer le
rattrapage en cours, et l'évolution rapide du pays vers nos
standards de consommation. Comme si à travers l'Europe, l'étalon
ultime de toute valeur devenait le panier moyen des panels des
instituts d'études et de conseil marketing. Avec quelques
différences locales. Dans le supermarché, le nombre de différentes
variétés de pains est impressionnant, sans doute que celui des
variétés de fromages français. Décidément, quelle inventivité en la
matière. Un autre rayon surprend, même si l'on peut si attendre,
celui des poissons en libre service, qui est beaucoup plus important
que celui d'un supermarché comparable en France, une bonne vingtaine
de mètres, et des seaux de harengs marinés. Ou de sprats. On repère
aussi un large choix de conserves de grands cornichons, qui
accompagnent très bien les harengs. Harengs et cornichons : matin,
midi et soir, c'est très bon, avec du pain noir local, et même si la
base reste toujours la même, les variantes sont nombreuses.
Un charme bucolique intense
Entre la présence de nombreux parcs, ses petites collines, et le
front de mer, la nature imprègne la ville, et l'irrigue, lui
conférant son charme caractéristique, empreint de douceur de vivre,
et d'une belle lumière. En août, les rayons du soleil sont presque à
l'horizontale, du lever au coucher, alors tout prend un autre
relief, et une autre couleur, tout a plus d'intensité..
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