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Concours photos @xé libre : des villes, des vies
Dans le cadre de ses 10 ans, le magazine @xé libre, en partenariat avec l’association Open Yür Mind , organise un concours photos en vue d'expositions sur le site, dans des salles parisiennes, en région ainsi qu'à l'étranger à partir de février 2006. Le concours comprend deux thématiques distinctes. Il est ouvert à tous photographes amateurs ou professionnels indépendants.
"Au delà ces clichés : des villes, des regards…"
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@xé libre arts plastiques - Traits de beauté et de grâce : entretien avec Vasile BOTNARUs du Centre de Création Contemporaine

Traits de beauté et de grâce 

entretien avec Vasile BOTNARU

Nous nous sommes rencontrés grâce à l'Internet. Un message dans ma boîte électronique m'a emmenée sur son site, www.basa.md/art . Il est journaliste qui dans son temps libre, ses nuits blanches, dessine. Depuis cinq ans. Il ne se veut pas artiste. Il parle de ses dessins en termes d'improvisations ou d'hallucinations. Ce sont des exercices pour extérioriser les sentiments, exorciser la solitude et résister à la vie quotidienne.

Avant de parler de vos dessins, pourriez-vous brièvement décrire à nos lecteurs votre parcours. Vous êtes journaliste moldave qui habite…

... qui habite Chisinau, la capitale de la République de Moldavie. La ville concentre 1 million d'habitants, soit un quart de la population totale, et " monopolise " la politique, les affaires et la vie culturelle du pays. Les étrangers qui arrivent à Chisinau sont impressionnés par... les longues jambes des filles, par le grand nombre de voitures de luxe dans un pays, déclaré officiellement comme le plus pauvre de l'Europe, et par les mendiants qui essaient de provoquer leur pitié avec un talent " hollywoodien ". A Chisinau nous avons des supermarchés où on trouve de tout, mais aussi des marchés où les retraités vendent leurs affaires personnelles pour survivre. Dans ce pays, il n'est pas facile d'être ni artiste, ni reporter. De nombreuses scènes des films d'Emir Kusturica donnent l'impression d'avoir été tournées en Moldavie. Je prétends faire partie de la génération sur laquelle est tombé le mur de Berlin. Certains d'entre nous ont jubilé quand les étendues occidentales se sont ouvertes, d'autres sont restés âme blessée et préfèrent accuser les geôliers qui nous gardent, les yeux fermés. Moi, je suis sauvé grâce aux livres, au métier, aux contacts avec des gens intelligents que j'avais connus à la faculté à Moscou pendant le temps de Brejnev quand les intellectuels ont été en contradiction avec le pouvoir. La propagande affirmait certains dogmes, mais les intellectuels les surpassaient avec ténacité. Je pense que si je n'avais pas mes refuges, je deviendrais un alcoolique ordinaire.

Comment êtes-vous arrivés à l'art ? Racontez-nous vos débuts.

Je ne crois pas que l'expression " arriver à l'art " est exacte dans mon cas. Je suis un dilettante avec certaines aptitudes qui ne sont pas à glorifier. Si je prétendais être un artiste, je devrais me couper une oreille pour m'autosensibiliser. Apres vingt ans de routine journalistique, je ne peux pas avoir la prétention de devenir un artiste. Les dessins sont probablement une sorte d'information sentimentale que j'essaie d'exposer sur papier. Je n'ai pas de débuts précis. Les exercices de graphisme ont dérivé de mes activités de design des journaux et des revues. J'ai même essayé de faire des caricatures, des portraits en charbon, des figures en terre glaise. J'étais (et je crois que je le suis toujours) comme un enfant qui découvre qu'une cosse verte de pois, un pissenlit, un melon en papier peuvent produire des sons presque musicaux.

Vos dessins au trait représentent le plus souvent des silhouettes étirées, en mouvement, en vol, seules ou entrelacées. Parfois vous faites aussi des portraits. Comment les idées vous viennent-elles ?

