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La Roumanie ? Pas vraiment le
dépaysement en terme de paysages qui ressemblent souvent, au nord
par exemple, à nos Alpes, et, au centre, à nos grandes plaines
plates et cultivées de la " France profonde ".
Mais dépaysement garanti pour la grande variété des races et des
cultures, suivant que je me trouvais en Bucovine (Moldavie
roumaine), complètement au nord, à 5 km de la frontière avec
l'Ukraine, ou plus près de Bucarest, vers les Carpates et les
Vallées de Munténie.
Sur le plan photographique, ce qui était intéressant, c'est
justement cette variété de peuples, de visages, d'origines : la
Roumanie est le seul pays de l'est qui soit Latin (leur langue
ressemble beaucoup à l'italien et beaucoup de roumains, surtout
parmi les plus âgés, parlent le français), mais on rencontre aussi
bien énormément de tziganes (les " roms ", qui sont plus de 2
millions en Roumanie), que de " Houtsouls " (peuple slave des
montagnes du nord, originaires le Galicie, dans le sud de la
Pologne), de slaves (Ukrainiens, Serbes, Bulgares), des prêtres ou
nones orthodoxes dans les monastères " à fresques extérieures " du
XVI° siècle, des Russes, des Hongrois (descendants des Huns), etc.
La Roumanie va, paraît-il, entrer dans la Communauté Européenne en
janvier 2008 et je me demande bien ce que cette nouvelle entrée va
donner…
La Roumanie est un pays extrêmement pauvre, plus de la moitié des
roumains sont agriculteurs ou cultivateurs, et on compte au moins 2
millions de Tziganes (les " roms ") sur une population totale de 20
millions. Opprimés pendant très longtemps en Roumanie en raison de
leur statut de " minorité ", aujourd'hui, beaucoup de Tziganes que
j'ai photographiés essaient, dans le meilleur des cas, de survivre
en fabriquant des alambics en cuivre, pour la distillation (souvent
même pour la double distillation…) de la " tsuica ", un alcool
blanc, extrêmement fort, fait à partir de marc de raisin, de prune
ou de poire.
Une constante dans toutes ces rencontres : tous les roumains à qui
j'ai parlé portent encore, profondément ancrés en eux, les stigmates
et les traumatismes du communisme depuis la deuxième guerre mondiale
et de la dictature de Ceausescu, jugé et exécuté publiquement en
1989.
Un exemple, parmi des dizaines (centaines ?) de milliers d'autres :
dans les montagnes du nord de la Roumanie, en Bucovine-Moldavie
roumaine, près de l'Ukraine, des familles entières de montagnards,
qui habitaient souvent des vallées différentes, ont été séparées
pendant plus de cinquante ans, de 1944 à 1989, à cause des nouvelles
frontières imposées par le communisme.
Des femmes enceintes à l'époque avec qui j'ai parlé, comme Lenoutsa,
Helena et tant d'autres, ne revirent jamais leur mari et durent, par
la force des choses, refaire entièrement leur vie et ne surtout pas
se plaindre de leur sort, sous peine de torture, emprisonnement ou
même exécution.
Quand aux autres, fermiers, agriculteurs ou cultivateurs, le régime
communiste leur imposait de tout " partager ", c'est-à-dire,
concrètement, de donner à l'Etat une grande partie (souvent la plus
grande partie) du fruit de leur travail, de leurs terres et de leurs
vaches, chèvres, moutons, etc. Sans compter tous les rationnements
en pain, farine, lait, et même en électricité (2 heures
d'électricité par jour, de 20 heures à 22 heures), pendant toute
cette période.
Certains roumains m'ont même dit que le gouvernement de l'époque
revendait par la suite cette " collecte " 5 fois leur prix sur les
marchés roumains…
Les roumains sont donc " libres " depuis près de 17 ans (en tout cas
officiellement - presque - débarrassés de la dictature et du
communisme…), et pourtant, j'ai nettement senti que, bien que
continuant d'apprendre à revivre et à enfin pouvoir " respirer "
depuis cette révolution, ils ne savaient pas trop quoi faire de
cette liberté " nouvelle " (pauvreté oblige ?).
Et voilà qu'on leur dit que, déjà, il va falloir qu'ils se
réadaptent encore, individuellement et collectivement, à une
nouvelle situation dans un avenir proche : entrer dans la Communauté
européenne en 2008.
