> > Open Yür Mind > @xé libre


Commenter, partager, conserver... :        Commenter     Flux RSS Envoyer Imprimer     Réduire le texte   Agrandir le texte     Partager sur Facebook   Partager sur MySpace !      

Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot Diaporama Visages de Roumanie par Francois-Xavier Prévot

La Roumanie ? Pas vraiment le dépaysement en terme de paysages qui ressemblent souvent, au nord par exemple, à nos Alpes, et, au centre, à nos grandes plaines plates et cultivées de la " France profonde ".
Mais dépaysement garanti pour la grande variété des races et des cultures, suivant que je me trouvais en Bucovine (Moldavie roumaine), complètement au nord, à 5 km de la frontière avec l'Ukraine, ou plus près de Bucarest, vers les Carpates et les Vallées de Munténie.
Sur le plan photographique, ce qui était intéressant, c'est justement cette variété de peuples, de visages, d'origines : la Roumanie est le seul pays de l'est qui soit Latin (leur langue ressemble beaucoup à l'italien et beaucoup de roumains, surtout parmi les plus âgés, parlent le français), mais on rencontre aussi bien énormément de tziganes (les " roms ", qui sont plus de 2 millions en Roumanie), que de " Houtsouls " (peuple slave des montagnes du nord, originaires le Galicie, dans le sud de la Pologne), de slaves (Ukrainiens, Serbes, Bulgares), des prêtres ou nones orthodoxes dans les monastères " à fresques extérieures " du XVI° siècle, des Russes, des Hongrois (descendants des Huns), etc.

 
La Roumanie va, paraît-il, entrer dans la Communauté Européenne en janvier 2008 et je me demande bien ce que cette nouvelle entrée va donner…
La Roumanie est un pays extrêmement pauvre, plus de la moitié des roumains sont agriculteurs ou cultivateurs, et on compte au moins 2 millions de Tziganes (les " roms ") sur une population totale de 20 millions. Opprimés pendant très longtemps en Roumanie en raison de leur statut de " minorité ", aujourd'hui, beaucoup de Tziganes que j'ai photographiés essaient, dans le meilleur des cas, de survivre en fabriquant des alambics en cuivre, pour la distillation (souvent même pour la double distillation…) de la " tsuica ", un alcool blanc, extrêmement fort, fait à partir de marc de raisin, de prune ou de poire.
Une constante dans toutes ces rencontres : tous les roumains à qui j'ai parlé portent encore, profondément ancrés en eux, les stigmates et les traumatismes du communisme depuis la deuxième guerre mondiale et de la dictature de Ceausescu, jugé et exécuté publiquement en 1989.
Un exemple, parmi des dizaines (centaines ?) de milliers d'autres : dans les montagnes du nord de la Roumanie, en Bucovine-Moldavie roumaine, près de l'Ukraine, des familles entières de montagnards, qui habitaient souvent des vallées différentes, ont été séparées pendant plus de cinquante ans, de 1944 à 1989, à cause des nouvelles frontières imposées par le communisme.
Des femmes enceintes à l'époque avec qui j'ai parlé, comme Lenoutsa, Helena et tant d'autres, ne revirent jamais leur mari et durent, par la force des choses, refaire entièrement leur vie et ne surtout pas se plaindre de leur sort, sous peine de torture, emprisonnement ou même exécution.
Quand aux autres, fermiers, agriculteurs ou cultivateurs, le régime communiste leur imposait de tout " partager ", c'est-à-dire, concrètement, de donner à l'Etat une grande partie (souvent la plus grande partie) du fruit de leur travail, de leurs terres et de leurs vaches, chèvres, moutons, etc. Sans compter tous les rationnements en pain, farine, lait, et même en électricité (2 heures d'électricité par jour, de 20 heures à 22 heures), pendant toute cette période.
Certains roumains m'ont même dit que le gouvernement de l'époque revendait par la suite cette " collecte " 5 fois leur prix sur les marchés roumains…
Les roumains sont donc " libres " depuis près de 17 ans (en tout cas officiellement - presque - débarrassés de la dictature et du communisme…), et pourtant, j'ai nettement senti que, bien que continuant d'apprendre à revivre et à enfin pouvoir " respirer " depuis cette révolution, ils ne savaient pas trop quoi faire de cette liberté " nouvelle " (pauvreté oblige ?).
Et voilà qu'on leur dit que, déjà, il va falloir qu'ils se réadaptent encore, individuellement et collectivement, à une nouvelle situation dans un avenir proche : entrer dans la Communauté européenne en 2008.
" L'Europe veut de nous et je me demande bien pourquoi, d'ailleurs, me confie un viticulteur des vallées de Munténie, au Nord de Bucarest. Mais nous, ici, nous ne voulons pas de l'Europe, ça nous fait peur, on n'est pas prêt. On n'arrive même pas à se remettre de près de 50 ans de communisme, et encore moins de toute la corruption qui règne dans le pays. Alors, l'Europe… "
Cette perspective européenne leur fait d'autant plus peur qu'on ne leur a pas demandé, pour l'instant, leur avis sur la question, contrairement à d'autres pays " démocratiques ", comme la France, où le peuple a été consulté ( !).