Je n'ai pas d'idées pour mes dessins. Ce sont des états qui s'accumulent, me terrorisent, m'obsèdent et quand je suis pris au piège d'un bureau éclairé par la lampe, avec du papier d'un côté et mes CD préférés de l'autre, ces états explosent en produisant des images en encre. Je peux même dessiner dans un hôtel, quand il m'arrive de partir du pays et de me séparer des êtres chers, des femmes. En ce qui concerne la musique, Brégovic, Spheeres, Evora ... cette musique je l'ai dans ma tête et je peux toujours la reproduire. 

La musique est, donc, une complice ?

Je suis dominé par la musique classique. Mon adolescence était inspirée par les chansons de Beatles et de Visotzki. Mais c'est le jazz que je préfère depuis toujours, car rien n'est comparable à la sensation de vol qu'offrent l'improvisation et la jonction dans le cadre d'un motif de jazz.

Vos dessins sont marqués aussi par une finesse extrême des traits, par une certaine légèreté. On dirait qu'elles sont faites d'un seul trait. Quelle est votre technique ?

J'ai essayé, comme les médecins, de m'observer moi-même. Au diable! je n'arrive pas à comprendre comment les impulsions, générées par le cerveau, se transforment en contours sur le papier. Mais - et j'ai vérifié cela cent fois - chaque essai de revenir vers le dessin par une touche, d'en faire une reconstitution en état " conscient " finit par échouer. Il gâche le dessin, le dénature. Vous avez raison, les dessins apparaissent d'un seul mouvement et si cela ne me réussit pas, le papier va immédiatement à la poubelle. C'est, pour ainsi dire, la première sélection. La deuxième, je la fais le matin, quand je ramasse les papiers du plancher. Parfois, mes filles, qui sont près de moi, ont peur en entendant le bruit du papier froissé sans pitié. Il m'arrive aussi qu'après des années certains dessins me déplaisent. Mais la majorité, plus de cinq cent, sont devenus mon univers à moi, des constellations parmi lesquelles je vis et dont je me sépare avec difficulté pour les offrir comme cadeaux ou bien pour les vendre.

Avez-vous des inspirations artistiques ou intellectuelles ? Vos œuvres me font penser à l'art calligraphique. Il y a aussi peut-être une réflexion sur le signe.

Pour répondre à cette question, il faut que je me prétende philosophe et m'aventure à participer à la polémique ingrate sur le parti pris de l'effort dans l'acte de création. Je dirais seulement que j'aurais aimé être né dans un monde de hiéroglyphes, égyptiens ou nippons, qui possèdent pour moi une magie impénétrable. A propos, une compagnie espagnole d'électricité va lancer un disque de musique reconstituée grâce aux ancienes peintures, partitions et autres vestiges archéologiques, découverts dans les pyramides égyptiennes. Il me semble que c'est un projet fantastique. En ce qui concerne le rapport de mes dessins au signe, des programmateurs qui s'occupent d'interfaces pour ordinateurs m'ont proposé une collaboration pour élaborer des pictogrammes. Ils pensent que je pourrais offrir des solutions ingénieuses. C'est possible...

Pourquoi dessinez-vous ? L'art, que vous apporte-t-il dans la vie ? Un rêve ?

Pourquoi je dessine. Je crois avoir répondu en partie à cette question. Mais... pourquoi je ne dessinerais pas? Pourquoi je ne resterais pas avec les yeux ouverts? Pourquoi je ne laisserais pas mon cœur battre?

Propos recueillis par Dessislava YOUGOVA
Paris, mars 2002

Vasile BOTNARU (Basil pour ses amis) est né le 12 janvier 1957. Après des études à la Faculté de journalisme de l'Universite " Lomonossov " à Moscou, il travaille comme photojournaliste, secrétaire de rédaction, commentateur politique et professionnel de l'info. Il participe, il y a dix ans, à la fondation de l'Agence BASA Press. Actuellement, Vasile Botnaru est correspondent pour Associated Press et Free Europe, dans la rédaction de langue russe, en Moldavie.

 

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