" L'Europe veut de nous et je me demande bien pourquoi, d'ailleurs,
me confie un viticulteur des vallées de Munténie, au Nord de
Bucarest. Mais nous, ici, nous ne voulons pas de l'Europe, ça nous
fait peur, on n'est pas prêt. On n'arrive même pas à se remettre de
près de 50 ans de communisme, et encore moins de toute la corruption
qui règne dans le pays. Alors, l'Europe… "
Cette perspective européenne leur fait d'autant plus peur qu'on ne
leur a pas demandé, pour l'instant, leur avis sur la question,
contrairement à d'autres pays " démocratiques ", comme la France, où
le peuple a été consulté ( !).
Je me suis moi aussi demandé sur place, naïf, pourquoi, à part pour
la soi-disant et sacro-sainte " diversité culturelle " chère au
principe de l'Europe, l'Europe voulait de la Roumanie…
E je crois, peut-être, avoir trouvé quelques éléments de réponses
lors de ma traversée solitaire du pays : comme par hasard, il y a
beaucoup de richesses minières en Roumanie. Essentiellement du gaz
(beaucoup de méthane) et de pétrole.
Et bien sûr aussi, certainement des raisons géopolitiques, en raison
de la position géographique privilégiée de la Roumanie au sein des
pays de l'Est, et de sa proximité avec la Turquie et donc de
l'Orient.
Bref, la Roumanie, comme tant d'autres pays dans le monde, vit une
situation économique et politique d'autant plus difficile et
préoccupante qu'elle encore en transition. Emprisonnée, même, entre
un ancien régime politique et une révolution qui laissent encore des
traces visibles, une pauvreté grandissante (il y a des milliers et
des milliers de pauvres et de SDF dans les rues de Bucarest et des
grandes villes roumaines), un avenir plus qu'incertain, et une
corruption épouvantable, classique des périodes
post-révolutionnaires : la mafia roumaine (sans compter la mafia
russe), et notamment la mafia du bois (il y a énormément de forêts
en Roumanie) se partage et dilapide, peu à peu, toutes les forêts du
pays : propriétaires terriens, police, gardes forestiers, tout le
monde essaie de s'enrichir et de se partager le gâteau, à la faveur
de multiples marchés noirs florissants ….
Avant de reprendre mon train à la gare (très mal fréquentée…) de
Bucarest, qui me ramenait à l'aéroport, je déambulais, un peu
incrédule et hagard, dans les rues des magasins de cette capitale
déprimante, perdu entre des monuments gigantesques à l'architecture
française et pour la plupart laissés à l'abandon, et des
innombrables immeubles gris et tristes laissés par le communisme.
Devant les vitrines des magasins " branchés ", je me sentais revenu
à la mode vestimentaire en vogue en France…dans les années soixante.
Quoiqu'il en soit et comme à chacun de mes voyages, la Roumanie fut
essentiellement un enrichissement en terme de rencontres avec des
gens différents, en terme de relations humaines, de donner et de
recevoir…
Prendre tous ces portraits roumains est ce qui m'a le plus intéressé
et le plus enrichi, et c'est d'ailleurs aussi certainement la chose
la plus difficile à réussir en photo : il ne faut pas hésiter à
initier le contact, à partir à l'inconnu vers l'autre, même (et
surtout…) vers quelqu'un qui ne parle pas la même langue que vous,
n'a pas la même histoire, la même race, etc.
La photo est donc dans ce cas-là pour moi un prétexte, un moyen de
Crée des Liens…
La Roumanie est mon voyage le plus récent et, après seulement 4 ans
de voyages et de photos, mon Cœur est déjà rempli de tant de
sourires, de rires, de chansons, de coups à boire et de moment de
partages merveilleux avec de nombreux peuples de la Planète (nomades
tibétains, paysans népalais, moines shintoïstes japonais, femmes
Peuhls ou Dogons au mali, enfants des rues d'Inde, touaregs
d'Algérie, etc.), que c'est vraiment ça qui me nourrit et me donne
envie de partager le plus possible ces moments rares avec les autres
à mon retour, sous forme d'expos photos et de diaporamas-récits de
voyages…
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Focus
Roumanie - Cultures & Identités
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