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Au premier abord, tout nous montre franchement le rebroussement du texte par la mise en scène. Rien ne semble linéaire, alors que tout se frotte, proche de l'indifférence même des parents qui ne savent pas que ce soir-là leur liaison déterminera une dramaturgie sanguinaire. Le texte tranche dans sa vivacité crue et sinueuse de ce qui contient l'irréparable. L'action est d'emblée entreprenante entre les différents monologues de l'enfant à venir et les dialogues plus convenus d'une union sexuelle parmi tant d'autres d'un couple en attente d'amour.

Le texte d'Ernesto Berardino travaille des morceaux de gestation et le récit couvre les espaces qui tentent le dialogue, si ce n'est entre l'Enfant et le public ou entre les deux parents. Le croisement mêle ainsi la profération et le caractère plus ambigu de la mimétique. Les acteurs suivent ce jeu de rôle, que d'aucuns pourraient trouver dans les pantalonnades macabres d'un Beckett. Mais l'étonnant est que notre auteur déplace le feu des paroles dans l'instant embryonnaire d'un autre type d'union, serait-il du hasard ou de l'amour, l'enfant-roi n'est-il pas le dépositaire d'un autre logique qui vient battre en brèches l'inconciliable d'une nature humaine, l'amour et l'aspiration à de grandes envolées dans une idée ou dans des valeurs qui pourraient nous fournir plus qu'une gratuité, problème du don et du vivant en proie à ces affres et à la lutte déchaînée du sort aveugle. Le tragique n'est jamais qu'effleuré dans différentes touches d'une ironie dévastatrice, à moins qu'il ne se retourne et ne s'empâte dans la viande du désir. Le héros de toutes les tentatives serait-il encore l'Enfant, alors que nous nous attachons le plus souvent à l'imaginaire de ces douces images édulcorées d'amour, ou serait-il le " pervers polymorphe " de Freud, qui développerait une sexualité débridée dans le non-dit de ces pulsions? On pourrait rétorquer qu'il ne s'agit pas encore d'un enfant, mais d'un spermatozoïde et de son récit débité par son envie de sortir du sas de maturation. La naissance et la lutte d'un individu filent la métaphore d'un massacre et d'une guerre prénatale.

La mise en scène est sobre et soutient une contestation à contresens des idées du texte, le metteur en scène Ernesto Berardino cherche à ne pas tomber dans la linéarité et à souligner les propos et c'est d'ailleurs le grand mérite de son premier travail de mise en scène, alors qu'il est lui-même un fin connaisseur du jeu par sa formation à l'Ecole de Jacques Lecoq (à Paris) et de ces différentes expériences d'acteurs. Son parcours est impressionnant. Depuis quelques années, il participe au Festival d'Edinburgh en tant que collaborateur artistique, après avoir eu ces expériences au festival de Buenos Aires comme d'Avignon. Un véritable touche-à-tout qui passe de la collaboration artistique dans des festivals, au jeu d'acteur auprès du metteur en scène et auteur argentin Tantatian, notamment, il travaille aussi comme projectionniste/traducteur sur les productions de l'incontournable metteur en scène anglais du Théâtre des Bouffes du Nord, le dénommé Peter Brook. Ernesto Berardino est à l'image de cet intermittent cosmopolite et atteint du virus théâtral.

Kaida, qui veut dire " Tombée ", est son deuxième texte de théâtre (son premier " Le voyage de Franck " étant un spectacle jeune public en 2002 présenté à Rennes), mais le premier à développer son univers dans une dramaturgie épurée et performative pour acteurs charnels. Nul doute que nous ne pouvons que vous conseiller la découverte de ce jeune auteur et metteur en scène.

Dimitri Jageneau

 

Ce spectacle, joué en première dans le cadre du Naxos Théâtre de Chartres, le 15 et 16 février, est rejoué sur Paris, le samedi 4 mars à 19H30 et le dimanche 5 mars à 17h, à l'Harmonie Municipale de Saint-Denis, 10-13 rue Gisquet à Saint-Denis (93). Accès RER D ou Transilien, 5mn à pied de la Gare SCNF de Saint-Denis, P.A.F : 6 euros (tarif unique).

 

COTÉ JARDIN

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