Je me suis moi aussi demandé sur place, naïf, pourquoi, à part pour la soi-disant et sacro-sainte " diversité culturelle " chère au principe de l'Europe, l'Europe voulait de la Roumanie…
E je crois, peut-être, avoir trouvé quelques éléments de réponses lors de ma traversée solitaire du pays : comme par hasard, il y a beaucoup de richesses minières en Roumanie. Essentiellement du gaz (beaucoup de méthane) et de pétrole.
Et bien sûr aussi, certainement des raisons géopolitiques, en raison de la position géographique privilégiée de la Roumanie au sein des pays de l'Est, et de sa proximité avec la Turquie et donc de l'Orient.

Bref, la Roumanie, comme tant d'autres pays dans le monde, vit une situation économique et politique d'autant plus difficile et préoccupante qu'elle encore en transition. Emprisonnée, même, entre un ancien régime politique et une révolution qui laissent encore des traces visibles, une pauvreté grandissante (il y a des milliers et des milliers de pauvres et de SDF dans les rues de Bucarest et des grandes villes roumaines), un avenir plus qu'incertain, et une corruption épouvantable, classique des périodes post-révolutionnaires : la mafia roumaine (sans compter la mafia russe), et notamment la mafia du bois (il y a énormément de forêts en Roumanie) se partage et dilapide, peu à peu, toutes les forêts du pays : propriétaires terriens, police, gardes forestiers, tout le monde essaie de s'enrichir et de se partager le gâteau, à la faveur de multiples marchés noirs florissants ….

Avant de reprendre mon train à la gare (très mal fréquentée…) de Bucarest, qui me ramenait à l'aéroport, je déambulais, un peu incrédule et hagard, dans les rues des magasins de cette capitale déprimante, perdu entre des monuments gigantesques à l'architecture française et pour la plupart laissés à l'abandon, et des innombrables immeubles gris et tristes laissés par le communisme. Devant les vitrines des magasins " branchés ", je me sentais revenu à la mode vestimentaire en vogue en France…dans les années soixante.
Quoiqu'il en soit et comme à chacun de mes voyages, la Roumanie fut essentiellement un enrichissement en terme de rencontres avec des gens différents, en terme de relations humaines, de donner et de recevoir…
Prendre tous ces portraits roumains est ce qui m'a le plus intéressé et le plus enrichi, et c'est d'ailleurs aussi certainement la chose la plus difficile à réussir en photo : il ne faut pas hésiter à initier le contact, à partir à l'inconnu vers l'autre, même (et surtout…) vers quelqu'un qui ne parle pas la même langue que vous, n'a pas la même histoire, la même race, etc.
La photo est donc dans ce cas-là pour moi un prétexte, un moyen de Crée des Liens…
La Roumanie est mon voyage le plus récent et, après seulement 4 ans de voyages et de photos, mon Cœur est déjà rempli de tant de sourires, de rires, de chansons, de coups à boire et de moment de partages merveilleux avec de nombreux peuples de la Planète (nomades tibétains, paysans népalais, moines shintoïstes japonais, femmes Peuhls ou Dogons au mali, enfants des rues d'Inde, touaregs d'Algérie, etc.), que c'est vraiment ça qui me nourrit et me donne envie de partager le plus possible ces moments rares avec les autres à mon retour, sous forme d'expos photos et de diaporamas-récits de voyages…
François-Xavier Prévot,
Marcheur-Photographe


Voir le diaporama...

Focus Roumanie - Cultures & Identités

Réagir sur le forum

Site : www.fx-images.com

Blog : http://www.wmaker.net/fximageswebzine

 


LES NEWS

PARTENARIAT

IMAGES ALEATOIRES

PUB